Samedi 5 avril 2014 6 05 /04 /Avr /2014 18:51

4 Avril 2014

C’est du Déby pur jus. Exaspéré par les griefs visant ses troupes, le président Idriss Déby Itno -IDI- a donc annoncé hier jeudi à Bruxelles, en marge d’un sommet euro-africain, le retrait du contingent tchadien de la Misca, la force continentale déployée en Centrafrique. Contingent fort de 850 hommes -sur 6000- et en butte, accuse N’Djamena, à une « campagne gratuite et malveillante », assimilée ce matin sur RFI par le ministre des Affaires étrangères Moussa Faki Mahamat à un « lynchage ». Rien que ça… Décision « irrévocable », assène ce dernier. Voire : ex-rebelle et chef de guerre, le caïd zaghawa IDI est aussi un as du rezzou militaro-diplomatique. Et il est passé maître, hier au Mali, aujourd’hui en RCA, dans l’art de monnayer le retour sur investissement géopolitique de ses engagements. On ne peut exclure à ce stade que cette brutale défection -qui a surpris à Paris- ait avant tout pour vocation de susciter la remise à plat des termes de l’implication tchadienne dans la brûlante équation centrafricaine. Un tête-à-tête entre Déby et le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, reconduit voilà peu à l’Hôtel de Brienne, était d’ailleurs programmé ce vendredi.

Le carnage du 29 mars -au moins 24 Banguissois tués par un détachement tchadien venu au secours de compatriotes assiégés et tombé, à en croire ses chefs, dans une embuscade tendue par les miliciens « chrétiens » anti-balaka- a bien entendu empoisonné un climat déjà hautement toxique. Jamais le puissant voisin du nord n’a pu désamorcer le procès en partialité que lui aura valu sa connivence avec la rébellion musulmane et nordiste Seleka, qui détrôna voilà un an François Bozizé, semant dans son sillage la mort et la désolation. De Bangui à Bossangoa, les insurgés et les « cousins » de la Misca inspiraient aux civils -adeptes de l’islam exceptés- une égale terreur. Le surnom usuel dont ils affublent les Tchadiens ? Les « donner-la-mort ». A l’inverse, il va de soi que le retour au pays de ce contingent aguerri ne peut que décupler l’angoisse des rescapés de la minorité musulmane, qu’ils soient ou non de souche tchadienne, et qui voient en lui l’ultime bouclier contre la furie aveugle et vengeresse des anti-balaka. Il va en outre compliquer un peu plus la tâche déjà cauchemardesque des stratèges du dispositif français Sangaris et de la mission africaine, condamnés à suppléer dans l’est du pays les protecteurs en partance.

Ce retrait, si retrait il y a, est-il pour autant un désastre ? Pas si sûr. « En RCA, relevait hier sur LCI notre confrère de Jeune Afrique Seidik Abba, les Tchadiens, sont à la fois la solution et le problème. » Le constat ne date pas de ce début d’avril. Idriss Déby, qui considère l’ex-Oubangui-Chari comme son arrière-cour, y joue depuis des lustres les faiseurs de rois. C’est avec son concours que le futur déchu François Bozizé renversa en 2003 Ange-Felix Patassé. C’est fort de son aide que Michel Djotodia, figure de proue de la Seleka, évinça « Boz » lorsque ce dernier eut cessé de plaire. Et c’est bien le lâchage de son mentor tchadien qui fut fatal en janvier dernier audit Djotodia, congédié… à N’Djamena, avant que soit adoubée Catherine Semba-Panza, chef d’Etat de transition d’une nation à feu et à sang. Là est tout le dilemme : on ne peut pas faire sans le Tchad ; mais comment faire avec lui ?

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Jeudi 3 avril 2014 4 03 /04 /Avr /2014 11:01

Pour tous ceux qui ont cru ou croiraient que Deby laisserait passer la gifle de Bangui sans réagir, ne connaissent pas la psychologie pathologique de l’individu. En effet, depuis un quart de siècle qu’il occupe le Palais de Djambal Ngato, le despote tchadien n’a été physiquement et moralement atteint que deux fois. La première fois c’était le 2 Février quand il avait fui en catastrophe devant les forces coalisées de CMU et l’un de ses poursuivants criait à tue-tête au Tokay « mon cousin, le soi-disant téméraire a fui et c’est moi qui le poursuis !! » Ce jour-là il avait eu la peur au ventre, car il s’est déjà vu entre les mains des petits rebelles qui le traiteraient comme un jouet. La deuxième fois c’était la destitution de Mr Michel Djotodia qui a été installé au pouvoir à Bangui par toute une nébuleuse visible et invisible dont Deby constituait la partie visible de l’iceberg. C’était une gifle magistrale qui lui avait été administrée par la France soutenue fortement par tous les Bantous de l’Afrique centrale. C’était une énorme humiliation dont les stigmates lui resteront collés pour très longtemps.

Cette destitution a eu deux conséquences directes ; d’abord après avoir constaté l’incapacité notoire de son protégé à gérer l’Etat et le comportement obscurantiste des hordes des ramassis conglomérées autour de SELEKA, Deby aurait pu trouver très rapidement une solution de juste milieu en concertation avec la classe politique et la société civile centrafricaine dont beaucoup des ténors entretenaient des relations maffieuses avec le tchadien ; non , sans prendre aucune pincette et surtout sans se référer à ses anciens partenaires (particulièrement les soudanais), Deby répond au quart de tour aux injonctions parrains en destituant manu militari le premier Président musulman de l’histoire de la RCA lequel a été savamment installé avec le concours des plusieurs mains invisibles ! Ce qui a eu pour conséquences immédiates le massacre à grande échelle des tchadiens d’une manière générale et des musulmans en particulier. Naturellement Mr Deby a été pointé du doigt dans tous les pays musulmans et les organes officieux de ces pays avaient largement vilipendé le comportement irresponsable « du leader tchadien qui a sacrifié les frères musulmans pour faire plaire aux mécréants occidentaux » (sic).

Effectivement des images abjectes et désolantes relayées par des chaines satellitaires, en provenances de la RCA, ont choqué plus d’un tchadien, et a créé en même temps des rancœurs tenaces contre Deby qui a jeté en pâture des milliers de concitoyens qui vivaient en toute quiétude depuis des années en RCA. Autant l’opinion occidentale lui lançait des fleurs en le qualifiant de l’homme incontournable dont l’armée est l’une des plus grandes armées aguerries capables des prouesses insurmontables, autant l’opinion tchadienne voyait en son Président un simple soldat aux ordres de qui paie le mieux, prompt à sacrifier ses compatriotes sans demander la note ! C’est cette dernière appréciation qui touche directement Deby dans son égo profond.

Pour reprendre la main et laver l’affront, le despote tchadien a d’abord laisser les choses s’entasser et pousser les anti Balaka à la faute vis-à-vis de l’opinion internationale, ensuite revoir l’incontournable Soudan pour établir un plan d’action global et général pour toute la sous- région.
Les nombreuses visites entrecroisées des deux Président depuis deux mois ont été l’occasion d’aborder amplement ce dossier concomitamment avec d’autres partenaires intéressés par le dossier. Les dernières retrouvailles d’Am Djeress avec l’apparition surprise d’un Tourabi, majestueux, réconcilié avec ses anciens acolytes, n’augurent en rien de bon pour la sous-région. Selon nos informations, l’éminence grise du mouvement islamiste soudanais a reproché aux deux présidents leur manque de stratégie concernant le dossier centrafricain tant sur le plan conceptuel et que sur celui pratique ; il faudrait, leur aurait-il martelé, reprendre les choses autrement en escomptant la mauvaise impression qu’ont laissée les milices chrétiennes vis-à-vis de l’opinion occidentale surtout auprès du Conseil de Sécurité des N.U .

Encore et encore une fois de plus, Deby qui est particulièrement remonté contre ses frères de l’Afrique centrale qui l’ont fait échouer sur toutes les lignes, reprend le flambeau de la revanche : le monarque de N’djamena fulmine contre les bantous qui ont poussé son homme (Djotodia) à la démission, ensuite ces mêmes bantou avaient manigancé pour que la Présidente et le PM ne soient plus de l’obédience d’IDI et enfin le Commandement de la force africaine a aussi échappé au despote de N’Djamena. En somme, les deux compères (Deby et Al Béchir) ont mordu de la poussière dans leurs manœuvres qui consistaient pour le soudanais à installer un premier président musulman en RCA et pour le tchadien d’avoir un protectorat qui lui servirait de porte d’entrée vers les forêts équatoriales !

Après des nombreuses conciliabules, la décision a été prise pour passer à l‘acte en évitant autant que peut se faire de rééditer les erreurs passées. Pour ce faire, il n’est plus question de propulser un musulman fut-il de souche à la tête de la RCA. Le prochain lauréat serait donc un homme politique chrétien connu pour son patriotisme issu d’une des plus grandes communautés du pays ; par contre le volet militaire devrait être entièrement confié à Deby. Celui a décidé d’abord de monter une rébellion avec les réfugiés centrafricains ; ensuite chercher à fédérer tous les groupuscules autour d’un seul vocable d’où le nom du mouvement le « Retour » en Sango, or il semble que l’opération prendrait beaucoup de temps, alors il décide de relancer la SELEKA et ce, malgré son passif désastreux. Les grandes manifestations anti françaises rentrent en réalité dans ce cadre. De même Noureddine Adam, un des Chefs de guerre de la SELAKA est exfiltré de Cotonou où il séjournait auprès de Djotodia. Noureddine a été reçu longuement par Deby et selon nos sources, il serait reparti en RCA avec la ferme mission de déstabiliser le régime de Bangui. Preuve de cette volonté, Deby vient d’envoyer une forte unité dirigée le CEMGA/Adjoint Tahir Youssouf Boy et le Chef d’Etat Major de l’Armée de Terre (CEMAT), Ismaël Hour, deux proches parents d’IDI, pour appuyer aux besoins, Noureddine Adam. Comme il a l’habitude de faire, s’il veut prendre de grandes décisions, Deby a annoncé à ses bouffons qu’il a la ferme intention de « régler le compte aux anti Balaka et aux Bantou et laver son honneur et le sang des tchadiens versés gratuitement sur le sol centrafricain ».

Les malheurs du peuple centrafricains sont loin d’être terminés.

Correspondance particulière (Am Djeress)

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Jeudi 3 avril 2014 4 03 /04 /Avr /2014 10:12

          Après l’échec de Deby dans la colonisation de la RCA et les mouvements  sociaux qui se développent à l’intérieur du Tchad sous frome de banditisme, Deby fait croire aux tchadiens  qu’il est aujourd’hui l’homme de la paix ; C’est un mensonge de plus sur la longue liste de ses mensonges.

            Si aujourd’hui, les tchadiens se trouvent dans des retranchements claniques et tribaux, cette situation est imputable à Deby et à son régime.

            Comment comprendre que dans un même pays, qu’il y ait des femmes et des hommes d’un clan qui soient au-dessus de la loi ? Et que d’autres soient des serviables et corvéables à merci.

            La rencontre d’Amdjares n’est autre chose que la réalisation du rêve  de Deby sur l’unité du grand béri qui va du Tchad au Soudan. Cette vision est de perpétuer la domination Béri sur le Tchad et transformer sa population en esclaves d’une ethnie.

            Les tchadiens qui sont descends le 31 mars 2014  dans les rues de Ndjamena  pour accueillir Deby de son retour d’Amdjares n’ont-ils pas fauté ?  Ont-ils bien compris que c’est leur destin qui se joue dans ce complot ethnique ? Le Tchad entre dans une nouvelle tourmente. Soyez vigilants chers compatriotes. Le Tchad ne s’édifiera pas sur la base tribale ou ethnique. Cette politique de courte vue doit être dénoncée.

            Chaque tchadien doit aujourd’hui se mettre sur ses gardes, car le Tchad est en péril sous Deby.

                                                                       Ahmed Sidi.
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Lundi 31 mars 2014 1 31 /03 /Mars /2014 18:39

11 mars 2014 |  Par Fabrice Arfi et Karl Laske

Mediapart rend public le contenu d’écoutes téléphoniques de Brice Hortefeux dans l’affaire des financements libyens. Le patron de la police judiciaire parisienne y explique à l’ancien ministre comment se « préparer » à une audition par les juges, en lui signalant des questions qui lui seraient posées et en lui soufflant les documents qu’il devra apporter pour assurer ses arrières.

C’est un enregistrement qui prouve une ingérence dans le cours de la justice au profit d’un homme, Nicolas Sarkozy, et au mépris de toutes les règles de procédures. Les 6 et 14 novembre derniers, le patron de la police judiciaire parisienne, Christian Flaesch, nommé au début du quinquennat Sarkozy à ce poste stratégique, a informé Brice Hortefeux, son ancien ministre de tutelle, du contenu de la procédure des juges dans l’affaire du document libyen publié par Mediapart en 2012.

Non seulement le haut policier l’a prévenu de son audition par les magistrats, comme Le Monde l’a déjà évoqué, mais il lui a surtout expliqué comment s’y « préparer », en lui signalant des questions qui lui seraient posées et en lui soufflant les documents qu’il devrait apporter pour assurer ses arrières, ainsi que le montre le contenu des échanges auquel Mediapart a eu accès.

Brice Hortefeux, au Parlement européen. © Reuters

Après l’affaire Azibert, du nom de ce magistrat soupçonné d’avoir monnayé son influence à la Cour de cassation en faveur de l’ancien chef de l’État, ces échanges confirment la porosité d'une partie de l’appareil policier et judiciaire avec le clan Sarkozy quand il est menacé par les affaires.

Interceptée lors de l’écoute d’une ligne de Brice Hortefeux, ordonnée par deux juges en charge de l’affaire sur les financements libyens de Sarkozy (dans laquelle l’ancien président a lui aussi été placé sur écoutes), cette conversation a coûté en décembre dernier son poste au chef de la PJ parisienne, sans toutefois donner lieu à des suites judiciaires.

Pourtant, dans l’une de ces trois écoutes, d’une durée totale de près de vingt minutes, l’ancien ministre de l’intérieur se renseigne sans gêne sur les procédures en cours. « Et concernant Takieddine, vous avez des nouvelles ? » questionne ainsi Brice Hortefeux. « J’en sais rien parce qu’il faut qu’on l’interroge, répond Christian Flaesch. C’est la DCPJ [la Direction centrale de la police judiciaire – ndlr] qui doit l’interroger. »

Ce n’est pas la première fois que Brice Hortefeux apparaît, à travers des écoutes téléphoniques, comme disposant d’informations privilégiées au sein de la police. En septembre 2011, il avait informé son ami Thierry Gaubert, lui aussi ancien proche collaborateur de Sarkozy, de la teneur d’un procès-verbal explosif de sa femme dans l’affaire Karachi. « Elle balance beaucoup apparemment Hélène », avait averti Hortefeux, conduisant son ami Gaubert à exercer de nouvelles pressions sur Hélène de Yougoslavie. Un temps mis en cause, Hortefeux s’était retranché derrière son « intuition » et des « rumeurs de presse », sans plus de précisions.

Débarqué de la PJ le 11 décembre dernier pour une faute « déontologique », Christian Flaesch avait expliqué à M6 deux mois plus tôt, en octobre, comment il gérait « les dossiers liés au monde politique » : « Il n'y a jamais de pression, à part peut-être celle des médias qui veulent connaître le contenu des dossiers, osait le haut policier. Notre seule pression, c'est de faire notre travail sereinement, en dehors de toutes les manipulations et de toute l'agitation qu'il peut y avoir sur un sujet. Nous nous devons de rester dans la procédure et de suivre le Code pénal. » Dans les faits, il s'est affranchi des règles, en laissant lui-même planer un parfum de manipulation.

Le 6 novembre 2013 au matin, Christian Flaesch appelle Brice Hortefeux pour l’informer que des actes d’enquête le concernant ont été demandés à la police par les juges.

« Bonjour M. le ministre, salue le policier. Je voulais vous dire que dans l’affaire du financement de la campagne de 2007 et de la plainte de Nicolas Sarkozy (…) il y a un juge d’instruction qui a été désigné et ce qu’il nous demande, c’est de vérifier votre emploi du temps ainsi que celui de Ziad Takieddine pour les 5, 6 et 7 octobre 2006. » Rien que de très normal, prévient-il : « On vous avait déjà entendu et vous aviez donné un certain nombre d’éléments, mais ne vous inquiétez pas parce qu’on va contacter tous les gens avec qui vous aviez été en contact à cette période-là pour vérifier vos déclarations. »

« Oui, mais honnêtement, je ne me souviens pas de mon emploi du temps », lance Hortefeux. Christian Flaesch lui rafraîchit la mémoire en lui rappelant qu’il est passé au sommet de l’élevage de Cournon, puis en Bretagne, et lui rappelle les noms qu’il avait déjà donnés à la police.

« Donc, ne vous inquiétez pas. On va appeler tous ces gens. Ils (les juges) nous demandent d’aller au ministère pour les agendas », dit le policier. « Un agenda sur quelle année ? Mais c’est sur toute l’année ? » semble alors s’inquiéter Hortefeux. « Non, c’est octobre 2006. Ne vous inquiétez pas », précise le “grand flic”, qui se veut rassurant.

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« C’est pas la peine de dire aux juges que vous êtes déjà au courant »

Hortefeux se dit ennuyé que l’un de ses ennemis figure parmi les témoins. « Il faut lui dire que c’est dans le cadre d’une plainte déposée par Nicolas Sarkozy. Qu’il aille pas répéter partout… »

« Je préfère vous prévenir à l’avance pour que vous n’appreniez pas par la bande que l’on est en train de faire une enquête, s’excuse encore le policier. Si vous avez votre agenda, vous nous le mettez de côté. »

Le même jour, en fin d’après-midi, Christian Flaesch rappelle l’ancien ministre de l’intérieur :
—  « Ce n’est pas moi qui ai le dossier directement donc je vais (dire) au chef de service que vous êtes en situation de fournir les éléments qu’on vous demande. Et puis comme ça, officiellement, ils vous demanderont… »
—   « Voilà, voilà, acquiesce Hortefeux. Bon, ben, je dis à Martine [sa secrétaire – ndlr]… »
—  « … de se tenir prête, enchaîne le policier. Et qu’on va lui demander précisément des choses sur votre agenda et je vais dire aux enquêteurs que vous l’avez retrouvé et que votre secrétaire peut extraire ce qui nous intéresse. »
—  « D’accord », approuve Hortefeux avant de s’enquérir du sort de Takieddine.

Le 14 novembre, Christian Flaesch est à nouveau en ligne. Cette fois, il annonce son audition prochaine à Brice Hortefeux. « Déjà, bonne fête avec 24 heures de retard ! » lance-t-il d’abord guilleret. La veille, le 13, c’était en effet la saint Brice. « Ça, c’est très gentil, répond Hortefeux, flatté. Voilà ce que c’est d’être un homme informé. »

L'ancien patron de la PJ parisienne, Christian Flaesch. © Reuters

Christian Flaesch mentionne aussi un plantureux déjeuner pris avec le sénateur Pierre Charon, l’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy. Le briefing peut commencer :
—  Le policier : « Bon, suite à la conversation de l’autre fois, ce sont les juges qui vont vous convoquer et vous demander notamment de fournir vos agendas. »
—  Hortefeux : « D’accord. »
—  Le policier : « Ça veut dire que vous les préparez et que vous attendez la convocation. »
—  Hortefeux : « Oui, je crois que c’est le 20 décembre. (…) Alors, simplement, il faudrait que je prépare les agendas de quand en fait ? »
—  Le policier : « 2006, c’est les dates que je vous avais demandées. »
—  Hortefeux : « D’accord. »
—  Le policier : « À mon avis, il faut y aller avec des photocopies ou avec l’original. En tout cas, ils vont vous demander des précisions là-dessus. Et quand vous les voyez, c’est pas la peine de leur dire que vous êtes déjà au courant parce que je vous ai appelé. C’est pas… »
—  Hortefeux : « Ah d’accord, d’accord ! »
—  Le policier : « … pas utile, parce que je l’ai fait comme ça, quoi. (…) Pour vous préparer. »

Christian Flaesch sait bien que ses coups de fils sont parfaitement irréguliers sur le plan procédural.

MM. Hortefeux et Takieddine, au domicile de ce dernier, en 2005 © dr

Brice Hortefeux n’est pas encore au clair :
— « C’était octobre la réunion ? Je ne me souviens plus… »
— Le policier : « Oui, enfin, vous n’êtes pas obligés d’arriver avec tous les agendas. De toute façon, vous pouvez leur dire que vous leur fournirez plus tard ou vous allez envoyer quelqu’un le chercher pendant l’audition. »
—  « Je ne comprends pas pourquoi il faut recommencer… », se plaint l’ancien ministre.
—  «  Parce qu’il y a des précisions, notamment par rapport… parce que là vous étiez interrogé sur la possibilité que vous soyez parti de Clermont. »
—  Hortefeux : « Oui. »
—  «  En Libye. Et là, ce serait pour la Suisse. »
—  Hortefeux : « Pour la Suisse ? C’est marrant que vous dites ça. Mediapart m’avait interrogé il y a deux ans. Il y avait une histoire de Suisse. (…) J’ai pas foutu les pieds en Suisse, heu, je ne suis pas allé à Genève depuis vingt ans. »
—  « En tout cas, ça va être nos vérifications sur votre emploi du temps », commente Christian Flaesch.
Brice Hortefeux signale que son emploi du temps ministériel était « très public ». « À tout point de vue, j’ai pu remarquer qu’il était difficile d’être discret quand on était au gouvernement, précise-t-il. Ça, c’est quelque chose que j’ai bien mesuré. »
—  « Je vais essayer de retrouver, poursuit Hortefeux. Depuis notre conversation, j’ai pas retrouvé mon agenda. Je ne pense pas l’avoir égaré ou perdu. » (…)

Le policier et l’ancien ministre de l’intérieur devisent enfin sur un dossier que prépare L’Express sur Claude Guéant, l’ancien secrétaire général de l’Élysée et ministre de l’intérieur, qui se retrouve lui aussi mêlé à plusieurs affaires judiciaires (Tapie, Kadhafi…). « Alors j’ai reçu, je vous le dis, des journalistes – m’enfin vous devez être au courant – qui travaillent à L’Express beaucoup sur Guéant », dit Hortefeux. Le policier abonde : «  Oui, bien sûr, je suis au courant. » Sans dire comment il l’est.

«  Ils m’ont dit qu’ils avaient vu Claude, très bien. Ils ont rencontré Takieddine six heures ! » s’étonne l’ancien ministre. « Ça va encore nous faire du boulot, les déclarations de Tak ! » se plaint le policier. Hortefeux conclut : « Oui, je pense. Visiblement, là, il était très calme. Je ne sais pas ce qu’il leur a dit… »

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Vendredi 21 mars 2014 5 21 /03 /Mars /2014 15:37
Bangui, le 20 mars 2014 Bonjour, et merci à tous d’être présents. Je dois dire, avec tristesse, que la situation en République centrafricaine est complètement différente de celle qui prévalait lors de ma dernière visite dans ce pays en février 2010. Je ne voudrais pas tenter de parcourir tous les graves problèmes de droits de l’homme auxquels la RCA est confrontée. Je me concentrerai plutôt sur quelques éléments qui ont émergé durant mes deux jours de discussions ici, à Bangui, avec, entre autres personnalités, la Cheffe d’Etat de la Transition, le Premier Ministre, la Ministre de la Justice, les organisations de la société civile et les agences humanitaires qui sont en nombre important et essayent de répondre à situation d’urgence complexe qui affecte une bonne partie du pays. J’ai également rencontré un certain nombre de diplomates, et le Chef de la Mission de maintien de la paix de l’Union africaine (MISCA), ainsi que les Commandants de la MISCA et de la Force militaire française, connue sous le nom de Sangaris. La situation en République Centrafricaine est extrême. Bien que les tueries à grande échelle qui ont eu lieu en décembre et janvier paraissent être arrêtées pour le moment, principalement en raison de la présence des Forces de la MISCA et de Sangaris dans des zones chaudes, des personnes continuent d’être tuées quotidiennement, spécialement par des groupes anti-Balaka. Environ 15.000 musulmans se trouvent piégés à Bangui et dans d’autres endroits du pays au Nord, au Nord-Ouest et au Sud, protégés par les forces internationales, néanmoins dans des situations extrêmement dangereuses et insoutenables. Comme mise en évidence par la nature extraordinairement vicieuse des tueries, la haine entre communautés demeure à un niveau terrifiant. C’est devenu un pays où des personnes sont non seulement tuées, mais aussi torturées, mutilées, brûlées et démembrées – parfois par des groupes mobilisés de manière spontanée, tout comme par des groupes organisés de combattants armés. Des enfants ont été décapités, et nous sommes au ncourant d’au moins quatre cas où les tueurs ont mangé la chair de leurs victimes. Hier, l’une des organisations de la société civile qui tentent courageusement de documenter ces violations m’a montré des photographies horribles d’un de ces cas. Selon les organisations de la société civile et les agences des Nations Unies, les viols et violences sexuelles ont augmenté, spécialement dans les camps des personnes déplacées. Deux districts dans la capitale – PK 5 et PK 12 – demeurent des zones non-accessibles, avec des populations musulmanes piégées. D’autres musulmans qui vivaient auparavant à Bangui se sont virtuellement tous enfuis, tout comme les habitants de plusieurs villes et villages – dont beaucoup ont été partiellement ou entièrement détruits – dans la moitié ouest du pays. Il reste aussi des dizaines de milliers de musulmans déplacés à l’intérieur du pays, principalement victimes des Séléka. Les anti-Balaka, dont la création est au départ liée à la réaction contre les exactions des Séléka, se métamorphosent désormais en gangs criminels qui ont également commencé à s’attaquer aux chrétiens et autres non-musulmans. La MISCA, Sangaris et les agences humanitaires sont confrontés à d’énormes problèmes, ainsi qu’au terrible dilemme tel que choisir entre aider involontairement au « départ » des populations musulmanes piégées, ou alors les laisser – contre leur volonté – dans des lieux où il’ y a un réel danger de les voir exécutés en masse. L’économie s’est effondrée, le système sanitaire est virtuellement inexistant dans plusieurs endroits, de même que l’éducation. Comme le Directeur exécutif du Programme alimentaire mondial l’a souligné ici, hier, le pays fait également face à une crise alimentaire, avec une sécurité alimentaire menacée par le manque de fonds, les difficultés d’accès, ainsi qu’une longue saison de pluie qui va commencer juste dans quelques semaines. Les hauts-fonctionnaires membres du Gouvernement de la Transition ont été extrêmement francs et ouverts à propos la tâche gigantesque à laquelle ils doivent faire face. Les autorités de l’Etat m’ont fait comprendre, qu’en réalité, il n’existait pas d’Etat. Il n’y a pas d’armée nationale cohérente, ni de police, ni de système judiciaire, pratiquement pas de lieux de détention des criminels, ni de moyens pour les juger, les poursuivre ou les condamner. La « chaîne pénale » non seulement manque de maillons, mais elle ne fonctionne pas du tout. La seule grande prison du pays, ré-ouverte récemment à Bangui, a déjà été confrontée à deux incidents très sérieux : une première fois, un groupe mobilisé spontanément est entré dans la prison et a lynché 4 détenus musulmans. Après, il y a deux semaines, neuf détenus se sont enfuis, avec la complicité de ceux chargés de leur garde. Ailleurs, des personnes arrêtées avec du sang sur des machettes et sur une bonne partie de leurs mains, ont été relâchées, parce qu'il n’y avait pas de lieux de détention, ni de moyens pour les inculper des crimes qu’ils avaient clairement commis. Il était hautement symbolique de constater, lors de ma réunion avec la ministre de la justice, qu’il n’y avait pas d’électricité. Bien que la lumière soit revenue, elle a décrit le manque d’ordinateurs pour conserver les données sur les arrestations, sur les menaces contre les magistrats du parquet, et au moins un magistrat a été assassiné. Il existe, en conséquence, une totale impunité, pas de justice, pas de loi, ni d’ordre, à l’exception de la protection fournie par les troupes étrangères. Nous avons discuté de la possibilité de faire venir quelques juges et magistrats étrangers pour aider leurs collègues nationaux à redémarrer la justice. Toutes les personnes que j’ai rencontrées ont mis l’accent sur le besoin urgent de restaurer la loi et l’ordre, en particulier à travers le déploiement des policiers et des gendarmes formés. Toutefois, avec très peu de ressources disponibles pour payer les salaires, il semble que très peu a été fait dans le sens d’un programme sérieux pour que cela soit fait, et ce, rapidement. Au cours des neuf derniers mois, j’ai déployé trois équipes d’observation des droits de l’homme en RCA pour documenter les violations des droits de l’homme qui y ont eu lieu, et les carences existantes, et je suis en train d’aider au renforcement des capacités de la Section des droits de l’homme du BINUCA, et d’apporter un appui à la Commission d’enquête sur la RCA qui a été établie par le Conseil de sécurité en décembre et est actuellement opérationnel sur le terrain. J’ai demandé avec insistance à mes interlocuteurs d’apporter leur appui à cet important mécanisme, qui jouera un rôle-clé dans l’établissement des responsabilités pour les pires violations qui ont été perpétrées depuis le début de la crise. Le rapport le plus récent de mon équipe d’observation, soumis hier après une visite à Bambari, à 350 km au nord-est de Bangui, met en lumière quelques bonnes nouvelles : la soi-disant « exception de Bambari ». Après les tueries massives du 5 décembre à Bangui, qui se sont répandues rapidement à d’autres zones, les leaders religieux chrétiens et musulmans de Bambari ont fait des efforts communs pour prévenir les divisions se développant au sein des populations mélangées de la ville, y compris en lançant des messages de tolérance sur la radio locale. De plus, l’actuel chef militaire de la ville a procédé au retrait de toutes les armes et a pris une série de mesures pour rassurer les deux communautés, et a chassé les plus radicaux des éléments de la Séléka qui ont tenté de pénétrer dans la ville. Toutefois, la situation là-bas demeure très fragile et les villes et villages voisins vont moins bien. Des signes plus positifs incluent les discussions dans l’après-midi d’hier au Parlement de Transition, durant lesquelles quelques députés, dans leur interaction avec la ministre de la justice, ont mis un accent sur l’importance des droits de l’homme et ont développé le contenu de certains de ces droits, dont le droit de toute personne à la vie. Ce débat important et profond était retransmis sur la plus grande station de radio du pays. Je crois qu’il y a besoin de plus d’efforts visibles de la part des acteurs politiques pour enraciner le message que les violations des droits de l’homme et les crimes rampants ne seront plus tolérés; que tous les secteurs de la société, y compris les minorités, ont des droits égaux; et que la réconciliation est vitale pour tout le monde si le pays veut se reconstruire. A cet égard, j’étais contente d’apprendre de la part du Premier ministre que le Gouvernement de Transition a mis en place une commission de réconciliation et une commission permanente de dialogue. Il s’est aussi engagé à accélérer la mise en place d’une commission nationale des droits de l’homme. Les commissions nationales des droits de l’homme sont des institutions indépendantes importantes avec des pouvoirs spécifiques, régies par un ensemble de normes internationales, connues sous le nom de Principes de Paris, et j’ai offert les services de mon Bureau pour aider le Gouvernement à s’assurer que cette commission soit d’un standard élevé dès le début. Mais des institutions spécifiques comme celle-ci vont avoir des difficultés de fonctionner, à moins que la loi et l’ordre, ainsi que le système judiciaire soient rétablies, que les populations déplacées soient aptes à retourner rapidement et à reconstruire leurs maisons et leurs vies en toute confiance, et qu’elles bénéficient d’une protection adéquate de l’Etat. Il n’y aura pas de solution avant que ces conditions ne soient remplies. La République centrafricaine est en train de payer un lourd tribut dû à 50 ans de mauvaise gouvernance. Avec un sol fertile et de précieuses ressources minérales, elle devrait être riche. Mais au contraire, et même avant le présent désastre, c’était l’un des pays les plus pauvres au monde. Un pays qui, malgré ses multiples rivières et une longue saison pluvieuse, se devait encore d’acheter de l’eau potable chez ses voisins. Au centre de cette catastrophe, il y a une unique opportunité à ne pas manquer. Le Gouvernement de Transition doit non seulement agir de façon décisive pour s’assurer que les fondations d’un Etat nouveau et robuste sont en place, mais aussi agir pour s’assurer que l’ordre ancien d’une gouvernance corrompue n’émerge à nouveau. Il ne devrait pas dépendre entièrement de la communauté internationale pour combler les vides parce que si c’est le cas, il n’y aura jamais un redressement complet. Cela dit, je suis profondément préoccupée par la réponse lente de la communauté internationale. L’effort pour l’aide humanitaire est déplorablement sous-financé, avec seulement 20 pour cent des contributions attendues jusqu’à ce jour. Les organisations des droits de l’homme n’ont même pas les moyens de transport pour aller à l’intérieur pour savoir ce qui s’y passe. J’exhorte les Etats à répondre rapidement à l’appel du Secrétaire général de mettre sur pied une force de maintien de la paix complète, équipée de 10.000 casques bleus internationaux et de 2.000 policiers. Durant mes rencontres avec la MISCA et la Force Sangaris, j’ai souligné le besoin pour les forces de maintien de la paix actuelles et futures de se conformer aux droits de l’homme, ce qui implique une formation approfondie et leur suivi par les commandants et les Etats contribuant au maintien de la paix. En somme, bien que la RCA ait reçu une attention internationale, celle-ci est loin d’être de même mesure que les besoins, et cela contraste avec d’autres situations où les interventions internationales se sont largement révélées une réussite. La création, à partir de rien, d’un système judiciaire efficace, de même que des prisons et forces de police et autres institutions clés est une entreprise énorme et complexe qui ne peut être faite au rabais. La communauté internationale semble avoir oublié les leçons apprises en Bosnie Herzégovine, au Rwanda, au Kosovo, et au Timor oriental, pour ne citer que quelques-unes. Les organisations de la société civile m’ont informée qu’elles avaient tiré sur la sonnette d’alarme longtemps avant que la crise ne se transforme en une calamité, cependant personne ne les a écoutées. Malgré quelques améliorations sur le plan sécuritaire, l’alarme continue à sonner. A défaut de soutenir ce pays, nous risquons des décennies d’instabilité et la création d’un nouveau et fertile terreau de l’extrémisme religieux non seulement en RCA, mais dans la région. Je ne peux m’empêcher de penser que si la RCA n’était pas un pays pauvre caché au cœur de l’Afrique, des évènements terribles qui ont eu lieu- et continuent à avoir lieu- auraient stimulé une réaction beaucoup plus forte et plus dynamique de la part du monde extérieur. Combien d’enfants doivent encore être décapités, combien de femmes et de filles seront encore violées, combien d’actes de cannibalisme devraient-ils y avoir encore, avant que nous ne nous décidions à nous lever et à accorder une plus grande attention à ce pays? Je vous remercie.
Par Nouvel Essor - Publié dans : société
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