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2 octobre 2012 2 02 /10 /octobre /2012 16:44

Publié le lundi 01 octobre 2012 à 18H44

Le Sahara offre ici des paysages extraordinaires

L'Ennedi est un incroyable désert constitué d'un plateau rocheux ciselé par le vent qui a créé des arches, comme celle de Djoula, des tours ou des vallées encaissées abritant des sources.

L'Ennedi est un incroyable désert constitué d'un plateau rocheux ciselé par le vent qui a créé des arches, comme celle de Djoula, des tours ou des vallées encaissées abritant des sources.

Photo F.C.

Autant le dire tout de suite : un voyage dans le désert tchadien ne s'improvise pas. Mieux vaut être en forme, supporter sans broncher les aléas des vols, les longues traversées en 4x4, le confort très spartiate et ne pas avoir peur de boire "l'eau du désert", cette eau -à purifier- au goût assez... étonnant. Mieux vaut aussi ne pas avoir peur d'une situation polito-sécuritaire encore fragile en dépit des affirmations des officiels tchadiens assurant qu'Aqmi n'avait pas de relais dans leur pays, que l'armée veille et que les crises affectant la Libye, le Soudan ou encore la Mauritanie n'y avaient pas de répercussions. Mieux vaut, enfin, ne pas s'offusquer de la rudesse de la population locale, les Toubous, des nomades noirs islamisés, peu habituée, le mot est faible, au tourisme : la région ayant été coupée du monde durant quarante ans, le Nord n'aurait reçu que moins de 800 touristes en 12 ans. Si rien de tout cela ne vous retient, n'hésitez pas à découvrir le désert tchadien, désormais à portée d'avion, car les paysages du massif de l'Ennedi y sont d'une incroyable beauté sauvage. Première étape : Faya-Largeau.

C'est là, sur le minuscule aéroport - tenu par les forces françaises - de cette ville perdue, qu'atterrit le vol direct (mais parfois avec escales logistiques) en provenance de Marseille. S'en suit une journée de transfert en 4x4 à travers l'erg du Djourab, une gigantesque mer de dunes de sable, traversée de pistes sur lesquelles s'acheminent avec peine des camions lourdement chargés de natron ou de victuailles, sur lesquels ont pris place des familles entières, hommes devant, femmes et enfants derrière. À l'issue de ce long voyage, interrompu par une nuit passée à Kalaït, nous voici à Fada, la capitale locale, porte du massif de l'Ennedi, un ensemble grand comme la Suisse où tout est à explorer. À commencer par la guelta d'Archeï, un des derniers points d'eau de la région lors de la saison sèche, où viennent s'abreuver chaque jour des centaines de chameaux. Un spectacle magique, intemporel. Rare.

Coincée entre des falaises gigantesques, la guelta abrite aussi... les derniers crocodiles du désert dont les ancêtres ont été piégés là par la disparition d'un lac il y a plus de quatre mille ans. On les distingue à peine, ombre furtive cherchant à échapper au soleil. Les résurgences des sources souterraines offrent aussi des endroits magiques comme ces "baignoires" d'eau claire dans lesquelles on peut nager dans une eau vieille de plusieurs millions d'années. Ou, comme les habitants des lieux, faire sa lessive. En plein désert.

Le massif de l'Ennedi abrite bien d'autres gueltas, comme celui de Bachi-Kélé, longue faille de vie entre deux hautes falaises où les nomades de la région conduisent, là encore, leur troupeau de dromadaires et leurs ânes. Ils y chargent aussi les outres qu'ils ramèneront au "village", ensemble de quelques huttes à l'abri d'un arbre légèrement plus haut que les autres. Dans la faille, les singes sont rois. On en compte des dizaines qui observent les intrus avant de disparaître, sautant d'arbre en arbre et de parois en parois. Si l'endroit est paradisiaque, comme un premier matin du monde, mieux vaut cependant ne pas y camper la nuit. Car dès que le jour tombe, les moustiques règnent en maître. Camper se fera donc à l'abri d'une de ces énormes "tours" sculptées par le vent et le temps. Une nuit sous les étoiles, avec le vent pour compagnon. Une nuit troublée par le blatèrement des chameaux, le glapissement des fennecs, le crépitement du feu de bois mort entretenu par les guides. Une nuit qui réserve un matin encore plus beau que celui de la veille, avec ce soleil pâle qui éclaire la gigantesque et majestueuse arche d'Aloba .

À Terkeï, c'est un autre spectacle qui saisit le randonneur : celui de ces gravures rupestres, vieilles de plusieurs milliers d'années témoins d'une vie à jamais disparue. C'est d'ailleurs tout près de là qu'est apparu le premier homme, il y a sept millions d'années. Il s'appelait Toumaï. "Espoir de vie" en gourane, la langue du nord.

Frédéric CHEUTIN

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Published by Nouvel Essor - dans société
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