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23 juin 2013 7 23 /06 /juin /2013 17:25

Depuis plusieurs jours, le gasoil se raréfie dans les stations-services de la capitale tchadienne. Le ministère en charge de l’Energie et du Pétrole pointe du doigt une société de la place qui crée cette pénurie artificielle en achetant la plus grande partie de la production mise à disposition de la ville, pour faire tourner ses installations.

« Il n’y pas de gasoil chez nous depuis quatre jours », déclare laconiquement Adoum Seid, gérant d’une station-service Oil Lybia à N’Djaména, la capitale du Tchad. A l’instar de cette station, les pompes à gasoil de la plupart sont aux arrêts. Des longues files s’y forment à longueur de journée; mais les clients, las d’attendre le précieux carburant pour alimenter leurs véhicules ou groupes électrogènes, rentrent bredouille.

Le Tchad, longtemps dépendant des pays voisins en matière d’hydrocarbures, possède depuis 2011 sa propre raffinerie, entièrement construite par la China National Petroleum Company Illimited (CNPCI) qui détient 60% des parts, contre 40% pour l’Etat tchadien.

La Raffinerie de Djarmaya, située à 80 km au nord de N’Djaména, produit plus de 10 millions de litres de gasoil, plus de 8 millions de litres d’essence, 376.000 litres de kérosène et un million de litres de gaz par mois.

Dans la capitale, le gasoil est vendu à 525 F CFA (un peu plus de 1 USD) le litre dans les stations-services, selon un arrêté du ministère tchadien du Commerce et de l’Industrie de novembre 2012. Les prix dans les autres localités du pays sont le prix à la pompe dans la capitale majoré des prix de transport en valeur absolue. La vente à l’air libre gasoil et des autres produits inflammables est strictement interdite.

Premier produit de la Raffinerie de N’Djaména mis sur le marché national, le gasoil local a souvent fait l’objet de pénuries le plus souvent artificielles. Selon un communiqué du ministère de l’Energie et du Pétrole, en date du 20 juin et dont Xinhua a obtenu une copie, la pénurie actuelle est due au comportement peu orthodoxe de certains marketers du Groupement des Produits Pétroliers (GPP) qui font ce dernier temps de la surenchère.

« En effet, une société de la place qui fonctionnait avec du gaz a fait basculé le fonctionnement de ses installations au gasoil. Ce qui a augmenté considérablement les besoins en gasoil de ses unités. Face à cette forte demande de gasoil, certains marketers ont préféré vendre directement à cette société le produit destiné à la consommation urbaine », précise le texte.

Cette « société de la place » que le ministre de l’Energie et du Pétrole, Djérassem Le Bémadjiel, évite de citer nommément dans le texte est la filiale de la compagnie américaine Esso (ou Exxon Mobil)qui exploite, en consortium avec d’autres sociétés étrangères, des champs pétroliers dans le sud du Tchad. Pour le fonctionnement de ses installations, elle a besoin d’une dizaine de citernes de gasoil par jour, alors que la Raffinerie ne lui en accorde que trois.

« La multinationale négocie, auprès des distributeurs, les citernes dès leur sortie de la raffinerie. Elle achète le litre du gasoil entre 600 et 700 F CFA (environ 1,2 à 1,4 USD, Ndlr) », affirme un responsable du ministère de l’Energie et du Pétrole qui requiert l’anonymat.

« Sur les 17 citernes que la raffinerie fournit pour la consommation de N’Djaména, une dizaine vont pour le compte de cette société. Ce qui fait qu’avec les sept ou huit citernes restantes, les besoins de la capitale ne peuvent pas être couverts actuellement », ajoute-t-il.

Face à cette pénurie artificielle, M. Djérassem Le Bémadjiel, interpelle les marketers à plus de responsabilité et affirme avoir pris toutes les mesures pour juguler ce problème dans un délai raisonnable.

Pour éviter de tel scénario, la Société des Hydrocarbures du Tchad (SHT), seule habilitée à distribuer les produits de la raffinerie locale, avait décidé au début de traiter avec les principaux distributeurs de la place: Al Manna, Oil Libya, 3SH, Sopetrans, etc.

Elle avait retenue ces sociétés sur la base d’un critère précis: notamment avoir importé 10 millions de litres de gasoil par an. Certaines sociétés qui avaient fait des stocks fictifs, ont été purement supprimées de cette liste.

Depuis la première pénurie artificielle du gasoil qui a fait monter le prix du litre jusqu’à 1.000 F CFA (2 USD), le ministère du Commerce et de l’Industrie a mis, à la disposition de la SHT, des contrôleurs économiques avec des gendarmes pour veiller au respect de la desserte du carburant et de son prix. Il faut empêcher que des gens se pointent avec plusieurs fûts pour s’approvisionner. Et dans les stations-services de la capitale, les consommateurs doivent être servis jusqu’à 20, voire 40 litres de gasoil; mais ils ne peuvent pas aller jusqu’à 200 ou 300 litres, comme aux premiers jours de la Raffinerie de Djarmaya.

« Hier, j’ai attendu quatre heures devant une station-service Total pour avoir 25 litres de gasoil », indique Hassan Boguel, cadre dans une banque de la place. « Mais si la pénurie perdure, je vais garer ma voiture et me déplacer en mototaxi », conclut-il.

Par Geoffroy Touroumbaye

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Published by Nouvel Essor - dans société
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