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30 janvier 2014 4 30 /01 /janvier /2014 10:23

Maire de Bangui, elle a été désignée hier présidente de transition par un parlement provisoire. Cette femme d’affaires prend les rênes d’un pays sans État, miné par les violences, aux prises avec une tragédie humanitaire.

Une lourde responsabilité, une marge de manœuvre limitée dans un pays toujours déchiré par les violences. C’est ce qui attend Catherine Samba-Panza, maire de Bangui, désignée hier présidente intérimaire par le Conseil national de transition. Réuni hier dans la capitale centrafricaine, ce parlement provisoire a dû procéder à deux tours de scrutin, aucun des huit candidats en lice n’ayant recueilli la majorité absolue. Catherine Samba-Panza l’a finalement emporté face à Désiré Kolingba, produit du sérail politique, fils d’un ancien chef de l’État. Avec cette désignation, c’est une transition sous haute surveillance qui s’engage en Centrafrique. Installé au pouvoir en mars 2013 par les rebelles de l’ex-Séléka, le précédent président par intérim, Michel Djotodia, a été débarqué le 10 janvier dernier, avec son premier ministre, Nicolas Tiangaye. Une double « démission », enregistrée par le sommet des États d’Afrique centrale, à N’Djamena. Leur sort était déjà scellé. « On ne peut pas laisser en place un président qui n’a rien fait et qui a laissé faire », avait prévenu François Hollande dès le début de l’opération militaire française. À la veille du sommet de N’Djamena, le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, avait multiplié les escales dans les capitales de la région. Le Tchadien Idriss Déby, le Camerounais Paul Biya et le Congolais Denis Sassou-Nguesso sont étroitement associés, par Paris, à la tutelle qui s’exerce, de fait, sur Bangui. Officiellement, l’Élysée « fait confiance aux Centrafricains pour choisir une nouvelle équipe de transition ». En coulisses, Paris tire les ficelles.

La lourde tâche de restaurer le dialogue

Catherine Samba-Panza aura la lourde tâche de restaurer le dialogue entre les communautés, là où les haines, instrumentalisées, se sont aiguisées. Dès hier après-midi, elle a lancé un « appel vibrant » aux miliciens chrétiens anti-balakas et aux combattants musulmans de l’ex-rébellion Séléka à « déposer les armes ». À cinquante-huit ans, cette femme d’affaires plutôt appréciée de ses concitoyens dirige une société de courtage en assurance. Dans sa profession de foi, elle adopte une posture de rassemblement, rejetant les clivages religieux qui se sont installés à la faveur de la crise. Dans « un pays laïc et une terre d’œcuménisme où vivent en harmonie depuis les temps immémoriaux chrétiens et musulmans », violences et exactions des groupes armés ont « provoqué une véritable fracture sociétale et un profond traumatisme », déplore-t-elle.

Un désastre social qui a conduit le pays à l’abîme

Le maire de Bangui brosse aussi, dans ce texte, un constat plutôt lucide du désastre social et économique qui a conduit le pays à l’abîme, « dans une région pourtant réputée riche » par son sous-sol, « parmi les plus pourvus par la nature ». « Depuis plusieurs décennies, les finances de l’État sont exsangues, le système éducatif est en lambeaux, la couverture sanitaire pour nos populations est à son degré le plus bas, proche de zéro », rappelle-t-elle.

Si son profil, présenté comme un atout, tranche avec ceux de ses concurrents, Catherine Samba-Panza se retrouve à la tête d’un pays sans État, miné par les divisions, aux prises avec une tragédie humanitaire. Sur le plan sécuritaire, la situation demeure, selon l’euphémisme dont use l’Élysée, « volatile ». « De sérieuses menaces persistent », estime, de son côté, l’envoyé spécial de l’ONU à Bangui, Babacar Gaye. Alors que l’enlisement guette l’opération « Sangaris », Paris espère que la désignation de Catherine Samba-Panza suffira à combler un vide politique propice aux violences. Pari risqué.

l’UE approuve une opération militaire  Les ministres européens des Affaires étrangères des Vingt-Huit ont approuvé hier, à Bruxelles, le principe d’une opération militaire européenne en Centrafrique, en appui aux forces africaine et française déjà déployées sur place. Les premiers éléments de cette mission européenne pourraient arriver sur le terrain fin février. Au total, 1 000 soldats pourraient y participer. Ces forces seraient concentrées à Bangui, notamment dans la zone de l’aéroport. La France, à l’origine d’une offensive diplomatique pour faire valoir le principe d’un engagement militaire européen en Centrafrique, se propose d’encadrer cette mission, en y participant au niveau de l’état-major et des effectifs. Reste à préciser quels États membres seraient prêts à contribuer à cette mission européenne. D’abord hostile au principe d’un engagement militaire européen ou d’un financement européen de l’opération française « Sangaris », l’Allemagne dit étudier « des possibilités de soutien plus appuyées », mais sans envoi de troupes.

Rosa Moussaoui

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Published by Nouvel Essor - dans société
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