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2 février 2010 2 02 /02 /février /2010 18:27

Un mois après la visite de trois évangélistes américains qui dénonçaient la «conspiration du lobby gay», un projet de loi prévoyant la peine capitale pour certains homosexuels était déposé au parlement. Les pressions internationales se multiplient pour l’adoucir.

Trois évangélistes américains venus à Kampala en mars 2009 dénoncer les péchés de l’homosexualité et la «conspiration du lobby gay» contre la culture africaine y ont déclenché une tempête internationale.

Un mois après leurs conférences, qui ont attiré des milliers d’auditeurs – dont des policiers et des politiciens, un projet de loi a été déposé au parlement, prévoyant notamment la pendaison pour les homosexuels atteints du sida, ceux qui détournent des mineurs ou commettent des actes répétés. Alors que l’adoption du texte est imminente, les protestations se multiplient dans les pays occidentaux, les églises et les mouvements de défense des droits de l’homme.

Les évangélistes – Scott Lively, un missionnaire auteur de plusieurs livres contre l’homosexualité, Caleb Lee Brundidge et Don Schmierer – ont depuis pris leurs distances avec le projet de loi. Schmierer se sent «dupé» et qualifie la peine de mort d’«horrible». Plus ambigu, Lively regrette «une correction excessive» mais rappelle sur son site que 22 jeunes Ougandais furent exécutés pour homosexualité au XIXe siècle. Les trois hommes ont sous-estimé la portée de leur discours dans un pays rural où les mouvements religieux conservateurs sont très écoutés, le tabou de l’homosexualité et le réflexe anti-occidental y composant un cocktail explosif. Ainsi, l’évêque anglican ougandais Joseph Abura a condamné en termes vifs «l’exportation de l’homosexualité et du lesbianisme dans le monde», rappellant que «Dieu punit le péché par la mort». Le président ougandais Yoweri Museveni a lui aussi dénoncé les «homosexuels européens qui recrutent en Afrique».

S’il est actuellement le plus exposé, le cas de l’Ouganda n’est pas isolé. La majorité des pays africains bannissent l’homosexualité, trois la punissent parfois de la peine de mort, quatre prévoient des peines de prison de plus de 10 ans; même en Afrique du Sud, où les droits des gays et lesbiennes sont inscrits dans la Constitution, intimidations et humiliations sont fréquentes.

Conséquence de cette méfiance exacerbée, les mesures antisida destinées aux groupes à risque sont financées au compte-gouttes. Time Magazine souligne que si les Etats-Unis ont affecté 285 millions de dollars à l’Ouganda en 2009 pour combattre le virus HIV et ses effets, un seul programme destiné aux homosexuels a été enregistré auprès du gouvernement et il n’a reçu que 5000 dollars. Il y a cinq ans, le coordinateur onusien de la lutte antisida a été déplacé avant terme, les autorités estimant que ses activités de prévention avec les mouvements de soutien aux homosexuels constituaient de la «propagande». Depuis, l’organisation fait profil bas.

Le Conseil œcuménique des églises a écrit peu avant Noël au président Museveni pour lui demander de ne pas soutenir une loi «qui peut condamner à mort, promouvoir les préjugés et la haine». Les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France, la Suède et des parlementaires européens ont aussi appelé à corriger la loi. Si l’on en croit les déclarations du ministre de l’Ethique, James Nsaba Buturo, faites à Reuters il y a quinze jours, la peine de mort pourrait être commuée en prison à vie. Cette décision «n’a rien à voir avec les pressions extérieures», a-t-il ajouté.

 

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Published by Nouvel Essor - dans société
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