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6 juillet 2012 5 06 /07 /juillet /2012 20:50

« Menacés de dilution, de fragmentation ou de répression dans les pays où les gouvernements sont restés ou revenus dans les courants dominants du néolibéralisme et du ”consensus de Washington” ; guettés par l’instrumentalisation, la cooptation ou l’institutionnalisation dans ceux où les pouvoirs se sont attelés, peu ou prou, à récupérer en souveraineté et à redistribuer les dividendes des richesses exportées, les protestataires et leurs pressions émancipatrices offrent un visage pluriel » (Bernard Duterme) dans son éditorial.

L’auteur souligne aussi « un air de famille commun aux nouvelles équipes de gauche portées au pouvoir », « toutes vont signifier, d’une façon ou d’une autre, un certain ”retour à l’État”, la promotion de nouvelles politiques sociales, un mouvement volontariste de réappropriation des ressources naturelles et un intérêt pour des formes d’intégration latino-américaine alternatives à celles subordonnées aux États-Unis ». Parallèlement des luttes se développent, portées par des organisations indigènes, paysannes ou sans terre, etc, qui revendiquent, entre autres « la reconnaissance culturelle, le respect de l’environnement et la revalorisation de la démocratie ». Ces deux axes entrent plus ou moins en collision. D’autant, qu’au delà des « avancées » dans le social, les droits des populations indigènes, les politiques redistributives ou souverainistes « avec des intensités elles aussi variables, clientélisme, corruption, insécurité, criminalité, narcotrafic, évasion fiscale, inégalités, inflation… continuent à miner la plupart des sociétés latino-américaines, sur fond de faiblesses des institutions démocratiques et de consolidation de la structure primaire, extractive et agroexportatrice, de l’économie. » (souligné par moi)

En première partie des éclairages nationaux, Amérique du sud puis Mexique, Amérique centrale et Caraïbes, quelques éléments souvent peu traités :

  • la Colombie dont l’approfondissement du modèle néolibéral et la priorité accordée aux dépenses militaires,

  • le Venezuela dont la place de l’économie rentière (pétrole) et la faible autonomie du « mouvement populaire »,

  • le Brésil dont les processus d’institutionnalisation, en particulier « le déclin du parti des travailleurs en tant qu’espace de formulation » d’un référent stratégique, la place des contestations, du Mouvement des Sans Terre (MST),

  • l’Équateur dont le modèle fortement redistributeur mais reposant « sur des formes conventionnelles d’exploitation des ressources naturelles », en opposition avec le « bien vivre »,

  • le Pérou et les mobilisations en défense des « ressources comme biens collectifs communs, fondamentaux à la survie des communautés », mais aussi le poursuite du développement suivant un « modèle extractiviste de reprimarisation de l’économie »,

  • la Bolivie, « La Bolivie est aujourd’hui politiquement plus égalitaire qu’auparavant et de puissants processus de ”citoyennisation” politique, symbolique et dans une moindre mesure économique, sont à l’œuvre », avec aussi les oppositions entre « desarrolista » (développementaliste) et « « vivir bien », sans oublier les faiblesses institutionnelles,

  • et aussi le Paraguay, l’Uruguay, le Chili,

  • le Mexique dont la mal-nommée guerre contre le narco-trafic « Loin d’engranger des victoires durables, l’action du gouvernement semble plutôt avoir aggravé la violence et la décomposition de la société ». Je suis étonné du non traitement des Maquiladoras et de l’immigration vers les États-Unis et de leurs conséquences pour l’économie et les populations,

  • Le Guatemala dont la criminalisation des luttes « plus sévère encore lorsque leurs protagonistes sont indigènes et que les intérêts du capital sont en jeu »,

  • El Salvador et les mobilisations « contre les méga-projets d’infrastructure »,

  • le Honduras et l’accaparement des terres par agro-industrie,

  • sans oublier le Nicaragua, le Costa Rica, Panama, Haiti et son système clientélisme, la République dominicaine,

  • Cuba et la « libéralisation économique ». Janette Habel souligne que les causes historiques et politiques de la situation actuelle sont omises, ou « Les responsabilités des dirigeants au pouvoir depuis un demi-siècle sont ignorées » et « Pourtant depuis cinquante ans, les Cubains n’ont jamais eu le pouvoir de contester les orientations prises au plan national ». L’auteure revient aussi sur l’accroissement des inégalités « raciales » et l’amélioration de la reconnaissance des « identités sexuelles ».

La seconde partie de l’ouvrage est consacrée aux analyses transversales, en particulier l’impact des mouvements indigènes, entre autres, sur le droit et les constitutions ou l’autonomie des territoires ; les bilans possibles sur « une décennie de luttes et de changements ». Deux citations sur ce sujet « Dépossédées ou menacées d’expropriation, craignant pour leurs terres, leur travail et leurs conditions de vie, beaucoup de ces organisations ont trouvé une identification politique dans leur dépossession (les sans-terre, les sans-travail, les sans-abri), dans les conditions sociopolitiques sur lesquelles s’érigeait la dépossession (les indigènes) ou la logique de vie communautaire menacée (les mouvements d’habitants, les assemblées citoyennes) » et « Une série de pratiques collectives liées à l’autogestion, à la satisfaction de certaines nécessités sociales ou à des formes de gestion autonome des affaires publiques a ainsi fait écho à l’une des propositions les plus connues des autonomies territoriales indigènes ».

J’indique de profondes divergences avec le dernier article de bilan, peu critique avec « la thèse de l’unité entre la bourgeoisie nationale et le mouvement populaire ouvrier-paysan-étudiant » et ses conséquences dramatiques pour les mouvements populaires ; ou les penchants essentialistes sur la place des femmes « à la fois porteuses de la vie et d’une perception du monde propre » ; sans oublier la caractérisation comme « socialiste » des régimes dans le Sud-est asiatique, le monde soviétique et euro-oriental ; ou les caractérisations sur le bloc historique et le programme de développement au Brésil.

Malgré cela, nous sommes ici, loin des réductions des apologistes néolibéraux du Brésil ou des « critiques » du « populisme ». Les expériences en Amérique latine, leurs limites, la place de l’auto-organisation (il est de ce point de vue regrettable que les expériences d’autogestion n’aient pas été plus mises en avant), la place de la rente extractive, celle des mobilisations « indien-ne-s » couplées à la sauvegarde de l’environnement permettent de mieux percevoir les contradictions des politiques des gouvernements, en particulier « progressistes ».

Alternatives sud : État des résistances dans le Sud. Amérique latine

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Published by Nouvel Essor - dans société
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