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8 janvier 2012 7 08 /01 /janvier /2012 19:16

 


Un avion qui décolle (Alan Levine/Flickr/CC)

Depuis plus de trente ans, Maurice Freund invente un tourisme différent, responsable et solidaire en Afrique, aujourd'hui menacé par les prises d'otages et les attaques d'Aqmi, la branche sahélienne d'Al Qaeda. A 68 ans, Maurice Freund ne jette pas l'éponge sans un dernier combat : il met le cap sur Faya-Largeau et le nord du Tchad, à l'écart de la zone d'activité d'Aqmi.

Flashback. J'ai connu Maurice Freund au début des années 80, alors qu'avec Le Point Mulhouse, flibustier du transport aérien, il cassait le monopole exhorbitant d'UTA (aujourd'hui avalé par Air France) entre la France et le continent noir. Pour un prix dérisoire, il amenait son DC-8 à Ouagadougou, permettant aux immigrants africains de revoir leurs familles, et aux haricots du Burkina Faso de gagner le marché français.

Nous sommes devenus amis à une époque où l'Afrique bougeait pas mal, où Thomas Sankara inventait les « hommes intègres » dans sa Haute-Volta rebaptisée Burkina Faso, avant de mourir sous les balles de ses camarades. Sa fidélité l'a conduit à accompagner l'aventure de Rue89 dont il a été actionnaire minoritaire jusqu'à il y a quelques jours... Cet article porte donc sur un ami personnel et un ami de Rue89 ; il n'en est pas moins un récit honnête d'une démarche positive.

Tourisme non prédateur

Je l'ai retrouvé dans les années 90, tombé puis redressé, alors qu'avec sa nouvelle aventure, le Point Afrique, une Scop (société coopérative) basée, ça ne s'invente pas, à... Bidon, en Ardèche. Il faisait poser ses avions là où aucun vol régulier n'allait : dans le nord du Mali, le nord du Niger, le centre du désert mauritanien.

Le Point Afrique y menait, souvent dans la foulée des accords de paix avec les rébellions touaregs qui ont durement marqué ces régions déshéritées du Sahel, un tourisme non prédateur, l'antithèse de la bulle occidentale en goguette.

Je m'y suis rendu une fois, avec mes enfants, dans les années 90, sans prévenir Maurice... De Gao à Tombouctou par la piste infernale, le retour sur le fleuve Niger, en dormant à la belle étoile, mangeant ce qu'on pouvait trouver sur notre route, une chèvre dans un village, un poisson directement acheté aux pêcheurs, un solide guide touareg pour nous accompagner, et une découverte réelle d'une région, d'un peuple, d'une culture.

Depuis deux ans, l'extraordinaire organisation du Point Afrique s'est effondrée, sous le coup d'Aqmi, des prises d'otages, de la peur. Maurice Freund a vu son espace se retrécir pour finalement disparaître, l'obligeant à supprimer les dizaines d'emplois qu'il avait créés dans une région privée de développement.

Dans une lettre à ses sociétaires, Maurice Freund s'insurge :

« Si Point Afrique pour des raisons sécuritaires a connu un tel effondrement, je souffre encore plus pour ces centaines de familles là-bas qui se trouvent actuellement totalement dépourvues de ressources. Je me sens responsable d'avoir voilà 15 ans initié ce tourisme qui a créé tant d'espoir ! Je ne pouvais imaginer qu'une poignée de terroristes issus des troubles algériens des années 90 parviendrait à transformer la zone saharo-sahélienne en Far West !

Aujourd'hui, à Gao des gamins de 15 ans, armés de Kalachnikov, font la loi. Cela me révolte… mais devant mon impuissance je m'interroge et une profonde tristesse m'envahit. Je pensais faire du tourisme “une arme pour la paix”, aujourd'hui nos compatriotes et autres ressortissants européens servent d'otages et de monnaie d'échange ! »

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Published by Nouvel Essor - dans société
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