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28 juillet 2012 6 28 /07 /juillet /2012 11:26

M. Madjindaye Yambaïdjé Florent est président du Synecs, il explique la situation de son corps de métier

Du 5e congrès du Syndicat national des enseignants-chercheurs du Supérieur aux élections des doyens et chefs de départements tombées en désuétude en passant par la léthargie du Synecs et l’improductivité à laquelle sont agonis les universitaires tchadiens voici quelques explications du président Madjindaye Yambaïdjé Florent.

Monsieur le Président, que peut-on retenir du 5e Congrès Ordinaire du SYNECS?
La maturité. La vraie maturité, la maturité syndicale. En effet, au-delà des débats contradictoires que nous avons eus, des divergences de points de vue autour de la question de la tenue ou non de ce Congrès, ce qui nous a particulièrement plu et qui est littéralement déterminant pour l’avenir de cette institution syndicale, c’est le fait que les membres du SYNECS soient capables d’adopter une attitude essentiellement démocratique et de pouvoir asseoir, après neuf mois de léthargie totale, un Bureau Exécutif National. Ce Bureau légitime, parce qu’issu du Congrès, instance suprême de notre corporation, est désormais l’organe représentatif et le seul interlocuteur habilité à parler au nom des membres du SYNECS. Pour mémoire, ce Congrès a vu la participation des sections de l’Université de N’djaména, de l’Ecole Normale Supérieure de N’djaména, de l’Université Roi Fayçal, du CNAR, de l’Université de Sarh, de l’Université de Moundou, de l’Université d’Ati, de l’Institut Universitaire de Laï, de l’Institut de Pétrole de Mao, de l’Institut Universitaire Polytechnique de Mongo, de l’Ecole Normale Supérieure de Bongor. Seuls l’Université Adam Barka et l’Institut Universitaire des Sciences et Techniques, d’Abéché, ont refusé de prendre part aux assises: les deux institutions ont estimé inopportune la tenue du Congrès en cette date. L’Université de Doba, l’Institut Universitaire Vétérinaire de Moussoro et l’Institut des Arts et Métiers de Biltine viennent d’ouvrir leurs portes et n’ont pas encore de structures syndicales.
 
Pour beaucoup, le SYNECS ne s’illustre que quand il s’agit de revendications pécuniaires. Que leur répondez-vous?
Ils n’ont pas tort et nous ne les condamnons pas non plus; car ils ne connaissent guère, sinon pas du tout, les objectifs et politiques de l’Enseignement Supérieur au Tchad. Il n’y a pas, en vérité, de véritable développement sans véritable recherche scientifique. La qualité des agents de l’Etat dépend quasiment des moyens que l’Etat met dans l’Education et/ou l’Enseignement de ces agents. Aujourd’hui, la plupart des Etats africains ont compris le jeu. Ils augmentent considérablement les salaires, primes et indemnités des Enseignants-chercheurs pour contrecarrer ou freiner la fuite des cerveaux. C’est l’exemple du Bénin, du Burkina Faso, du Congo (Brazzaville), de la Côte d’Ivoire, du Ghana, du Niger, du Sénégal. Même le Cameroun voisin s’est rendu à l’évidence et a augmenté substantiellement les salaires, primes et indemnités des Enseignants-chercheurs. Seul le Tchad refuse expressément – et on ne sait pour quelle raison – d’adhérer à cette stratégie combien salutaire pour tout pays assoiffé de progrès et de paix sociale.

Certains Tchadiens pensent que les Enseignants chercheurs du Supérieur sont d’éternels chercheurs qui ne trouvent rien. On se rappelle que l’ex-ministre de l’Enseignement Supérieur vous avait mis au défi de présenter un projet fiable de recherche dans unité en vue de l’octroi, à chaque universitaire, d’un ordinateur. Rien d’étonnant! Les Tchadiens, qui tiennent de tels propos, ont des yeux proprement fermés. Ils ignorent tout de l’Enseignement Supérieur ou feignent de reconnaître les réalités de nos institutions supérieures, Universités et Instituts. Pour ce qui est du propos de l’ex-ministre de l’Enseignement Supérieur, il était plus politique que scientifique. Nous avons tout intérêt à éviter ce débat stérile surtout que les ordinateurs ont déjà distribués à tous les Enseignants-chercheurs alors à leurs postes. Pour revenir à ceux qui disent que les Enseignants- chercheurs mènent des recherches inutiles, il est judicieux qu’ils ouvrent les yeux et qu’ils regardent. L’essentiel n’est pas de dire qu’ils ne font rien, mais de chercher à savoir ce qu’ils ont fait ou font et de chercher à savoir pourquoi ils ne produisent rien. En matière de prestations universitaires et de recherche, nul ne peut tricher.

Or, nous nous désolons de constater que le recrutement, tel que nous le constatons dans nos Instituts et Universités, ne se fait plus aujourd’hui en fonction des critères strictement scientifiques. Cela constitue un frein à la recherche scientifique laquelle s’inscrit dans la rigueur, la patience et l’excellence. Retenons qu’il ne suffit pas de porter un pénis pour se dire homme. Ensuite, aucune recherche sérieuse n’est possible aujourd’hui dans un environnement parfaitement nu et stérile comme celui des institutions supérieures du Tchad. Le seul cas de l’Université de N’djaména suffit pour dire qu’il reste beaucoup à faire.

L’Institut National des Sciences Humaines (INSH) a été supprimé. Le Centre National d’Appui à la Recherche (CNAR) est aujourd’hui le seul qui reste et qui s’occupe essentiellement des recherches anthropologiques. Les Annales de l’Université de N’djaména ne paraissent plus faute de moyens conséquents: plusieurs numéros sont en souffrance dans les tiroirs. Sur le campus, la situation est encore plus déplorable: pas de bibliothèques dignes de ce nom (pour vous rendre à l’évidence, posez la question aux bibliothécaires), pas de laboratoires de recherche (ceux qui existent ne le sont que de nom), pas de salles des professeurs, ni de bureaux d’enseignants, dans certaines Facultés (entredeux cours, les enseignants de la Faculté de Lettres, Langues, Arts et Communication et ceux de la Faculté des Sciences Humaines et Sociales errent dans la cour ou se réfugient dans les Départements souvent exigus), pas de toilettes, pas d’eau potable, etc. Enfin, comparativement aux Enseignants-chercheurs des Universités de la sous-région, les Enseignants-chercheurs sont mal rétribués. La dernière augmentation des primes et indemnités des Enseignants-chercheurs date de 2000. Depuis, le coût de la vie va crescendo. Pourtant, les charges académiques s’alourdissent, surtout avec le contexte du système LMD. Aussi le SYNECS insiste-t-il sur la revalorisation substantielle des primes et indemnités de tous les Enseignants et Chercheurs du Supérieur.

Désormais, depuis la réforme de l’ancien ministre de l’Enseignement Supérieur, les Chefs de Départements et les Doyens des Universités ne sont plus élus, mais nommés par Décret présidentiel. Quelle évaluation faites-vous de cette réforme?
Rectificatif! Seuls les Doyens sont nommés par Décret présidentiel et sur proposition du Ministre en charge de l’Enseignement Supérieur. Les Chefs de Départements, eux, sont nommés par Arrêté ministériel. Quant à l’évaluation de cette réforme, il est encore tôt pour nous de nous prononcer. Nous le ferons plus tard. En effet, l’élection des Doyens et Chefs de Départements était un acquis syndical et, en principe, un acquis syndical reste un acquis. Hélas, il n’en estrien aujourd’hui. Le Ministère a profité de la crise qu’a connue le SYNECS pour faire signer et appliquer dans la précipitation la plus inimaginable le Décret828, Portant Statut de l’Université de N’djaména. Mais, cela n’est qu’une partie remise. Avec ce nouveau Bureau Exécutif National, le SYNECS a recouvré son image et sa vigueur. Aussi promet-il de défendre énergiquement et efficacement tous les intérêts de ses membres.

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Published by Nouvel Essor - dans société
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