A la victoire des Fan en 1982, on le retrouve dans le Cabinet du feu Djamouss, en train de vilipender quotidiennement les ingénieurs pour leur incompétence et manque du patriotisme ! Devenu trop encombrant, Djamouss se débarrasse de lui, mais en lui trouvant un point chute à la SONASUT où il effectue son premier vol à mains armées (au temps de Habré, quelle audace !!). Il sort du gnouf à la faveur de la victoire du MPS, sans avoir purgé sa peine. A l’ombre de son grand frère (2ème personnalité du régime), il gravit tous les échelons de responsabilité. Retour à la SONASUT, cette fois-ci comme un des responsables et il effectue son deuxième vol à mains armées : il falsifie la signature du DG et empoche des millions, personne ne broche. Non seulement il est le petit frère de l’autre mais il est aussi une grande gueule : délateur né, colporteur chevronné, il patauge dans tous les milieux ndjamenois, il a Ndjamena en mains : certains le surnomment « RFI », d’autres « Ndjamena matin ». Sa place était aux RG ou à l’ANS, mais cela Deby n’a jamais compris. « On ne peut pas laisser Zene Bada chômer, c’est un voyou qui pique comme une vipère, même si on lui boucle la bouche il peut parler mieux et fort par le derrière ! » paroles de Deby. De la SONASUT il est muté au cabinet de Deby d’où il regagne le Gouvernement, l’intérieur, et là il effectue son plus grand vol à mains armées avec les félicitations de Deby.

Nommé au Ministère de l’intérieur, il avait la charge d’effectuer le recensement électorale avec un budget de trois milliards de CFA. Zene Bada remet un milliard en espèces à Deby, empoche un milliard et demi. Avec les cinq cent millions restants, il envoie des missions à l’intérieur du pays juste pour la consommation de l’opinion nationale et internationale, ou achète la conscience de certains curieux membres de la commission en charge de recensement. Le recensement lui-même a bel et bien eu lieu, mais dans les ex locaux du Ministère du Pétrole à Guirangoussou, aménagés pour l’occasion. Le recensement précédent à gauche, crayons et feuilles de papier avec des tableaux blancs à droite, Zene Bada effectua son recensement : depuis le dernier recensement le grand Sud a stagné. Il y a eu autant des morts que des nouveaux nés ; juste quelques refugiés rentrés au bercail grâce à la politique de la main tendue du Président ; donc une petite augmentation de 0,0001% ; les populations (non arabes) du Chari Baguirmi, du Batha, du Guerra (pourtant victime du nettoyage ethnique à deux reprises, sous Habré et sous Deby) et du Kanem augmentent sensiblement de 10 à 15% ; toutes les communautés arabes ont régressé presque de 30% ! Depuis le dernier recensement, il n’y a eu aucune naissance chez les arabes, uniquement des décès, même pas des refugiés ayant regagné le pays. Selon les recensements fiables précédents les communautés arabes représentent 10 à 15% de la population tchadienne. Selon Zene Bada, approuvé par Deby, elles ne représentent qu’à peine 6 à 6,25% au même niveau que les beris et les goranes qui, eux, ont progressé de 350% entre les deux recensements. Le Ouaddaï géographique (excepté Kobe) a stagné également. Deby était aux anges et ne pipe un mot sur le un milliard et demi empoché. Le recensement passé, Deby réélu, Zene commence à pavoiser. Il laisse entendre à qui veut l’entendre que Deby, délaissé par ses parents a été réélu grâce à lui et qu’il est temps qu’il prenne la deuxième place de son grand frère décédé. Deby le met au chômage !

Zene devient rebelle, prend langue avec ceux de l’est et rentre carrément dans la clandestinité tout en inondant N’djaména des ragots et racontars. Deby le récupère et le nomme Maire de la ville de N’djaména et lui confie la lourde tâche de déguerpir les indésirables. Il accompli cette mission avec tellement du zèle, du cynisme, de la méchanceté, que les n’djamenois ont presque oublié que tout cela vient de Deby. Il s’est attiré à lui seul toute la haine et la misère de la population meurtrie. Zene risque de devenir un handicap majeur pour les futures élections. En plus il commence à narguer Deby, se dit intouchable et n’a fait qu’exécuter les ordres de Deby, certains par écrits d’autres verbalement ou par téléphone et qu’il a des enregistrements. Et l’argent détourné ? Il remet à Deby ou à un de ses proches sur ordre de Deby lui-même, qu’il sait et a vu beaucoup des choses. Enfin il tient Deby et les siens par les c. Tout cela agace et énerve Deby qui finit par l’enfermer à la grande joie des N’djaménois.

Ces deux là n’auront aucun procès équitable qui leur permettra de s’expliquer et de parler ; ils connaissent trop des choses. Ils auront un simulacre de procès où ils ne diront rien et seront condamnés et graciés quelques moments plus tard. Les mauvaises langues disent que ce schéma est valable uniquement pour Kabadi, quant à Zene, avec sa grande gueule, il risque de s’attraper de la fièvre H1N1 ou se faire piquer par un scorpion du désert de l’Ennedi introduit par pur hasard dans sa cellule ou quelque chose comme cela, à moins que les « montagnards » se mobilisent pour le sauver.

Beremadji Félix
N’djaména