Le séjour du Dr Khalil à Tripoli est un cadeau du ciel pour Kaddafi. Le Soudan a dépêché une forte délégation pour récupérer le cadeau mais il a dit « niet ». Certainement le il a encore sur la conscience l’exécution d’Abdelkhaliq Mahdjoub, Alshafi Ahmed Elsheikh et bien d’autres qu’il avait livrés mains et pieds liés à El-Nemeyri, lors du coup d’Etat communiste de 1971. Et Deby dans tout cela ? Le Monsieur a des problèmes.

Après son cinéma à l’aéroport de N’djaména, il s’est retrouvé acculé de tous cotés:

1. Le Soudan lui reproche de n’avoir pas extradé vers le Soudan le Chef du MJE depuis N’djaména et qu’il avait inutilement organisé une mise en scène pour exfiltrer le Dr vers la Libye. Mieux, Deby a laissé entrer les forces du MJE à l’intérieur du Soudan avec des « provisions » assez suffisantes pour tenir longtemps. Lui-même, il ne fait qu’accabler le Soudan depuis son retour des cérémonies d’investitures du Président soudanais. Selon son entourage, il pensait sérieusement que pendant son séjour, les soudanais allaient concocter un accord bidon entre lui et les opposants après quoi ces derniers vont regagner le Tchad dans son propre avion. Il a été très désagréablement surpris que l’état d’esprit localement est loin de ces affabulations. Pire, les services des renseignements tchadiens rapportaient à Deby que les opposants étaient en résidence surveillée, plus particulièrement le Président de l’UFR. Information reprise allégrement par certaines presses onlines tchadiennes. Sur place, Deby constata que non seulement les opposants ne sont pas en résidence surveillée mais ils sont sur le terrain avec leur troupe. Fou furieux, Deby était reparti immédiatement après la prestation de serment sans attendre la suite de la cérémonie.

2. L’Envoyé Spécial pour le Darfour du Président des USA a une vision très simpliste pour ne pas dire étriquée de la situation dans la région. Pour cet ancien Général en retraite, pour qu’il y ait une paix durable au Tchad et au Soudan, il suffit que chacun de deux pays cesse de soutenir les opposants de l’autre, un point c’est tout. Avec beaucoup d’efforts il a œuvré dans ce sens et surtout faire réconcilier le Soudan avec son opposition à travers la rencontre de Doha. La tâche confiée à Deby est non seulement de lâcher les rebelles soudanais mais surtout obliger le Chef du MJE de signer l’Accord de Doha. Ce Général en retraite reproche donc à Deby d’avoir failli à sa mission et surtout détérioré bêtement ses relations avec le patron du MJE alors qu’il était l’interlocuteur privilégié et par la même occasion jeter ledit Chef dans les bras du Guide.

3. Les incidents à l’aéroport de N’djaména ont sonné le glas du peu de confiance qui semble régner entre Deby et sa communauté. Depuis, les peu des Zaghawa qui faisaient semblant de soutenir Deby soit par intérêt soit par peur des représailles, semblent prendre leur distance ostensiblement. Pourtant Deby a encore besoin des Zaghawa soit pour faire la guerre soit pour frauder les différentes élections, mais le froid est réel et visible entre celui-ci et sa communauté depuis les événements du mois de mai. Pour remobiliser les Zaghawa, il faut passer par le Chef du MJE.

C’est pour toutes ses raisons que Deby s’est fait violence pour se déplacer à Tripoli. A suivre la rencontre entre Deby et Dr Khalil, selon des témoins oculaires.

Beremadji Félix
N’djaména