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3 février 2010 3 03 /02 /février /2010 21:05
Marie-France Calle - Correspondante à New Delhi
03/02/2010 | Mise à jour : 10:00
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À Kandy, des militaires défilent dans les rues, le 2 février.
À Kandy, des militaires défilent dans les rues, le 2 février. Crédits photo : AP

Une semaine après avoir remporté la présidentielle anticipée, Mahinda Rajapakse relance la chasse aux opposants et aux journalistes.

La victoire n'a pas adouci Mahinda Rajapakse. Une semaine après avoir remporté haut la main l'élection présidentielle (57,9 % des suffrages), le chef de l'État sri-lankais, qui se succède à lui-même, persiste dans sa politique de répression. En ligne de mire, les journalistes qui ont osé soutenir l'opposition lors de la campagne électorale. Mais pas seulement.

Persuadé que le général Sarath Fonseka, l'ex-chef des armées qui s'était présenté contre lui à la tête d'une coalition hétéroclite, était prêt à le renverser, voire à l'assassiner, Rajapakse a entrepris une vaste chasse aux sorcières. Une douzaine d'officiers suspectés d'être fidèles au général ont été limogés lundi. Enfin, le président n'a pas tenu sa promesse de laisser sortir des camps, où ils sont encore parqués dans des conditions désastreuses, plus de 100 000 réfugiés tamouls du Vanni. Tous devaient être libérés au 31 janvier, avait pourtant annoncé Rajapakse quelques jours avant le scrutin. De fait, la militarisation de ce territoire du nord de l'île, autrefois tenu par les Tigres de libération de l'Eelam Tamoul (LTTE), se poursuit. Laissant peu d'espoir - du moins dans un proche avenir - de voir Colombo offrir une solution politique propre à satisfaire les minorités.

Cette manière d'entamer son nouveau mandat à la hussarde a valu à Rajapakse les protestations en rafales des organisations internationales des droits de l'homme. L'ONG Reporters sans frontières (RSF), basée à Paris, était déjà montée au créneau sur plusieurs dossiers, y compris celui de la disparition d'un caricaturiste et analyste politique sri-lankais peu de temps avant l'élection.

 

« Les oubliés de la justice »

RSF a été relayée mardi par Amnesty International, qui demande au gouvernement de Colombo de mettre un terme à la répression contre les journalistes, les activistes politiques et les défenseurs des droits de l'homme dans l'île. « La victoire contre les Tigres tamouls, suivie de l'élection présidentielle historique, aurait dû mettre un terme à la répression politique au Sri Lanka. Or nous assistons au contraire à une sérieuse répression de la liberté d'expression », a déclaré Madhu Malhotra, la directrice d'Amnesty International pour la région Asie-Pacifique. Cinquante-six journalistes sri-lankais auraient été « black-listés » par le gouvernement, selon des collègues qui en auraient fourni les noms à Amnesty International.

Mardi encore, l'ONG Human Rights Watch (HRW) a publié un rapport au titre évocateur : «Les oubliés de la justice : le destin incertain des détenus soupçonnés d'avoir appartenu au LTTE au Sri Lanka». Le document contient notamment des interviews des familles des détenus, de travailleurs humanitaires et d'avocats des droits de l'homme. «Il est temps, pour le gouvernement sri-lankais, d'identifier clairement parmi les détenus ceux qui présentent une menace pour la sécurité du pays, et de relâcher les autres», relève Brad Adams, responsable de HRW pour l'Asie.

Pourquoi Mahinda Rajapakse s'arrêterait-il en si bon chemin ? Non seulement il a gagné son pari en convoquant une élection deux ans à l'avance après avoir anéanti le LTTE, mais la Cour suprême du Sri Lanka vient de trancher sur la durée de son «règne». Il a sept ans devant lui… Son nouveau mandat de six ans ne commencera que le 19 novembre 2010. Quant aux gouvernements occidentaux, ils restent circonspects. Leurs timides remontrances sur les droits de l'homme à la fin du conflit leur ont valu de perdre de leur influence dans l'île. Au profit, notamment, de la Chine et de l'Iran.

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Published by Nouvel Essor - dans société
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