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15 janvier 2010 5 15 /01 /janvier /2010 17:37
LUCIEN LEMOINE : Un passeur de cultures s’en est allé Comédien, auteur et metteur en scène, Lucien Lemoine a marqué la culture sénégalaise ces quarante dernières années. Ironie de l’histoire, il est décédé le mercredi 13 janvier 2010, le même jour où son pays natal, Haïti, a été secoué par un violent séisme qui a fait des milliers de morts. Lucien Lemoine est parti. Il laisse derrière lui son épouse et confidente, Jacqueline Scott Lemoine, et de nombreux amis et proches. Leur silhouette était indissociable du monde de la culture sénégalaise durant ces quarante dernières années. Ce couple faisait partie de ces nombreux Haïtiens qui ont quitté leur terre natale pour échapper à la dictature de François Duvalier. À travers le théâtre, la musique, la sculpture, ils sont arrivés à exprimer ce que leur statut d’exilés ne leur permettait pas de dire. Homme de culture, Lucien Lemoine était également professeur de diction pour le cours de radio en 2ème année au Centre d’études des sciences et techniques de l’information (Cesti) de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Les étudiants retiennent de lui homme sympathique, taquin et qui avait une rare générosité intellectuelle. Depuis une trentaine d’années, il a participé à la formation de nombreux journalistes sénégalais et d’autres nationalités comme le Bénin, le Togo, la Côte d’Ivoire, le Tchad, le Gabon, la Mauritanie, le Rwanda, le Maroc... Le couple Lemoine, très proche de la jeunesse, anime depuis près de quatorze ans un atelier de recherches et de pratiques théâtrales pour les étudiants de la Faculté des Lettres voulant se spécialiser en dramaturgie ou, tout simplement, se familiariser avec les textes inscrits à leur programme. Lucien Lemoine était très lié à son pays natal, Haïti. Un amour qu’il partageait avec son épouse. «  C’est bien naturel que chacun porte dans son cœur le bout de terroir où il est venu au monde, où il a poussé son premier cri. Nous aurions aimé que l’Afrique agirait et penserait comme si elle s’en était vraiment souvenue toute seule et, surtout, qu’elle la revendique aujourd’hui comme sienne puisque, finalement, ne sont-ce pas des Africains enchaînés qui, ayant rompu leurs chaînes, ont crié à la face du monde : vivre libre ou mourir ?...  » écrivait Jacqueline Lemoine dans l’un de ses articles. UN EXIL CULTUREL En 1966, les voici donc en terre sénégalaise, dans une effervescence de sons, de couleurs, d’images, de verbe, de rires largement ouverts sur un mot qu’on entendait pour la première fois : Téranga. C’était le président Léopold Sédar Senghor qui le prononçait sur les ondes de la Radio nationale. «  Avant même qu’on en eût donné la signification, il nous semblait avoir déjà ressenti tout son sens profond  », se souvient Jacqueline. De son côté, Lucien avait écrit au poète Senghor pour lui dire qu’une fois arrivé au Sénégal, il aimerait bien y rester avec son épouse pour longtemps, peut-être pour toujours. «  Avant même de débarquer ici, nous savions que nous étions les bienvenus. Le cadeau de l’Afrique était immense  », confiait la comédienne. Arrivé à Dakar le 10 avril 1966 à l’occasion du premier Festival mondial des Arts nègres, le couple s’était établi depuis lors au Sénégal. Dans une capitale en fête, toutes les cultures diverses du continent étaient réunies sur la presqu’île, Dakar enfonçant sa pointe dans l’Atlantique encore froid, en avril. Tous les deux étaient pris dans un tourbillon d’odeurs composites où dominait celle de l’arachide grillée mêlée aux effluves de marées neuves. Les tam-tams en fête résonnaient de toutes parts. Mais ce n’était pas facile tous les jours. Dans un bel élan poétique, Jacqueline se souvient  : «  Entre l’arbre ancré bien solidement sur ses rivages et la branche coupée, emportée au loin, de l’autre côté des mers, qui avait résisté pourtant contre tous les assauts de la malchance et qui revenait pour réclamer sa place, la jonction n’était pas immédiatement évidente  ». Comédien, auteur et metteur en scène, Lucien Lemoine s’était aussi distingué dans la présentation d’émissions culturelles à Radio Sénégal. Ayant à son actif de nombreuses pièces, il a produit pendant douze ans l’émission «  La voix des poètes  » à la Radiotélévision du Sénégal. Autre preuve de son intégration dans la culture sénégalaise, en juillet 2008, lors du 10ème anniversaire de la disparition du cinéaste Djibril Diop Mambety, Lucien Lemoine avait témoigné sur son ami, dans un entretien qu’il nous avait accordé  : « Ah si tout était vrai des choses que l’on dit, celui-là irait tout droit au Paradis. Oui, son cœur était pur. Il a vécu sans pacte, libre dans sa pensée autant que dans ses actes, tout comme Cyrano : avec ses passions, et n’a jamais péché que par omission. Djibril Diop Mambety était un cinéaste inspiré, poète de l’image et du son  », s’exclamait-il. On aime ou non (question de goût, ou d’appétit), c’était ça son ami Mambety. Au moment où nous mettons sous presse, la date et l’heure de l’enterrement de Lucien Lemoine restaient à déterminer. Le Soleil adresse ses condoléances les plus attristées à son épouse Jacqueline et à tous ses proches. El Hadji Massiga FAYE

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Published by Nouvel Essor - dans société
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