Aujourd’hui on s’aperçoit que le problème a été mené de bout en bout en sous-main par les services spéciaux avec un certain Abdou Onigué, agent de Deby et ami de Moussa Hilal, interposé. En fait qui est cet Abdou Onigué ? (il s’est fait appeler le jour de la cérémonie, Abdoulaye Bangui). Abdou est un citoyen tchadien plus qu’ordinaire, de l’ethnie bideyat appartenant au grand clan siguéra, il s’est retrouvé à Kapkabia depuis les années de sécheresse 84-85 ; depuis lors il est devenu l’enfant de maison de Sheikh Moussa Hilal, c’est-à-dire l’homme à tout faire de ce dernier ; sans scrupules il a glissé petit à petit vers le colportage entre les déplacés de la sécheresse et Sheikh Moussa et partant vers les services de sécurité auxquels se sont joints quelques-uns des membres de sa famille . En son temps, le MPS l’avait déjà condamné à mort pour être un agent au service de la DDS. En 2006 quand Deby avait demandé à Moussa HILAL d’organiser l’assassinat du colonel Abakar Kessou Hamid connu sous le nom d’Abakar Banguil, justement c’est Abdou qui a servi de trait d’union entre les deux hommes pour les préparatifs et le transport des valises. Malgré les preuves palpables que les responsables de Rfc d'antan avaient fourni aux services spéciaux, ceux-ci n’ont rien trouvé à dire jusqu’aujourd’hui. Ce faisant, Abdou a lié depuis cet accident, son sort à celui de Moussa Hilal et Deby.

Contrairement à ce que croit l’opinion, Deby a autant peur d’une opposition tchadienne installée au Darfour qu’une opposition armée contre le pouvoir soudanais. Il pense, à juste titre d’ailleurs, que toute opposition armée au Darfour surtout des zaghawa dans l’un ou l’autre sens aura des répercussions négatives pour son régime, c’est pourquoi aux 1ères heures de la création de l’opposition soudanaise, Deby s’est débattu férocement contre elle, mais la résurgence d’une rébellion contre son régime l’a obligé à collaborer avec les soudanais ; ainsi donc, depuis la désintégration de l’UFR, Deby a toujours pensé faire un corridor de sécurité à l’intérieur du territoire soudanais pour contrer les ambitions de JEM qui hébergerait les résidus de l’UFR et à la longue ceux-ci pourraient constituer une menace. Une présence pérenne de l’armée tchadienne en territoire soudanais poserait des problèmes juridiques et politiques. C’est ici qu’intervient le rôle central d’Abdou aidé en cela par les services dont il a continué à être le correspondant permanent auprès de Deby. Connaissant la psychologie de ses parents qui sacralisent les liens maritaux mais qui aiment aussi les belles femmes blanches, Abdou a trouvé une idée géniale consistant à pérenniser les relations familiales entre Deby et Moussa par un mariage ,ce qui rendrait de ce fait, l’ouest Darfour le second fief marital de Deby qui se permettrait en conséquence , pour la sécurité de sa famille et de sa belle-famille de déployer une unité de sa propre protection ;par cette logique fallacieuse on pourrait déployer avec bien sûr le consentement des autorités soudanaises autant des militaires qu’on voudra ! L’offre a été faite à Deby qui a trouvé l’idée géniale et s’est heurté dès l’annonce au refus de ces parents qui trouvent Moussa Hilal un personnage peu fréquentable pour plusieurs raisons connues, mais Abdou poussé par ses mentors a forcé la porte pour venir faire le Fatiha à Kapkapia en Aout 2011. Quand sur insistance des soudanais Deby a déclaré qu’il va épouser la fille de Moussa après son passage à Khartoum en Décembre, ce fut le tollé d’abord dans sa propre famille ensuite toute la communauté zaghawa, à la première ligne les réfugiés de Tiné et de Bahaï qui trouvent qu’une telle alliance est impensable et ignoble, Moussa Hilal étant le principal artisan du pogrom. Après une ultime réunion familiale Deby aurait prononcé la répudiation de la fille, devant ses sœurs, Daoussa et Mht Saleh Brahim. Après cette réunion c’est le tour des soudanais de s’émouvoir à commencer par le Président Al Béchir qui a insisté auprès de son « frère » de ne pas annuler le contrat car ce serait une honte pour tout le Soudan et a insisté auprès de Deby qu’il envoie une délégation de haut niveau pour le représenter aux cérémonies. Après avoir repoussé la date du 10/01 au 20/01 Deby a donné son accord de principe et a demandé à Daoussa de le représenté, celui-ci aurait répondu tout simplement que la femme a été déjà répudiée donc il n’y aura pas des cérémonies. Toutefois Deby était obligé de réunir sa famille qui s’inquiétait de ces volte-face qu’il a donné son accord uniquement pour sauver la face du Président El Béchir (pas de Moussa) et qu’au fond il n’y aura pas de mariage, ceci dit Deby a donné une chronologie pour faire durer l’arrivée de la mariée et finalement l’annuler : une fois les cérémonies présidées par El Béchir terminées, il leur dira que lui-même il se rendra personnellement au Soudan pour prendre sa femme donc elle n’a qu’à rester en attendant, ensuite il ira en France pour les soins, et puis…. Ensuite…… jusqu’à ce que l’opinion oublie même le mariage qui s’annulera de fait. Il faut laisser le temps au temps, en quelque sorte.

Toutes les cérémonies grandioses que le monde entier a suivies sont en fait organisées de bout en bout par les services de sécurité qui n’ont lésiné aucun effort (matériel, financier…) pour donner un sceau particulier à ce pacte. La presse soudanaise a été mise à contribution, les récalcitrants ou ceux qui émettaient des doutes ont été bien sermonnés ; les correspondants étrangers ont été menacés de retrait de leur accréditation ! Une nombreuse racaille des bouffons de Deby a fait le déplacement jusqu’à Khartoum, mais pas de Daoussa ni une délégation officielle. Sur la photo qui a circulé sur le net, l’homme qui est assis entre le President soudanais et je Chef des Djandjawids, Moussa Hila, est bien Abdou Onigué.

Les cérémonies terminées , Deby a demandé à la famille de la mariée de patienter jusqu’à la 1ère semaine du mois de février au cours duquel il y aura une cérémonie officielle d’installation de l’Autorité de Darfour issue des accords de Doha, alors il profitera pour ramasser son colis. Il n’y a pas de catastrophe dans la demeure, la mariée n’a qu’à renouveler sa parfumerie et son henné ! Février sera donc le rendez teste : ce mariage aura lieu ou n’aura pas lieu comme le pensent beaucoup des proches de Deby. De ce qui précède, les tchadiens sont en droit de se poser la question suivante : pourquoi le Soudan tient absolument à cette alliance qui ne répond à aucune logique ? La réponse est dite plus haut, c’est la sécurisation de Darfour nord-est. Si tel est le cas Deby égal à lui-même vient de franchir un pas dont les soudanais eux-mêmes n’y croyaient pas: Deby et Béchir sont surpris par la détermination des combattants de JEM de venger leur chef; chaque jour en effet on assiste à des serments de fidélité au mouvement pour continuer la lutte jusqu'à la victoire finale. Ces combattants sont d'autant plus galvanisés que l'armée soudanaise vient de connaître pour la première fois une rébellion passive interne, refusant ainsi de se battre contre les rebelles, alors El Béchir et les siens pensent sérieusement qu'une offensive contre Khartoum est inéluctable et elle sera aussi fatale. C'est pourquoi le secours du tout nouveau beau-fils est demandé de manière insistante: et le beau-fils en a répondu favorablement: il vient d’envoyer par avion au début de la semaine directement à Khartoum plus de 3OOO militaires avec plus de 40 véhicules blindés lourds (chars Aml, BMB, CASCAVELLE, etc.) ; Un petit détail amusant : aucun zaghawa ne fait partie du contingent envoyé au soudan. Aucune institution de la République n’est informée, comme d’habitude c’est le black-out total, on ne saura jamais les morts, les blessés, les disparus, comme ce fut le cas de Togo, de Zaïre, de Congo, de RCA et de la Libye. Pendant combien de temps Deby continuera-t-il à piétiner tout le peuple tchadien ? Combien de temps il continuera à vendre les tchadiens comme des marchandises, des chairs à canon au premier commerçant?

Aussi impensable que cela puisse paraitre, L’armée tchadienne est bien au secours de l’armée soudanaise. En effet depuis l’assassinat de Dr Khalil, le régime soudanais rencontre des sérieux problèmes ; en effet l’armée soudanaise qui est dans sa structure et dans sa conception est défensive, refuse depuis quelques semaines de continuer à se battre contre les rebelles et demande que le pouvoir engage des vraies négociations avec toutes les tendances sans exception et qu’il y ait un réel partage du pouvoir entre les régions périphériques marginalisées et le régime. On murmure dans les cercles restreints que la haute hiérarchie militaire qui demeure très islamiste n’a pas apprécié la manière dont le Dr Khalil a été assassinée d’autant plus que les observateurs ont toujours remarqué la non motivation de l’armée soudanaise dans sa lutte contre le Dr Khalil, ceci a été vérifié en mai 2008 lors de l’offensive de JEM contre Khartoum où seuls les éléments de sécurité (services spéciaux) se sont mobilisés pour contrer l’offensive. L’armée n’oublie pas non plus que le Dr Khalil a été un grand chef militaire djihadiste contre le sud.

Par ailleurs, dans le Darfour-sud (Nyala) le changement du gouverneur élu par un parachuté de Khartoum a servi de détonateur à une fronde sociale sans précédent depuis une semaine.

Face à cette situation, le régime se trouve dans une position piteuse et un remake de la situation de mai 2008 n’est qu’un problème de temps selon tous les observateurs à Khartoum où la classe dirigeante se fissure de jour en jour rendant plus que probable une insurrection populaire qui soutiendrait l’avancée des forces de l’opposition. Le fruit déjà pourri de l’intérieur tomberait de lui-même, contrairement en 2008.

L’armée soudanaise numériquement supérieure à plus de 10 fois à celle du Tchad et dotée des moyens matériels et financiers qui dépassent même le budget de l’Etat tchadien, oui cette armée est psychologiquement hors combat faces aux combattants survoltés et déterminés de la nouvelle coordination de l’opposition soudanaise. El-Béchir n’a pas trouvé mieux que de se tourner vers le tout nouveau beau-fils du Soudan pour faire face à une éventuelle offensive des rebelles soudanais qui utilisent les mêmes méthodes de combat que les tchadiens, en d’autres termes la tortue sait par où mordre l’autre tortue .

Maintenant qu’Oumar El Béchir a obtenu l’appui tant réclamé, il est clair que les pressions sur Deby pour concrétiser le mariage seront moindres. Qui s’en inquiétera du non mariage d’un zoulou avec une rizzegat ?

Abdel Fatah Mohammed El Tinawi
Journaliste, (El Fasher)