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25 janvier 2010 1 25 /01 /janvier /2010 18:02
1958 : une communauté transitoire

Quant aux grands partis, ils ont évolué en désordre. Les IOM, devenus Convention africaine, ont adopté le projet de Senghor, qui était une complexe pyramide de fédérations. Le RDA, qui avait conquis la moitié des sièges dans les assemblées territoriales d’AOF et plus du quart dans celles d’AEF, s’est rallié à la lutte contre la balkanisation, aux exceptions notables d’Houphouët-Boigny et du Gabonais Léon Mba. Le leader ivoirien s’est orienté, néanmoins, vers l’idée d’une fédération franco-africaine… au moment où Senghor l’estimait dépassée et proposait une confédération. Enfin, en mars 1958, la plupart des partis autres que le RDA se sont unis au sein du Parti du regroupement africain (PRA).

On est donc en pleine effervescence quand, de Gaulle revenu au pouvoir, le comité constitutionnel va mettre sur pied la Communauté franco-africaine. Ministre d’État, Houphouët-Boigny préside le groupe de travail pour l’outre-mer, où la querelle du fédéralisme bat son plein. Il parvient à faire écarter les fédérations primaires. Le débat rebondit sur la structure de la Communauté. Le PRA durcit sa position, sous l’influence du Guinéen Sékou Touré et du Nigérien Djibo Bakary, qui lance le slogan : « L’indépendance d’abord. Le reste ensuite. » Senghor essaie de faire adopter un système confédéral incluant le droit de sécession assorti de garde-fous. De Gaulle tranche, prenant le parti du leader ivoirien : l’autodétermination s’exercera une fois pour toutes, dans chaque territoire, par le référendum constitutionnel. Le choix sera entre l’indépendance immédiate – étant entendu qu’on « ne peut concevoir un territoire indépendant et une France qui continuerait de l’aider » – et l’intégration à jamais dans une Communauté fédérale.

 

8 août 1958, à Paris. Le président du Conseil comprend vite que la plupart des Africains ressentent l’alternative comme un chantage et que, si le oui au référendum implique renonciation au droit à l’indépendance, la Communauté sera balayée. Les plus lucides savent qu’aucun contrat n’est éternel. Le Malgache Philibert Tsiranana confie à des journalistes : « Dans un an ou dans un siècle, Madagascar sortira de la Communauté. Sans doute très prochainement. » Mais beaucoup ressentent un affront. Alors, le 24 du même mois, à Brazzaville, de Gaulle fait la concession décisive, reconnaissant le droit de sécession « au bout d’un certain temps [qu’il] ne précise pas ». La Communauté ne sera qu’une transition.

Tous ne considèrent pas l’affront lavé pour autant. Le 28 septembre 1958, la Guinée vote non et accède à l’indépendance. Elle en retire un prestige certain, mais elle le paiera cher.

La Communauté franco-africaine est née. Fédération sans véritable cadre institutionnel, elle est floue. Elle le restera tant et si bien qu’elle disparaîtra sans jamais être formellement dissoute.

Donc, au début de 1959, des ex-colonies françaises d’Afrique subsaharienne et de l’océan Indien, une est indépendante ; deux – Cameroun et Togo – le sont presque ; douze sont des républiques autonomes au sein de la Communauté ; les Comores et Djibouti demeurent des territoires d’outre-mer, et la Réunion un département. Ultime paradoxe ivoirien : alors que les nouvelles Républiques n’ont, évidemment, plus d’élus au Parlement français, Houphouët-Boigny reste ministre, dans le gouvernement Debré, jusqu’au 21 mai. 

1959 : les derniers soubresauts des colonies

Les fédéralistes n’ont pas dit leur dernier mot. Le 17 janvier, Dahomey (Bénin), Haute-Volta (Burkina), Soudan français (Mali) et Sénégal adoptent la Constitution de la Fédération du Mali, que les quatre Assemblées ratifient dans les quinze jours. Mais, un mois plus tard, attirés dans l’orbite de la Côte d’Ivoire, les deux premiers s’en sont retirés. La Mauritanie, que le Maroc revendique comme partie de son territoire, reste à l’écart. Avec pour président et vice-président du gouvernement fédéral les Premiers ministres des Républiques membres, Modibo Keita et Mamadou Dia – Senghor étant président de l’Assemblée fédérale –, la Fédération à deux va animer la Communauté pendant un an et demi.

En Afrique-Équatoriale française, le Centrafricain Barthélemy Boganda, apôtre des États-Unis d’Afrique latine, meurt le 29 mars, victime d’un accident d’avion. Mais son projet de maintien de la fédération d’AEF, en attendant de l’élargir vers le sud, avait été enterré avant lui sous les particularismes.

Le 30 mai, Dahomey, Haute-Volta et Niger forment avec la Côte d’Ivoire le Conseil de l’entente, organe de concertation sans structure d’union, auquel sa souplesse – et le fonds de solidarité alimenté par Abidjan – permettra de survivre à tous les différends politiques.

Le dernier acte de l’année se joue de juillet à décembre. Regroupant les deux principales formations du Mali, l’UPS sénégalaise et l’US-RDA soudanaise, le Parti de la Fédération africaine (PFA) se prononce pour l’indépendance au sein d’une communauté transformée en confédération. Houphouët-Boigny réagit d’abord violemment, puis se retire sous sa tente. Le 11 décembre, présidant le conseil exécutif de la Communauté, réuni à Saint-Louis (Sénégal), de Gaulle annonce l’accord de la France. Dans un climat de profonde émotion, il le confirme, le surlendemain, devant l’Assemblée fédérale à Dakar. Le 15 décembre, Tsiranana demande l’indépendance pour Madagascar. Les négociations franco-maliennes et franco-malgaches pour le transfert de souveraineté s’ouvriront bientôt.

Houphouët-Boigny avait gagné la première manche ; il a perdu la seconde. Pragmatique, il en tirera les leçons. Le rideau peut se lever sur 1960.

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Published by Nouvel Essor - dans société
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