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28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 23:33

La France et le Soudan pointillés

Les intellectuels ont le devoir d’alerter l’opinion publique sur les responsabilités de l’Etat, surtout en matière de politique étrangère et de droits de l’Homme. Bernard-Henri Lévy l’a fait, avec son brio habituel, dans le Point du 13 janvier. Comment ne pas partager son indignation ? Je suis révolté par ce premier massacre de masse du XXIème siècle et, plus que jamais, la défense de la responsabilité de protéger s’impose au cœur des combats que je mène.

Stigmatiser l’inertie de la France est injuste. Notre engagement déterminé au service de la paix dans cette région martyre nous a permis d’obtenir des résultats - certes insuffisants - mais dont nous pouvons être fiers.

Dès mon arrivée à la tête de la diplomatie française, en mai 2007, j’ai fait du Darfour l’une des priorités de l’action de la France. Le dialogue - notamment avec la Chine - qui s’est instauré à l’occasion de la conférence internationale sur le Darfour, que j’ai organisée à Paris, dès juin 2007, a permis, outre le vote d’une résolution forte au Conseil de sécurité, le déploiement sur place, au Darfour, d’une force de maintien de la paix des Nations unies de 20 000 hommes.

L’Union européenne, sous notre impulsion, a déployé en mars 2008 une force dans l’est du Tchad et le nord-est de la RCA, à la frontière du Darfour, sur le passage des rebelles et des Janjawids, ces milices assassines qui ravageaient le Darfour et le Tchad. Vingt-deux nations ont participé à cette opération majeure dont la France était le principal contributeur. Depuis mars 2009, les Nations unies ont pris le relais, mais nous poursuivons notre action humanitaire et politique. Aucune attaque majeure de ces milices n’a eu lieu depuis. Les personnes déplacées ont été protégées. Le Tchad et le Soudan ont évolué vers une normalisation de leurs relations. Là encore, la mission de la France est largement accomplie.

En 2007, le dialogue entre les mouvements rebelles armés et le gouvernement soudanais était au point mort. C’est sur une initiative diplomatique commune du Président Sarkozy et de l’Emir du Qatar que les négociations ont pu être relancées. Elles ont conduit à la signature, en février 2009, d’un accord entre Khartoum et l’un des deux principaux groupes rebelles du Darfour. Autre résultat politique majeur.

Les discussions menées à Doha n’ont pas encore abouti à un accord de paix final et je le regrette. Khartoum refuse de faire des concessions. Mais les torts sont partagés. Les groupes rebelles ne cessent de se diviser. M. Abdulwahid Nur, chef rebelle en exil à Paris depuis 2006, refuse tout dialogue, en dépit de nos multiples tentatives pour le faire venir à la table des négociations. Veut-il la paix ? Je le pense. Veut-il participer aux efforts pour y parvenir ? Il s’y refuse. Cette intransigeance est incompréhensible.

Dans le combat pour la justice, la France a également été en première ligne. La saisine, à notre initiative, de la Cour pénale internationale sur le Darfour a abouti en 2009 à la délivrance d’un mandat d’arrêt contre le Président Béchir pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité - mais non pour génocide. La France coopère pleinement avec la CPI. Ce n’est pas le cas de toutes les Nations ! La création récente du pôle génocide et crimes contre l’humanité - autre nouveauté majeure - au sein de notre système judiciaire témoigne de notre volonté de lutter sans faiblesse contre l’impunité.

Au delà du Darfour, tous les regards se tournent désormais vers le Sud-Soudan. En vertu de l’Accord de paix global Nord-Sud de 2005, signé à l’issue d’une guerre meurtrière de deux décennies, les premières élections générales depuis 1986 doivent se tenir en avril prochain. La France soutient leur organisation ainsi que le déploiement d’observateurs. Nous poursuivrons nos efforts pour préparer, avec les deux parties, le référendum crucial d’autodétermination du Sud, en janvier 2011. A cette fin, nous avons installé un bureau d’ambassade à Juba.

Qu’avons-nous obtenu de concret au Darfour ? Diviser par 40 le nombre de morts : plus de 6000 morts par mois en 2003-2004 ; 150 en 2009. Chaque mort est un mort de trop, mais la situation s’est indéniablement améliorée.

La critique est nécessaire, elle ne devient indispensable que lorsqu’elle est crédible. Exiger la paix et la justice est l’affaire des militants ; faire la paix et respecter la justice internationale : celle des responsables politiques.

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Published by Nouvel Essor - dans société
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