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24 juillet 2012 2 24 /07 /juillet /2012 17:52

“Berbères à l’origine, les Touaregs s’installèrent dans les massifs montagneux du sud du Sahara. Ils se sont bien adaptés à ce milieu hostile. Vivant du commerce caravanier et d’échanges. La société touarègue d’alors peut être définie selon trois composantes. La plus importante est l’unité de la langue, le tamachek, qui possède une écriture, les tifinagh (tifinagh signifiant caractères en tamachek), traditionnellement transmise par la mère. Deuxième particularité : la société touarègue est hiérarchisée, selon un type proche du Moyen-Age français. Cette hiérarchisation tend, aujourd’hui, à s’atténuer. La troisième caractéristique est le nomadisme, imposé par le milieu, nomadisme principalement pastoral (élevage).

Un coup fatal est porté à cette société par les indépendances des pays africains. Les Touaregs, autrefois libres dans leurs déplacements, sont alors enfermés dans des frontières, assujettis aux nouvelles administrations militaires. Ces nouvelles administrations suscitent la peur : humiliations publiques… Et certains Touaregs se demandent, en 1963, quand va «finir» l’indépendance !

L’empressement du Mali

Cette situation aboutit à un premier soulèvement dans l’Adrar des Iforas en 1963-64, dans le Nord malien. Les Touaregs connaissent des exodes vers les pays limitrophes (Algérie, Libye, Mauritanie…). Beaucoup n’arriveront pas au bout du voyage. Pourtant, les administrateurs militaires maliens auraient pu facilement s’approprier la culture et les sols touaregs, qui sont stratégiques pour le Mali. Les Touaregs ne sont pas hostiles, si on sait s’y prendre. Dommage. Au lieu de cela, on installe dans le nord du Mali des prisons et casernes avec des combats. Pour les populations du Sud, être envoyé dans le Nord devient synonyme de punition, de dégradation, de mise à l’écart. Aussi pourquoi aller y enseigner, y mettre en place une politique de développement ? On peut comprendre que ceux qui sont envoyés pour travailler au Nord malien aient envie de le “faire payer” aux populations touarègues de la région.

Le jeu régional

La société touarègue se referme sur elle-même et ceux qui sont restés au Mali entrent dans un nouvel exil intérieur, isolement passif, qui va durer et s’installer. Les sécheresses successives de 1973-74 et 1984-85 viennent accentuer cette marginalisation et soutenir le centralisme de l’Etat dans la volonté de réduction du pastoralisme nomade et de la résistance touarègue. La désertification s’accentue. Les sécheresses et les exodes vers les pays voisins contribueront aussi au déclin définitif des tentatives de scolarisation des enfants d’éleveurs nomades.

C’est dans ce contexte que les régions touarègues au Mali comme au Niger connaissent des rebondissements permanents (1990-95, 2006-2009). De mai à décembre 2008, c’est la rupture entre les acteurs du conflit. De violents combats dans le nord et dans le sud ensanglantent le pays.

Ibrahim Ag Bahanga, le chef de l’Alliance Touareg Nord-Mali pour le Changement, a bien été libéré en plus de 248 militaires maliens faits prisonniers lors des combats. Ils ont été remis au médiateur algérien, aux facilitateurs libyens, aux notables touaregs de la région de Kidal, au CICR, mais sans négociations. Un dialogue de sourds s’installe entre les parties.

Au début janvier 2009, une guerre communautaire est provoquée par les autorités centrales. Quelques centaines des miliciens sont recrutés (en majorité arabes) devenant ainsi des boucliers humains protégeant l’armée malienne. Nous faisons la différence entre les Touaregs et les arabes de l’armée régulière malienne, qui font leur mission. Chaque partie y trouve son compte. Les miliciens profitent de cette confusion pour récupérer des munitions et des filières pour en acheter d’autres et les revendre ensuite au prix fort.

Vers une radicalisation

Les Touaregs ne souhaitent pas revenir sur l’Accord d’Alger, qui invite à déposer les armes. Ainsi, en février 2009, des centaines de Touaregs ont déposé les armes à Kidal, dans le cadre de l’accord. Le chef de l’Alliance Touareg Nord-Mali pour le Changement, mouvement qui espère le changement, Ibrahim Ag Bahanga, et quelques centaines d’autres Touaregs armés ont, cependant, refusé de rendre les armes sans négociations préalables, car l’Accord d’Alger n’est donc pas un gage de paix. D’autant que les salafistes continuent de se radicaliser en multipliant les enlèvements tout en bénéficiant d’un sanctuaire en territoire malien.

Derrière l’activisme salafiste, il s’agit surtout d’affaiblir les Touaregs en les rendant responsables d’une telle situation. Comme si les Touaregs pouvaient interférer dans la collecte des rançons au profit des salafistes.

Désormais, tous les ingrédients sont réunis pour une dérive sécuritaire de la région : enlèvements quotidiens des ressortissants, des partenaires au développement et des émissaires des Nations unies par l’Al-Qaida au Maghreb islamique. Ce dernier s’installe avec ses ramifications. Et la problématique touarègue ne trouve finalement pas une solution définitive….

Il devient donc urgent que la communauté internationale s’investisse davantage pour trouver des solutions concertées. Il s’agit de préserver une stabilité définitive dans la région au bénéfice des populations qui ont trop souffert depuis des décennies des politiques d’asphyxies sociales et culturelles.

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Published by Nouvel Essor - dans société
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