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3 mars 2010 3 03 /03 /mars /2010 18:29
 
 

 La révision des accords de défense en cours avec la France, risque de transformer, si l’on n’y prend garde, le statut international de notre Armée.


 Wade vend, pour 300 hectares, le dernier pilier de notre souveraineté nationale

ImageLa révision des accords de défense en cours avec la France, risque de transformer, si l’on n’y prend garde, le statut international de notre Armée.
En effet, tout le monde sait que les accords de défense, objets de révision, ont fait de notre Armée nationale, une «force d’appoint» à l’Armée française, pour la défense des intérêts économiques et stratégiques de la France en Afrique. C’est ainsi que, dans cette fonction, l’Armée sénégalaise est intervenue aux côtés de l’Armée française, au Zaïre (descente des paras sur Kolwezy) pour sauver le régime de Mobutu, au Rwanda (Opération Turquoise), pour sauver les «génocidaires» et les exfiltrer vers le Zaïre, et, enfin, au Tchad (Opération Epervier) pour sauver le régime de Idriss Deby.
Ces interventions ont largement terni l’image de marque de notre Armée nationale, réputée mondialement par son professionnalisme dans les terrains de maintien de la paix, à la demande de l’Onu, de l’Union africaine ou de la Cedeao.
Dans ces nouveaux accords en négociation, la France veut continuer à faire de Dakar sa base d’intervention, et cherche à intégrer directement l’Armée sénégalaise dans le dispositif sous-régional de son Armée, pour adapter la défense de ses intérêts économiques et stratégiques, aux exigences des nouveaux enjeux internationaux dans l’Afrique de l’ouest. Incontestablement, pour la France, les enjeux fondamentaux, en Afrique, passent par le contrôle militaire du Golfe de Guinée, qui est devenu un centre d’âpres compétions entre grandes puissances, pour l’accès aux matières premières africaines (pétrole et autres ressources minières).
Dans ce contexte nouveau, la France a encore, plus que jamais, besoin de la position stratégique de Dakar par rapport au Golfe de Guinée, et de nos forces de sécurité, pour leur professionnalisme avéré.
A cet égard, le général Paulus, commandant des Forces françaises du Cap-Vert, est formel en annonçant que «la France maintient en permanence dans le Golfe de Guinée un bâtiment de guerre, pour porter assistance à ses ressortissants. Si l’on doit fermer l’une ou l’autre, (Dakar ou Libreville), ce navire devrait couvrir 15 pays, au lieu de 10, allant de la Mauritanie au Mozambique», (Cf le journal L’Express du 12 Septembre 2009). De même, Hervé Morin, ministre français de la Défense, a affirmé, sans sourciller, que «Dakar sera notre pôle de coopération sous-régionale pour la montée en puissance de l’ensemble des forces. C’est ce qu’on appelle ‘’Forces africaines en attente’’ (Faa). C’est-à-dire, des Forces chargées du maintien de la paix, de la sécurité et de la stabilité en Afrique». (Cf le quotidien Rewmi n°287 du 23/02/2010)
Ainsi, face à ces objectifs publiquement exprimés par la France, l’on note, dans ces négociations, du côté du Sénégal, une absence totale de doctrine militaire, clairement définie, par rapport aux stratégies de la France et d’autres puissances étrangères, qui se disputent le contrôle militaire de notre sous-région. Wade se contente de réclamer les 300 hectares de terre occupés par la base militaire  Française à Hann Bel-Air, en profitant du projet français de redéploiement de sa stratégie militaire, et, pour des contraintes budgétaires, de réduction de ses effectifs, qu’elle compte compenser par les effectifs et le professionnalisme de notre Armée nationale.
Donc, après 50 ans que la France ait confié notre destin à ceux qui ne voulaient pas l’Indépendance de notre pays,  et qui s’étaient mobilisés en 1958 pour le maintien de sa domination coloniale, la France a déjà repris les secteurs clef de notre économie d’où le «Nationalisme économique africain» des années 70 et 80 l’avait expulsée.
En effet, sous Diouf, elle a repris le secteur de l’eau (Sde), de l’électricité (Senelec), et des télécommunications (Sonatel), tandis que, sous Wade, c’est au tour de la filière arachidière (Sunuor), de la filière cotonnière (Sodefitex), et du transport ferroviaire, (Transrail), de tomber sous son contrôle, sans compter les secteurs les plus rentables qu’elle n’a jamais quittés.
Aujourd’hui, c’est l’Indépendance de notre Armée nationale qui est en jeu dans la renégociation des accords de défense avec la France. Le Sénégal risque d’être soumis «poings et pieds liés» à la France, et notre Armée nationale, de se transformer en «Tirailleurs Sénégalais» du troisième millénaire.
Face à ces négociations, les républicains, démocrates et patriotes sénégalais, au sein du pouvoir, dans l’opposition, dans la société civile, et dans nos forces de sécurité de ce pays, sont interpelés par notre peuple, l’Afrique et le monde entier.
Va-t-on laisser Wade, pour sa boulimie foncière, porter ainsi l’estocade à notre souveraineté nationale ? Ou bien, devons-nous, tous ensemble, saisir l’opportunité de ces négociations, pour réaliser notre ambition nationale de contribuer à la formation d’une Armée sous-régionale, qui ne serait pas une simple Faa, mais une force en mesure de défendre les intérêts économiques et stratégiques des pays de la Cedeao dans le Golfe de Guinée, face aux appétits des multinationales et de leur Etat.
Pour cela, il faudrait que les accords en cours de négociation, permettent le transfert, à notre Armée nationale, des bases et des équipements dont dispose l’Armée française dans notre pays, pour se donner les moyens militaires d’intervention, compatibles avec les missions d’une force sous-régionale de maintien de la paix et de la sécurité dans l’Afrique de l’ouest.
De cette manière, aucun pouce de terre ne serait cédé à Wade, et la France serait en conformité avec les déclarations de son ministre de la Défense, qui a précisé : «Nous voulons que les Africains assurent par eux-mêmes et progressivement des opérations de stabilité et de maintien de la paix en Afrique.» Ce que, sans le recours à une tutelle militaire extérieure quelconque, le professionnalisme de nos Forces armées et de sécurité, les prédisposent à assumer, immédiatement, pour peu qu’elles disposent de l’équipement et de la logistique nécessaires à cet effet.
C’est pour toutes ces raisons, que les négociations en cours, devraient se focaliser sur le calendrier du transfert des bases et des équipements à notre Armée nationale, et non pas seulement sur la réduction des effectifs. Cela permettrait d’éviter, que les bonnes dispositions de la France à œuvrer à l’avènement d’une Force africaine en attente (Faa), telles que déclamées par son ministre de la Défense, ne soient perçues que comme un «emballage», destiné à rendre acceptable la mise sous tutelle de notre Armée nationale.
En contrepartie d’une telle volonté de coopération, ces négociations devraient aussi donner à la France, des assurances pour la protection et la sécurité de ses ressortissants dans n’importe quel pays de la Cedeao, pour que cette tâche ne soit plus prétexte de maintien de Forces armées étrangères dans nos pays, ou de leurs interventions dans les crises de la sous-région.
A cet effet, la Cedeao devrait encourager ses pays membres, concernés par la révision des accords de défense avec la France, à mener ensemble, avec son appui, les négociations pour obtenir des accords qui rendent à nos Forces armées leur indépendance totale, pour bâtir une grande Armée, en mesure d’assurer la sécurité et le maintien de la paix dans notre sous-région.
Comme avec les Accords de partenariat économique (Ape), les organisations syndicales et de la société civile de notre sous-région, devraient se mobiliser au près de la Cedeao, pour l’accompagner dans cette œuvre historique de recouvrement de notre souveraineté internationale.
C’est le seul moyen de transformer les accords individuels de défense de chaque Etat, encore en vigueur, avec une puissance étrangère, en Accords de défense globale des intérêts économiques et stratégiques des peuples des pays de la sous-région, par l’intégration de nos Forces armées et de sécurité, pour constituer une Force armée capable d’assurer la sécurité et la paix dans cette partie d’Afrique.

Ibrahima SENE - Pit Sénégal

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Published by Nouvel Essor - dans société
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