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16 août 2012 4 16 /08 /août /2012 18:49

Nous voici aujourd’hui en 2012, cinquante-deux ans après la décolonisation. Quel sens pour nous

d’être tchadien ? Y-a-t-il vraiment quoi que ce soit à commémorer aujourd’hui ou faut-il au

contraire tout reprendre ? A qui la faute ? Comment en est-on arriver là? Quelle est la part de

responsabilité des uns et des autres dans ce tableau plus que sombre ? Telles sont, entre autres, des

questions qu’on ne saurait se poser en ce jour de fête de notre indépendance.

Sans forcément jeter de l’anathème sur qui que ce soit, il y a tout de même lieu de dire et de

dénoncer certaines réalités, certaines pratiques qui sont, hélas, à l’origine de la déliquescence

actuelle de notre Etat.

Ces réalités sont là, très dures, très tristes : restauration autoritaire, multipartisme administratif et

liberté de presse au demeurant vide de sens, niveaux très élevés d’injustice et de violence sociales

dans le pays; un climat de suspicion, de ni guerre et ni paix, de conflits larvés permanents sur fonds

d’une économie d’extraction qui, dans le droit fil de la logique mercantiliste coloniale, continue de

faire la part belle à la prédation – voilà, je dirais en introduction, le paysage d’ensemble que nous

fêtons aujourd’hui 11 août.

Alors la question la plus pertinente est justement celle de savoir le comment de la chose : comment

en étions-nous arriver là ?

La première constatation est que depuis l’accession de leur pays à l’indépendance, les tchadiennes

et les tchadiens n’ont toujours pas eu à choisir librement leurs dirigeants. Le pays est aujourd’hui à

la merci de satrapes dont l’objectif unique est de rester au pouvoir à vie. Du coup, la plupart des

élections sont truquées y compris, dans certains cas, avec l’aide des techniciens mis à disposition

par la puissance coloniale, la France et payer avec de l’argent des contribuables français. On sacrifie

ainsi aux aspects procéduraux les plus élémentaires de la concurrence, mais l’on garde le contrôle

sur les principaux leviers de la bureaucratie, de l’économie, et surtout de l’armée, de la police et des

milices au service non pas de l’Etat mais du clan au pouvoir et des intérêts capitalistes étrangers à

ceux des tchadiennes et tchadiens. Ce qui est triste pour le Tchad et pour les tchadiens, c’est que des

puissances étrangères s’associent à ce jeu macabre d’assassinat de la démocratie et de privation des

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libertés. Le processus démocratique est ainsi bloqué en permanence et les manipulations électorales

successives préparent, en faite, la succession du père par le fils qu’on est entrain d’initier aux

affaires. Voilà la réalité au Tchad d’aujourd’hui : nous vivons de facto, non pas dans un Etat, mais

sous dans un sultanat masquée en République.

La possibilité, dans ces conditions, de renverser le gouvernement par la voie des urnes n’existant

plus, je pense et continue à le croire fermement que seuls l’assassinat, la rébellion ou le

soulèvement armé peuvent venir contredire le principe de cette continuation indéfinie du pouvoir

illégitime et honni d’Idriss Deby.

Maintenant, où en allons-nous avec la situation politique dans notre pays? Où se situe le ou les

problèmes, les difficultés ?

Quelques tendances lourdes sont observables. La première tendance lourde qui saute aux yeux du

lambda tchadien, est l’absence d’un réel projet démocratique, l’absence d’une pensée de la

démocratie qui constituerait une véritable alternative au modèle prédateur et sanguinaire mis en

place depuis le 1er décembre 1990 et qui continue à prendre en otage le peuple tchadien tout entier.

La deuxième tendance lourde observable est le recul, dans notre pays, de toute perspective de

révolution sociale radicale. Le peuple, en particulier notre jeunesse est irradiée et semble renoncer à

ses libertés pour venir les mettre, chaque matin, aux pieds du dictateur.

La troisième tendance est la sénilité progressive du pouvoir dictatorial d’Idriss Deby. Idriss Deby

est, en effet, au pouvoir depuis 1982 et tout seul aux commandes du Tchad depuis 1990. Plus il

s’éternise au pouvoir, plus il devient hystérique et carnassier, et plus les contours de sa succession

familiale se dessinent !

La quatrième tendance lourde de ce triste décor est, malheureusement, l’enkystement de pans

entiers de la société tchadienne et l’irrépressible désir, chez des millions de nos compatriotes, de

vivre partout ailleurs sauf chez eux. Autrement dit, le désir généralisé de défection et de désertion

nationales.

À ces constats s’ajoute bien évidemment un autre : l’émergence et le renforcement, ces vingt

dernière années, d’une culture de racket, je dirais une guerre de pillage des ressources nationales

dont seul le régime d’Idriss Deby connaît le secret. Depuis le 1er décembre 1990, en effet, le Tchad

est soumis à une violence et une brutalité politiques sans précédent. Aujourd’hui au Tchad

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Published by Nouvel Essor - dans société
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