Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
24 janvier 2012 2 24 /01 /janvier /2012 18:19

.Témoignage du Professeur Balaam Faustin  Facho. Coordinateur du Rassemblement National Républicain.

 

   Le monde a suivi le raid des rebelles tchadiens sur la ville de Ndjamena du 1 er au 2 février 2008. Malgré les différentes barrières érigées par les soldats de Deby pour tenir en otage la population de Ndjamena et  l’empêcher de quitter la ville, le 3 février la population de Ndjamena excédée a brisé les barrières en vue de se mettre à l’abri des balles et obus. C’est à la faveur de ces mouvements de masse, que j’ai profité pour sortir de la ville remorqué sur une moto, le 3 février en direction du quartier Walia situé sur la rive gauche du  fleuve Chari.
    Déjà le 1 er février j’étais passé dans la clandestinité, connaissant l’aversion du régime pour les opposants à son régime.
    Durant les deux jours de guerre intensive, je me trouvais sous les balles dans le quartier de Moursal. Il était très difficile de sortir de ma cachette, car les balles et les obus sifflaient de tous les côtés. Ce n’était donc que le 3 février que j’ai pu quitter Ndjamena à Moto pour me réfugier à Walia de l’autre côté du fleuve Chari où la situation était relativement plus calme. Disons que depuis l’entrée des rebelles à Ndjamena le 1 er février, je ne dormais plus chez moi pour des raisons  de sécurité. Après un jour passé à Walia dans le but de regrouper ma famille encore restée à Ndjamena, quand toute la famille fut regroupée, j’ai du partir de walia pour mon village à 300 km au sud de Ndjamena le 4 février dans l’après midi. Bien que tous les amis et frères m’aient conseillé d’aller me réfugier à Kousséri au Cameroun, j’avais fait le choix en ma qualité de chef traditionnel (Maire) d’aller au village et rester à côté de ma population.
    Pour moi, bien que considéré comme un paria du système de Deby, le village était si loin de Ndjamena qu’on ne viendrait pas m’y chercher. Cependant depuis mon arrivée au village, les nouvelles qui me parvenaient de la capitale faisait état des visites fréquentes et répétées à mon domicile des individus en armes.  J’étais ignorant du plan conçu par Deby et sa clique clanique pour m’enlever et m’exécuter, à l’exemple de mon collègue d’Université le martyr Professeur Ibni Oumar Mahamt Saleh. L’état de siège décrété par Deby sur l’ensemble du territoire tchadien n’avait d’autre objectif que d’orchestrer l’enlèvement des opposants au régime du Dictateur Deby.
    Une semaine après le retrait des rebelles de Ndjamena, ma maison a été occupée par les parents militaires de Deby et ma famille jetée dehors dans la rue.
    C’est le samedi 16 février au environ de 17 h, au moment où je me rendais à Djoumane, village voisin à Kolobo mon village que j’aperçus à 200 mètres de ma maison un véhicule Lexus sans immatriculation avec des vitres fumées garé au bord du grand axe  routier qui relie Moundou au sud à Ndjamena la capitale au nord, et à l’intérieur duquel se trouvaient quatre soldats en armes. Celui qui m’accompagnait, et moi-même étions surpris devant ce spectacle insolite. (Kolobo mon village se trouve au bord de ce grand axe routier) Nous n’avions pas réalisé que ce véhicule était porteur de mort. Cependant nous avions continué notre voyage à Djoumane et nous sommes revenus au village vers 18 h
    C’est à 20 h 45 mn alors que nous étions devant la télévision pour suivre les informations, qu’un habitant du village est venu en courant me demander de quitter la maison parce qu’il y avait des militaires qui étaient à ma recherche. C’est en ce moment que j’ai fait la relation entre le véhicule sans immatriculation que nous avions vu ce soir  et le programme d’enlèvement orchestré par Deby.
    C’est dans la précipitation que je suis sorti de la maison ayant comme seul habit une culotte et une chemise. Il faillait très rapidement établir le plan de fuite, notre choix fut porté sur la frontière du  Cameroun non loin de là (45 km). Avec mon compagnon  de fortune qui m’accompagnait dans ma fuite, nous traversâmes le fleuve Logone à la nage pour marcher dans la brousse de 21 h à 5 h 30 mn avant d’atteindre après 45 km à pied le premier village du Cameroun.
    Deux éléments ont fait que je ne sois pas rattrapé par la horde barbare de Deby :
-    Les tueurs envoyés à ma trousse au village se sont trompés de maison ; Ils avaient confondu l’Eglise du village et ma résidence ;
-    Un bon samaritain du village de Kolobo avait répondu à la horde qui me cherchait que j’étais absent du village.
    D’ailleurs depuis mon retour au village, beaucoup d’amis et des parents qui connaissaient mon opposition au régime de Deby m’avaient conseillé de ne pas résider  au village. Il était préférable pour moi de m’éloigner du pays. La famille de Ndjamena me conseillait de ne pas revenir à Ndjamena, car chaque jour de nuit comme de jour les soldats venaient me chercher dans mon second domicile de Moursal.  Si j’étais resté à Ndjamena comme les autres camarades, je ne serais plus peut-être de ce monde.
-    Mon péché est d’avoir rejeté toutes les propositions de collaboration qui m’ont été faites par le régime ;
-    De m’être ouvertement opposé à la modification de la Constitution et pour avoir défié le pouvoir en voulant me rendre à la Conférence organisée par le Comité de  Défense de la Constitution en 2005 à Paris. (D’ailleurs mon passeport m’a été retiré ce jour).
-    Je dois rappeler ici qu’en 1998, j’ai été arrêté par la police politique de M. Deby et gardé pendant 72 heures dans les geôles de la police politique, sous le prétexte que je préparais  un coup d’Etat. J’ai dû mon salut à l’intervention des chefs d’Etat des pays amis. Car, après avoir fouillé de fond en comble ma maison, ils n’ont trouvé aucune preuve susceptible de m’accabler.
-    Le fait même de me vider de la maison que j’occupais  est une preuve que j’étais recherché.
    La nature rancunière et criminelle du régime de Deby est connue de tous les Tchadiens. En tant qu’honnête citoyen,  la baraka du Tout Puissant m’a délivré des griffes de Deby.
    En permettant que la guerre entre les rebelles et son armée ait lieu dans la capitale au mépris de la  sécurité de la  population, Deby a créé une fracture entre la population et son régime. Aujourd’hui on peut considérer que l’ensemble de la population du Tchad et celle de Ndjamena en particulier est prisonnière du régime. Combien de temps durera cette situation de ghetto que connaissent les Tchadiens ? Personne ne peut le présager.    Aujourd’hui, Mr. Deby constitue un handicap majeur à la paix au Tchad. Il s’est disqualifié pour instaurer la démocratie, la paix et la bonne gouvernance dans le pays après 21 ans de règne sans partage.
    Juste un rappel sur lequel nous reviendrons. Deby prend le pouvoir le 1er décembre 1990 et le 16 décembre, il envoie le protocole me chercher pour un entretien. J’accepte de me rendre à cet entretien, mais tout ce qu’il me propose s’est de rallier le MPS. Ma réaction, où est le programme politique du MPS. Il n’y a rien. Alors ma réponse : Bonne chance Mr le Président, pour moi il n’est pas question d’entrer dans un Parti même au pouvoir qui ne propose rien au peuple tchadien. Humblement avec le recul, je trouve que ma décision était la plus juste. Avec Deby, le Tchad vit sous une dictature implacable que le peuple tchadien n’a jamais vécue.
 En outre, Deby a la haine des intellectuels et surtout il n’accepte pas la contradiction.  Nous reviendrons plus en détail sur cette aventure que nous vivons sous Deby depuis plus de 21 ans.
                   


                        Professeur Balaam Faustin. Facho.

Partager cet article

Repost 0
Published by Nouvel Essor - dans société
commenter cet article

commentaires

Paari éditeur 11/05/2015 03:16

http://www.cafelitteraire.fr/archives/1539