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9 janvier 2010 6 09 /01 /janvier /2010 20:42
De notre envoyé spécial à Madrid, Jean-Jacques Mével
José Luis Zapatero, premier ministre espagnol, prône une coordination resserrée des politiques économiques.
José Luis Zapatero, premier ministre espagnol, prône une coordination resserrée des politiques économiques. Crédits photo : Le Figaro

Madrid plaide pour des objectifs chiffrés par pays, assortis de sanctions. Londres et Berlin y sont opposés.

Née dans l'urgence de la crise, l'idée d'un «gouvernement économique» revient en force à l'heure où s'amorce le chantier suivant : remettre durablement l'Europe sur les rails de la croissance et de l'emploi. Herman Van Rompuy, président de l'UE, a décrit vendredi l'urgence comme «une question de survie» pour le continent. En écho, le premier ministre espagnol José Luis Zapatero suggère une coordination resserrée des politiques économiques nationales, avec la possibilité de sanctions contre les récalcitrants.

Pour son baptême du feu à Madrid, le premier président du Conseil européen a sonné l'alarme. L'Europe sort de la crise affaiblie et «sur la défensive», dit Herman Van Rompuy. Elle n'a plus le choix. Après l'épreuve, «le potentiel de croissance de l'UE est retombé à un peu plus de 1 % l'an. Ce ne sera pas suffisant pour financer notre modèle social (…) et ce qu'il est convenu d'appeler le mode de vie européen». L'heure est au parler vrai, aux réformes en profondeur et «à l'effort collectif».

L'Europe sort de la crise et des soins palliatifs, mais le diagnostic reste sombre, sur fond de croissance anémique et de déclin industriel face à l'Asie et l'Amérique. Le chômage, passé pour la première fois au-dessus de 10 % dans la zone euro, ajoute la morosité. Le premier test d'un sursaut est attendu le 11 février à Bruxelles, lors d'un sommet économique extraordinaire que le président Van Rompuy a lui-même convoqué.

 

Risque pour la souveraineté

L'Espagne de José Luis Zapatero, qui assure la présidence de l'UE, se dit prête à l'aider. «Il faut absolument engager une autre stratégie (de croissance), de nature contraignante, avec comme horizon 2020», a expliqué le premier ministre espagnol devant la presse.

Pour Madrid, les règles collectives qui s'appliquent déjà à l'euro, aux déficits publics ou encore la concurrence sur le marché unique offrent un modèle de gouvernance. Il devrait être élargi à un plan européen de redressement à moyen terme. L'idée reste controversée. Si la France pousse depuis dix-huit mois une «coordination accrue» des politiques industrielles, l'Allemagne reste notoirement réticente. Quant à la Grande-Bretagne, elle s'oppose de front à tout empiétement européen sur sa souveraineté.

L'Espagne veut relancer - en plus musclée - l'idée d'un plan d'investissement sur dix ans. Déjà proposée à la fin des années 1990, cette stratégie de Lisbonne devait faire de l'Europe la zone économique la plus compétitive. En 2010, elle se retrouve loin du compte. Aujourd'hui, Madrid veut aller plus loin en imposant aux États des objectifs chiffrés et des dates limites, dans des secteurs jugés cruciaux : l'énergie, l'éducation, l'économie numérique ou encore la formation professionnelle. Le tableau de bord serait surveillé par Bruxelles. «Des mesures incitatives et des mesures correctives compléteront le dispositif, ajoute José Luis Zapatero. Cette fois, il s'agit de s'assurer que les objectifs seront atteints.»

Madrid lance le débat, avec un brin de provocation. Herman Van Rompuy n'a pas repris à son compte l'idée d'une contrainte. La crise a redoré le blason du dirigisme. Mais la recette espagnole risque de heurter les intérêts des États. Les capitales ne verraient pas d'un bon œil l'UE investie d'un droit de regard sur leurs dépenses budgétaires, voire d'un quelconque pouvoir de sanction

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Published by Nouvel Essor - dans société
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