Le Sheikh Ibn Oumar et l’Officier Addoma ont peu des choses en commun : appartenance ethnique, cursus universitaire, profession et fonction, etc. Mais un détail important et non de moindre : leur appartenance à la mouvance islamique les a soudés à jamais. Le Sheikh est un commerçant qui s’est fait de la fortune dans le Golfe en utilisant des méthodes peu orthodoxes. Il avait pour compagnons Elhadj Adam Yacoub et Sidig Wadag, tous les trois appartiennent respectivement à la communauté Foulani, zaghawa et mimi du Soudan. De ce fait, ils sont tous des régions de l’ouest, or au Soudan il est manifestement connu que le pouvoir et la fortune sont aux mains des seuls nordistes (Djellabas) depuis la nuit des temps. Aucune exception n’est permise sauf à s’intégrer dans cette communauté soit par le mariage, soit à être parrainé par un des leurs à qui on cède la moitié de sa fortune. Dans le cas contraire, on mobilise tout l’arsenal juridico-fiscal pour vous ruiner. Le comportement de l’administration djellaba vis à vis des gens de l’ouest est le même que celui appliqué aux sudistes soudanais, sauf qu’à l’ouest on assaisonne avec la fourberie religieuse !

A l’instigation d’Elhadj Adam Yacoub, les trois compères ont nargué à leur manière le régime soudanais en investissant au Tchad l’argent amassé ailleurs et ce, sous le parapluie de Daoussa Deby et Idriss Deby. C’est le sacrilège à ne pas commettre ! Mais très intelligemment, le gouvernement soudanais a fait contre mauvaise fortune bon cœur en faisant semblant d’encourager ces investissements soudanais au Tchad. Très vite, le train de vie et l’arrogance de Sheikh n’ont pas échappé au service de sécurité soudanais. En effet, le défunt Ibni Oumar ne cachait pas sa foulanité et le disait très haut, mais surtout en créant et finançant des associations culturelles foulanies au Soudan et au Tchad. Sans le savoir le Sheikh a signé son arrêt de mort en déclarant ouvertement que tous ceux qui se disent « Djellabas » ne sont en fait que des peuls, bornouans et haoussa métissés à des arabes, il se vantait que la région septentrionale était d’abord le berceau des peuls, et étayait ces affirmations par les toponymies de presque toutes ces régions qui sont en poular. Par ailleurs, en s’appuyant sur la généalogie, il démontrait que l’actuel président et son vice-président sont aussi des peuls et que leurs pères qui étaient à l’époque, vivants, parlaient sans faute le poular et connaissaient bien leur douar d’origine dans le N.E nigérian ! Le Sheikh n’ignorait pas que ce phénomène est dans le subconscient de tous les soudanais, mais il est interdit d’en faire usage, alors Il s’était mis dans l’œil du cyclone.

Quant à Mr Addoma, il était en mission officielle auprès des rebelles tchadiens depuis leur sortie, en fait il est l’officier officiellement mandaté par le gouvernement soudanais auprès du Mps des cailloux jusqu’à la capitale tchadienne. C’est un garçon extrêmement intelligent, pur produit de la mouvance islamique dès le lycée, il a beaucoup œuvré pour la propagation de l’esprit islamiste au Tchad ; ainsi des institutions comme la Banque agricole, l’Ecole Ibn Sina, le nouveau statut de Haut Conseil Islamique sont incontestablement ses œuvres ; mais aussi d’autres réalisations moins visibles. Pour ne pas trop frotter les susceptibilités du gouvernement soudanais, les nouveaux investisseurs ont désigné Mr Addoma proche d’ADAM Yacoub et agent des services de sécurité comme leur représentant au Tchad. Cette nomination, si elle agrée le régime soudanais, agace un peu Mr Deby et son grand frère qui voient en Addoma un intrus qui connait trop et qui voit trop. La présence d’Addoma entre eux et les hommes d’affaires soudanais met mal à l’aise la rapacité du clan. Il faut rappeler que par l’intermédiaire des services soudanais, Mr Addoma a été l’homme qui a négocié l’acquisition des premiers hélicoptères de l’armée de l’Air tchadienne à partir de L’Ukraine.

Abdel Fatah Mohammed Al Tinawi (El Fasher)