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27 mai 2013 1 27 /05 /mai /2013 13:33

L’Afrique centrale dans l’œil du cyclone (Deby)

Deby est, semble-t-il envoyé par Dieu sur terre pour remettre de l’ordre. Lui, il en est durement convaincu. Il est intervenu un peu partout : au Togo, aux deux Congo, en RCA, au Soudan et enfin au Mali. Malgré cet excès d’interventionnisme, Deby juge qu’il n’est pas remercié à sa juste valeur. Le Président français l’a reçu dernièrement très furtivement, tandis que le cousin des USA refuse obstinément de le recevoir et Idi en est sincèrement frustré. Même son intervention bénévole et hasardeuse au Mali n’a pas arrangé les choses. Après les tintamarres chevaleresques des premiers jours, avec tout ce qu’on connaît en perte en vies humaines, Deby est en train de quitter le Mali sur la pointe des pieds, l’effet attendu n’est pas au rendez.

Selon des infos concordantes, Deby aurait décidé de jeter tout son dévolu sur l’Afrique Centrale. « Le bantou de l’Afrique centrale a toujours eu peur du Tchadien, les Sara y avaient passé », aime répéter Deby.

Depuis son arrivée au pouvoir en Décembre 1990, Deby a gardé, sans tambouriner bien sûr, un œil presque paranoïaque sur deux zones : le Darfour et la Centrafrique. En effet, le Darfour constituait depuis 1966 et constitue aujourd’hui encore le sanctuaire biblique de toutes les contestations déstabilisatrices des régimes successifs au Tchad ; de telle sorte que le syndrome des rebelles se déversant de l’est est ancré dans le subconscient de l’opinion tchadienne si bien qu’aucune rébellion située en dehors de cette zone géographique n’est prise au sérieux au niveau de l’opinion nationale. Soutenu fortement par le régime soudanais, Mr Deby avait combattu sans concessions toutes les formes de rébellions qui ont tenté désespérément de le déstabiliser à partir du Darfour. On se rappelle son fameux discours à AL- Fasher en 2003 en compagnie du Président El Béchir contre la rébellion naissante du JEM qui n’a d’ailleurs jamais bénéficié de sa sympathie malgré les liens claniques et familiaux qui les unissent. Aujourd’hui, débarrassé du poids de la pression familiale dont le porte flambeau fut son grand frère, Deby revient à ses anciens amours en mettant toutes ses forces matérielles et humaines à la disposition du régime soudanais pour combattre le même JEM. Pour le despote tchadien la constitution d’une opposition politico-militaire au Darfour est une épée de Damoclès permanente suspendue au-dessus de sa tête et ce, quelles que soient les obédiences tribales, claniques ou même religieuses des opposants.

La 2ème zone de surveillance est incontestablement la Centrafrique, considérée comme le verrou par lequel tous les démons de divisions, des velléités sécessionnistes pénètrent et sortent. Cette hantise d’une éventuelle volonté séparatiste du sud du Tchad soutenue par la RCA et au-delà par l’Afrique Centrale « bantoue » a longtemps habité la conscience chimérique de Deby. Cette hantise a été encore accrue par deux évènements successifs qui n’ont aucun point commun entre eux : l’élection du Président Ange Félix PATASSE et un peu plus tard l’indépendance du Sud Soudan. Lors de ses nombreux séjours à N’djaména, l’ancien Président centrafricain avait pris l’habitude de se faire accompagner par des personnalités (Ministres, députés, conseillers, etc.) appartenant presque tous aux régions du nord et surtout ayant des affinités familiales de part et d’autre de la frontière. Ces cadres se sentent carrément chez eux à commencer par Mr Patassé lui-même et sont l’objet de beaucoup d’égards de la part de leurs frères tchadiens ; et les conversations tournaient surtout autour de l’histoire de l’ancien Oubangui-Chari. Ce qui agaçait fortement Mr Deby suspectait son aîné qui n’a certes ni les moyens politiques moins encore les moyens matériels et financiers de faire les jeux de la scission en poussant ses frères du sud du Tchad à la faute.

Pour toutes ces raisons, l’assujettissement de la Centrafrique sous les bottes tchadiennes est une nécessité absolue pour la survie du Tchad dans ces 1 284 000 km2. Depuis lors, les évènements tumultueux que la RCA vit et continue à vivre explique cela.

Par ailleurs, Mr Deby pensait et craignait à tort ou à raison que depuis la disparition du Président Bongo, le Congo et le Cameroun s’associeraient d’une manière ou autre à soutenir en sous-main l’éventualité d’une révolte du Sud du Tchad et le principal sous-traitant ne pourrait être que la RCA. Contrairement au Soudan ou au Nigéria, le Congo et le Cameroun, méfiant des tentations belliqueuses de Deby et de ses accointances avec le régime islamiste du Soudan, n’ont jamais extradé des opposants aux régimes nordistes tchadiens.

Après la caporalisation de la RCA, il est tout à fait naturel et logique que le Congo et le Cameroun soient dans le collimateur de Deby. Selon un visiteur de nuit, Deby lui aurait dit, après son retour du sommet de Libreville sur la Centrafrique : « Qu’il regrette amèrement son intervention en 2002 au Zaïre contre le Ruanda. Non pas qu’il ait essuyé un cuisant échec militaire qui le suit depuis comme une trainée de poudre, mais il n’a pas suivi les conseils de l’ancien Ministre des Affaires Etrangères de Kabila père. D’origine tutsie, Mr Bizima Kara aurait dit à Deby que s’il s’associait à eux (les ruandais et leurs alliés) ils soumettraient toute l’Afrique bantoue à leurs bottes. » Selon le visiteur, Mr Deby pense sincèrement encore à cette opération, mais malheureusement pour lui, Mr Paul KAGAME ne veut nullement collaborer sous quelle forme que soit avec Deby qu’il considère comme un ordurier, un homme sans parole et sans foi !

Au Congo, les relations avec le grand frère en franc maçonnerie ne sont plus ce qu’elles étaient. Les ambitions démesurées de leadership, son arrogance et le refus de reconnaître les immenses services rendus par le Président congolais, ont poussé ce dernier à prendre ses distances de son « petit frère ». La réponse du petit frère ne s’est pas faite : Une rébellion armée à la porte d’entrée du Congo. Avec l’imposante diaspora tchadienne au Congo, Deby pense pouvoir semer du désordre au temps voulu.

Au Cameroun, la situation est tout à fait différente. Le Cameroun partage avec le Tchad une frontière de près de 1000km et on y trouve les mêmes populations de part et d’autre. Douala est le port principal par lequel le Tchad s’approvisionne en produits de tout genre, le pipe par lequel le brut tchadien est évacué passe par le Cameroun, bref le Cameroun est Tout pour le Tchad et Deby en est très conscient, c’est pourquoi il a longtemps supporté sans broncher le fait que le Président camerounais le snobe superbement ! Aujourd’hui, les choses ont changé ; Deby s’est installé durablement sur son fauteuil présidentiel, la reconnaissance internationale est unanime, l’argent du pétrole coule à flots et Deby ne supporte plus être snobé. Premier acte d’une rare impolitesse dans les relations entre Etats est d’avoir sommé le Cameroun de renvoyer l’ex Président centrafricain du Cameroun, c’est du jamais vu, ingérence inadmissible dans les décisions souveraines d’un Etat. Le Cameroun, fidèle à son habitude, n’a pas donné grand écho à cette initiative d’IDI, mais le gouvernement a installé confortablement Bozizé dans l’enceinte de l’Ambassade de la RCA avec le statut du Président officiel de la RCA. C’est un bras d’honneur à Deby. Depuis ce dernier s’agite, il prend contact tout azimut avec les cadres du Nord Cameroun, généralement opposés au régime de Biya ; l’ex putschiste camerounais, le Capitaine Ganga est contacté tandis que l’ami Ali Shérif, l’ex Gouverneur du Borno State, qui a élu domicile à N’Djamena est chargé de prendre discrètement contact avec certains de ses anciens amis de Boko Haram, des bantous mais aussi avec les cadres de la puissante communauté peul qui se sent marginalisée et martyrisée depuis leur tentative de coup d’Etat avorté en 1984. « Ces bantous ne me connaissent pas », marmonne inlassablement le locataire du Palais rose, qui est très dopé par les yeux doux que les français lui font depuis son aventure malienne, mais ces derniers donneront-ils le feu vert à Deby pour mettre toute l’Afrique centrale à feu et à sang ? (A suivre)

Ishagh Bouyébri Djérou

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Published by Nouvel Essor - dans société
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