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5 mars 2010 5 05 /03 /mars /2010 18:34
Ce jeudi, à Bagdad, les militaires ont commencé à voter. Ici un soldat exhibe son index teinté d'encre. Crédits photo : AFP Cette communauté minoritaire qui domina pendant 80 ans l'État irakien avait boycotté le précédent scrutin. Née dans la violence et sous occupation étrangère, l'expérience démocratique irakienne continue malgré tout. Au point de faire des élections législatives de ce week-end l'un des plus intéressants événements politiques du Moyen-Orient. Plus de 6 000 candidats, dont 1 800 femmes, sont en lice pour pourvoir les 325 sièges du nouveau Parlement irakien. Phénomène intéressant, les blocs confessionnels et ­ethniques qui s'étaient ­affrontés en 2005 lors des précédentes élections législatives, menées sur fond de guerre civile, ont tous éclaté : la plupart des grandes listes comprennent cette fois des membres de toutes les confessions. Chiites et sunnites se présentent côte à côte face à leurs coreligionnaires, et les chiites, qui dominent depuis la chute de Saddam Hussein la politique irakienne, sont aujourd'hui divisés en plusieurs coalitions rivales. Autre fait significatif, leurs partis religieux, rangés derrière leurs mollahs, et qui avaient dominé le précédent Parlement, ont vu leur influence s'éroder. À présent talonnés par des formations plus séculières, ils ont mis en sourdine leurs références eschatologiques, pour tenir des discours plus technocratiques et nationalistes. Signe de cette tendance, sur la plupart des listes apparaissent des femmes sans voile. Des humoristes ont ironisé sur la «bonne fortune des barbiers», pour désigner la recrudescence de candidats au menton glabre sur les affiches électorales. Tout aussi importante est l'entrée dans le jeu politique national des Arabes sunnites. Après avoir boycotté le précédent scrutin, cette communauté minoritaire qui avait dominé pendant 80 ans l'État irakien indépendant avant de perdre le pouvoir avec la chute de Saddam Hussein en 2003 devrait participer massivement au vote de dimanche. Plus d'un million d'Irakiens en exil, majoritairement sunnites, vont pouvoir aussi voter. Le mode de scrutin est parti­culièrement original. Le vote se fait par listes, mais leur composition peut être modifiée par l'électeur qui à la possibilité de choisir les candidats pour lesquels il vote. Règle qui a obligé ces derniers à mener de vraies campagnes, personnelles et actives. Bagdad s'est d'ailleurs couverte d'affiches et de panneaux électoraux au point d'en donner le tournis : très peu de religieux voilés, mais des centaines de visages, plus ou moins connus, et de slogans décorent depuis des semaines les artères de la ville. Jouant une fois de plus son rôle d'oracle de Delphes, le grand ayatollah Ali al-Sistani a pesé de tout son poids en faveur de ce système, qui joue contre la confessionnalisation du scrutin. Le grand ayatollah, qui vit reclus dans une ruelle de Nadjaf, n'intervient pas directement dans le débat politique, et a une nouvelle fois refusé de soutenir quiconque. Mais comme à chaque choix crucial pour les institutions irakiennes depuis 2003, son avis a une fois de plus fait pencher la balance, au détriment même des grands partis religieux chiites qui se réclament de lui. Aucune des grandes coalitions ne semble pouvoir emporter seule la majorité. La prochaine Assemblée sera donc obligée de faire des compromis et de passer des alliances pour élire un président et un premier ministre et former un gouvernement. Montée des formations laïques Les élections de 2005 avaient constitué un test historique pour un pays sortant de la longue dictature de Saddam Hussein. Celles de dimanche prochain apparaissent comme une étape supplémentaire dans la construction d'un État stable et démocratique. Mais la route à parcourir est encore longue. Le gouvernement irakien, qui a remplacé les Américains dans les anciens palais de Saddam, héritant des fortifications construites par la puissance occupante, vit toujours en état de siège. La violence reste endémique, et les progrès accomplis en matière de sécurité au cours des derniers mois restent fragiles. Si l'Irak a réussi à grand-peine à reconstituer des services de sécurité, l'appareil d'État est toujours défaillant, et de nombreux électeurs aspirent à présent à une administration plus efficace et des services publics dignes de ce nom. Le recul des partis religieux et la montée des formations plus laïques semblent liés à ces revendications. Les enjeux sont considérables. L'État irakien reste fra­gile, et la guerre civile et religieuse couve encore. Les Américains attendent de ces élections le signal de leur retrait. L'accord sur le statut de leurs forces, signé fin 2008 avec le gouvernement irakien, doit être d'ailleurs soumis à référendum parallèlement au scrutin législatif. Mais les radicaux sunnites, désignés sous l'appellation générique d'al-Qaida en Irak, semblent décidés à jouer leur va-tout et déchaîner le chaos. Plusieurs attentats ont eu lieu ces derniers jours, dans la province de Diyala et hier à Bagdad. Le dispositif de sécurité mis en ­place mobilisera la quasi-totalité des forces de police et de l'armée irakienne. Dans Bagdad plongée dans une tempête de sable qui arrache les affiches électorales, les points de contrôle ont été renforcés, et un couvre-feu décrété à partir de ce jeudi soir. La capitale irakienne, vaste mégalopole de plus de 7 millions d'habitants, toujours multiconfessionnelle malgré la guerre religieuse qui a fait rage en 2006-2008, est l'un des principaux enjeux du scrutin, avec 68 sièges à pourvoir. C'est aussi sans doute là que les extrémistes essayeront de frapper.

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Published by Nouvel Essor - dans société
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