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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 10:30
Les foyers d’insécurité se multiplient sur le continent africain en général. AQMI, Boko Haram, Ansar Eddine, Shebab sont des groupes parmi tant d’autres qui opèrent. Comment expliquez-vous cette poussée islamiste?

J’aimerai d’abord dire qu’il y a des gens qui prétendent lutter au nom de l’Islam mais qui, en fait, se servent de l’Islam pour atteindre leurs objectifs personnels. Malheureusement, ils trouvent un écho au sein d’une partie des populations à cause de plusieurs raisons parmi lesquelles, le chômage. Beaucoup de jeunes n’ont souvent rien à faire. Alors, quand il y a un leader qui réussit à s’imposer par son charisme, les jeunes répondent. Il faut aussi dire que parfois, les autorités n’encadrent pas suffisamment les jeunes. Il y a aussi un manque de dialogue entre les membres de la société. Tout cela créé les conditions pour laisser la porte ouverte à ces groupes. En ce qui concerne Boko Haram, il incombe de rechercher son véritable fondateur et ceux qui les financent. Je pense que c’est le devoir de tout musulman nigérian ou africain de mettre fin à ce mouvement qui ne représente pas l’Islam. En effet, l’Islam est la religion de la miséricorde, du dialogue et de l’acceptation de l’autre tel qu’il est.
 
Les méthodes et les revendications’appuient sur la charia. Est-ce conforme au coran qui est la parole d’Allah?
Je tiens d’abord à dire que l’Islam est une religion de paix, de développement, de contact et de dialogue. Dans le coran, Allah dit qu’Il a honoré le fils d’Adam, c’est-à-dire l’être humain. Certes, la charia existe. Mais, il y a beaucoup de conditions à remplir avant de l’appliquer. Par exemple, il faut qu’il y ait un dirigeant crédible, un khalife crédible. Il faut qu’il y ait un consensus entre la communauté musulmane. Personne n’a le droit de prendre cette décision de façon instinctive, de manière personnelle. Surtout quand on n’est pas crédible. AQMI n’est pas crédible.

Dans plusieurs pays du Maghreb qui ont connu les révoltes arabes, ce sont désormais les Frères musulmans qui sont au pouvoir. Quel est votre regard sur ce phénomène? C’est une autre victoire de l’islam ? Est-ce la consécration de l’islamisme?
 
Il faut rappeler que les Frères Musulmans sont un mouvement pacifique qui a été créé en 1928 pour deux raisons: il y a eu en 1924 la chute du califat à Istanbul après un règne de 6 siècles par la communauté musulmane. Il s’en est suivi une invasion européenne dans l’ensemble des pays musulmans. L’autre raison, c’est qu’il y avait des divergences internes, doctrinales. Il y avait une décadence morale. Donc, même avec l’avènement des dictatures dans la plupart des pays musulmans, la population a toujours été attachée aux valeurs défendues par les frères musulmans. Or, quand il y a eu des élections démocratiques en Tunisie, en Egypte, c’est le choix du peuple qui s’est imposé. La victoire des Frères Musulmans n’est donc que le reflet de la volonté populaire qui a été étouffée pendant longtemps par les régimes de dictature. Maintenant, il faut que les Frères Musulmans gouvernent bien. Sinon, ils seront rejetés à leur tour.

Un grand débat agite l’opinion nationale et internationale à savoir, une intervention militaire pour libérer le Nord du Mali. Y êtes-vous favorables et, le Tchad doit-il envoyer des troupes pour cette opération?
 
Je ne suis pas favorable à la solution militaire qui englobe tous les groupes présents au Nord du Mali. Je pense que nous devons faire la différence entre les trafiquants de drogues et d’armes et les islamistes. Les efforts de développement de la zone doivent être une priorité et ils contribueront à notre avis à changer la situation que le Nord du Mali vit aujourd’hui. La meilleure solution, c’est le dialogue. Le combat d’une idée par le dialogue, a plus de chance de réussir dans le long terme. Je pense qu’une intervention militaire étrangère risque d’avoir un effet de boule de neige. Certains musulmans de la région peuvent interpréter cette intervention étrangère comme une intervention en faveur des intérêts occidentaux, du christianisme, de l’idéologie judéo-chrétienne. Pourtant, ces groupes islamistes coupent les mains, s’illustrent pas d’autres abus et parfois, sont même des trafiquants de drogue… C’est vrai. Mais, quand on va prendre contact avec les leaders, les populations elles-mêmes vont mettre fin à ces trafics. Concernant la charia, il faut faire comprendre aux leaders que ça ne correspond pas à la parole du prophète Mahomet. Il faut aussi créer un cadre de réflexion et de concertation et y faire participer plusieurs éminents savants musulmans et spécialistes crédibles de la région. C’est par le dialogue, l’enseignement de base, l’éducation, la recherche de l’emploi pour les jeunes et les projets de développement durable qu’on va résoudre durablement le problème du Nord du Mali.

Enfin, que préconisez-vous pour éviter que les groupes extrémistes ne triomphent sur l’islam qui est quand même devenue une religion dont l’image se dégrade dans une opinion depuis le 11 septembre 2001?
 
Chaque musulman (savant, politicien) doit condamner ce qui s’est passé le 11 septembre 2001. C’était un crime contre l’humanité toute entière. Pour améliorer l’image de l’Islam, il y a un travail d’éducation à faire. Il faut enseigner l’Islam comme une religion de paix, de dialogue, de contact et de développement. Ensuite, il faut amener les gens à éviter la confusion entre arabe et musulman. Je me rappelle qu’en France, il y a un libanais qui avait fait exploser un tunnel. Tout le monde pensait que c’était un musulman parce qu’il était arabe. Il faut aussi distinguer le vrai terrorisme du terrorisme inventé pour des buts politiques. Moi, j’ai l’impression que la lutte contre le terrorisme est devenue un objectif commercial. On invente le terrorisme pour des buts économiques et culturels. Il y a des gens qui initient et financent des groupes terroristes et prétendent lutter contre le terrorisme. Autre chose, il ne faut pas laisser l’occasion aux fanatiques de parler au nom de l’Islam. Il faut aussi mettre l’accent sur l’éducation à la citoyenneté et l’éducation civique. Cela nous permettra d’arriver à un stade où le dialogue passera du simple dialogue à une culture quotidienne des tous les Tchadiens, chrétiens, musulmans, animistes et non religieux au Tchad et dans tous les pays africains. Ce n’est que comme cela qu’on parviendra à se faire comprendre mutuellement et à s’accepter malgré nos différences et nos divergences. Enfin, il faut former des gens qui vont favoriser le dialogue entre les musulmans et les chrétiens. C’est ainsi qu’au sein du Centre culturel pour la Recherche et les Etudes Africaines et arabes (CCREAA), nous avons conçu le projet de création de l’institut de religion comparée dont l’objectif est de former des cadres spécialistes du dialogue. Ces cadres à l’issu de leur formation, seront capables de parler aux chrétiens en connaissant le Coran et, parler aux musulmans en bonne connaissance de la Bible. Ils permettront ainsi de transposer le dialogue interreligieux à l’étape de la culture du dialogue qui est l’objectif primordial que nous voulons atteindre. C’est une initiative qui, à notre avis, va inaugurer une nouvelle ère de cohabitation entre les religions musulmanes et chrétiennes.

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Published by Nouvel Essor - dans société
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