Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
25 janvier 2010 1 25 /01 /janvier /2010 17:53

Patrice Duhamel, directeur général de france télévisions, explique sa stratégie pour concilier culture, audience et prise

Un an après la fin de la publicité après 20 heures sur France Télévisions, mesure censée permettre la diffusion de programmes culturels à des horaires plus favorables sur le service public, l'émission "Les mots de minuit" continue d'être diffusée sur France 2 à 1 heure du matin... N'est-ce pas incohérent ?

Sur le même sujet
Nicolas Sarkozy juste avant son passage au "19/20" de France 3, lundi 30 juin 2008.

Patrice Duhamel : La place de la culture sur le bouquet de chaînes de France Télévisions a maintenant l'avantage d'être multiforme. Elle concerne toutes les antennes et tous les types de programmes du début de soirée à des émissions plus tardives comme le magazine "Les mots de minuit". Ce qui est important, c'est que l'on arrive à organiser deux ou trois fois plus souvent qu'avant des opérations culturelles en prime time, comme cela a été le cas pendant les fêtes de fin d'année, où l'on a diffusé Le Bourgeois gentilhomme, L'Avare et Carmen, ce que l'on n'aurait pas fait auparavant dans cette proportion-là. Par ailleurs, "Ce soir ou jamais !", le magazine de Frédéric Taddéi sur France 3, est programmé du lundi au jeudi à 23 heures, soit une demi-heure plus tôt qu'auparavant. C'est un horaire formidable pour une émission de ce type. Dans les semaines qui viennent, les téléspectateurs auront droit à une pièce de Marivaux en direct, sur France 2, à 20 h 35. Ce sera la première fois depuis des années.

"L'Avare", donné à la Comédie-Française et diffusé sur France 2, à 20 h 40, pendant les fêtes de fin d'année, a réuni moins de 5 % des téléspectateurs. La mission d'une chaîne publique comme France 2 n'est-elle pas de rassembler un large public, même devant un programme culturel ?

Sur des émissions de cette nature, ce qui est important pour nous, c'est le nombre de téléspectateurs. Près d'un million de personnes ont regardé L'Avare, ce qui correspond à trois ans de programmation quotidienne à la Comédie-Française ! Bien sûr, on aurait préféré avoir une meilleure audience, et Denis Podalydès, l'interprète du rôle-titre, comme le reste de la troupe, aussi. Mais on considère que c'est néanmoins significatif. Même chose quand on réunit 1,2 million de personnes devant l'opéra Carmen.

A côté de cela, nous avons une stratégie qui consiste à maintenir, voire renforcer un niveau d'audience globale ambitieux. Sur 2009, nous avons réalisé, toutes chaînes confondues, 31 % de part d'audience, ce qui nous place dans le palmarès des groupes publics européens, alors même que notre bouquet est le moins large, les autres pays comptant sept à neuf chaînes publiques contre cinq pour France Télévisions. A nous de trouver dans la programmation et les choix éditoriaux un équilibre entre prise de risque et soirées à forte audience.

Vous êtes confronté à un vieillissement de l'audience. Comment cette stratégie peut-elle y remédier ?

C'est effectivement un défi pour 2010 et pour les années qui vont suivre. S'agissant des programmes culturels, mais aussi de la fiction en général, il faut non pas rajeunir le public mais plutôt l'élargir, notamment en gardant les plus de 50 à 60 ans et en l'ouvrant aux moins de 35 à 40 ans. C'est un défi dans les choix de programmes, dans la réalisation, dans la production, dans le casting des comédiens. Cela est vrai pour la télévision, mais aussi pour l'ensemble des médias "historiques", radio et presse, confrontés au même problème de vieillissement de leur audience.

Face à ces défis, qu'apporte la nouvelle organisation de France Télévisions en entreprise unique ?

Cela nous permet de répartir, entre les antennes, les productions ou les achats, de faire en sorte de toucher toutes les catégories de téléspectateurs. Par exemple, France 4, qui enregistre actuellement de très bons résultats, rassemble les moins de 30 ans. A nous ensuite de les faire aller sur les autres antennes.

En fédérant un public plus jeune, France 4 ne risque-t-elle pas de jouer le rôle d'alibi dans votre stratégie ?

Je récuse ce terme. C'est pour nous un moyen de faire venir les plus jeunes sur le bouquet France Télévisions.

Malgré la fin de la publicité après 20 heures, les téléspectateurs se plaignent des tunnels promotionnels et des bandes-annonces qui précèdent et suivent les programmes...

Effectivement, lors du dernier trimestre 2009, il y a eu, sur France 2 notamment, des interprogrammes beaucoup trop longs entre 20 h 30 et 20 h 40. Nous avons donné des instructions pour que cela diminue et c'est déjà vérifiable depuis le 4 janvier. Sur France 2, le nombre de programmes courts a été réduit afin qu'entre la fin du JT et le début du programme il n'y ait pas plus de cinq minutes d'attente, soit une réduction de deux à trois minutes par rapport à 2009.

Vous êtes directeur général de France Télévisions en charge des programmes, mais aussi de l'information. Que vous inspirent les propos de Claude Guéant, secrétaire général de l'Elysée, concernant les deux journalistes de France 3 enlevés en Afghanistan, et qu'il considère "d'une imprudence vraiment coupable" ?

Nous avons publié le 18 janvier un communiqué précisant que la direction de France Télévisions est pleinement consciente de l'inquiétude et de l'émotion qui règnent dans les rédactions du groupe et, au-delà, chez tous les salariés. Nous avons, jusqu'à présent, privilégié la discrétion publique pour laisser les opérations militaires et diplomatiques en cours sur le terrain se dérouler dans les meilleures conditions possibles. Notre seule priorité reste de voir les deux journalistes revenir le plus vite possible au sein de leurs familles et de leur rédaction. Toute autre considération ne serait pas recevable. Je n'ajouterai rien à ce communiqué.

L'émission politique "A vous de juger", sur France 2, consacrée au thème de l'identité nationale, a été secouée par une polémique après la volte-face du socialiste Vincent Peillon qui, invité le 14 janvier à débattre avec le ministre de l'immigration Eric Besson, s'est désisté, estimant "indigne" l'émission, à laquelle participait, pour le FN, Marine Le Pen. Quel est votre commentaire, a posteriori, sur cette émission et cette polémique ?

A chacun sa place. Nous n'avons pas à avoir de débat avec les politiques sur telle ou telle émission. Nous faisons notre métier de média de service public. S'agissant des débats d'information, nous avons un devoir de pluralisme et ce n'est certainement pas aux partis politiques ou à leurs responsables de choisir à la place des journalistes les thèmes ou les intervenants.

En l'occurrence, le choix de ce thème de débat sur l'identité nationale avait été auparavant contesté au sein même de la rédaction de France 2...

Il a été contesté par certains journalistes. C'est le boulot des responsables d'"A vous de juger" de choisir les sujets de débat. Franchement, ce thème de l'identité nationale a été traité par tous les médias, compte tenu du débat lancé à l'automne. Je trouve légitime que la grande émission politique du service public s'y intéresse. S'agissant de la représentation du paysage politique, il y a des règles que nous devons respecter vis-à-vis du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA). Ce débat a été organisé dans la transparence complète. Et je précise que Vincent Peillon, contrairement à ce qu'il a laissé entendre, n'est pas "black listé" sur les chaînes publiques. Il sera invité au même titre que les autres responsables politiques. Mais s'il décide de venir, il faudra qu'il s'y engage fermement !

Propos recueillis par Sylvie Kerviel

Partager cet article

Repost 0
Published by Nouvel Essor - dans société
commenter cet article

commentaires