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8 mai 2010 6 08 /05 /mai /2010 19:14

Recevant mercredi les députés UMP à l'Elysée, Nicolas Sarkozy leur aurait confié qu'à partir du second semestre 2011, une fois les réformes bouclées, "on ne fera que de la politique". A en croire les exégètes de la pensée présidentielle, cette formule alambiquée signifierait que le chef de l'Etat aurait l'intention de se représenter en 2012.

Il n'empêche : ce "on ne fera que de la politique" est équivoque. Faut-il comprendre que Nicolas Sarkozy, aujourd'hui, ne fait pas de politique lorsqu'il gouverne ? Ou bien, et ce serait tout le sens de ce "que" énigmatique, a-t-il le sentiment de ne faire de la politique qu'à temps partiel ?

Quoi qu'il en soit, la phrase est importante en ce qu'elle sous-entend qu'il existerait dans l'esprit du chef de l'Etat une sorte de dissociation entre l'action politique et l'action "de faire de la politique". Entre l'action et le verbe, en quelque sorte.

Cette petite phrase intervient au moment où de nombreux commentateurs et éditorialistes s'interrogent justement sur la capacité des dirigeants politiques européens à se montrer à la hauteur des périls qui nous menacent. "Nous avons plus que jamais besoin de grands hommes", écrit cette semaine Jean Daniel dans Le Nouvel Observateur.

De chefs d'Etat, renchérit Jacques Attali dans L'Express, et non pas des dirigeants européens qui "s'éparpillent, les uns dans des débats électoraux pathétiquement futiles, les autres dans des voyages sans urgence chez le nouveau maître chinois". Les oreilles de Nicolas Sarkozy et d'Angela Merkel ont dû siffler...

Des grands hommes, oui, mais pour quoi faire ? Agir, pardi ! Faire de la politique, en somme.

Pour l'ancien conseiller de François Mitterrand, les choses sont assez simples : si l'on veut éviter le désastre, il faut au plus vite se doter d'une capacité d'emprunt en bons du Trésor européens. Et, pour cela, il suffit, ajoute-t-il, de décider, "dès demain", de la création d'une Agence européenne du Trésor, autorisée à emprunter au nom de l'Union, et d'un Fonds budgétaire européen, mandaté pour contrôler les dépenses budgétaires des pays dont la dette dépasse les 80 % du PIB. Un seul acteur pourrait impulser une telle réforme : le couple franco-allemand.

De Gaulle-Adenauer, Giscard-Schmidt, Mitterrand-Kohl : depuis quelques jours, les commentateurs versent dans la nostalgie. Au moment où l'Europe doit choisir entre intégration ou désintégration, nous manquerions cruellement de responsables politiques visionnaires, capables de s'abstraire des enjeux politiques et électoraux immédiats pour ne s'intéresser qu'au destin du Vieux Continent.

Nicolas Sarkozy, à qui l'on doit reconnaître un certain sens de l'opportunité historique - il l'a montré lors du confit russo-géorgien - a là une occasion inespérée de montrer qu'il sait faire de la politique. De la vraie, s'entend.

 

Franck Nouchi

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Published by Nouvel Essor - dans société
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