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20 septembre 2012 4 20 /09 /septembre /2012 10:49

La visite d’un roitelet  en France a valeur de symboles ; elle soupèse le poids des relations avec la France et sur les petits détails- faits, gestes et paroles- en direction du despote reflètent immanquablement la confiance envers lui, elle est donc avant tout psychologique pour tous les despotes africains.

Depuis l’arrivée des socialistes au pouvoir, Deby est en manque et le dit très haut ; il a ameuté tout une armada des cabinets lobbying, des conseillers occultes et autres charlatans de l’Afrique de l’Ouest pour franchir le portail de l’Elysée, malheureusement pour lui les nouvelles autorités sont restées sourdes-muettes, jusqu’à ce que, par un malheureux concours des circonstances le sort lui ouvre la brèche : le Conflit malien.

N’étant pas spécialisés dans les rezzous sahélo-sahariens, les ouest-africains se tournèrent naturellement vers le principal pourvoyeur du mercenariat du Continent, à savoir le Général Deby. C’est un don inespéré de Dieu qui lui tombe du ciel. Evaluant le rôle prépondérant qu’il est appelé à jouer, Deby s’est fait d’abord prier, il ne donne ni  son aval automatiquement au nouveau projet d’intervention ni ne le rejette et demande un temps de réflexion, ce qui laisse supposer qu’il serait partant si un certain nombre des conditions sont remplies. C’est alors qu’on assistât à une valse des visites incognito et des coups de fil nocturnes mais notre Général reste de marbre devant ces interlocuteurs de seconds couteaux, jusqu’à ce fameux « bonjour Mr le Président, c’est Hollande, François Hollande ! ». C’était l’apothéose ! En moins d’une heure l’opinion publique de Bardai à Aozou est tenue informer du coup de fil « amical » du Président français !  A celui-là on ne refuse rien, donc Deby se précipite pour donner son accord de principe pour déloger l’Aqmi du Nord du Sahel mais demande une rencontre pour discuter de vive voix aux fins d’arrêter un schéma complet du problème, ce dont le Président français donne son accord. Fin du 1er épisode.

Devant l’ampleur de la catastrophe au Nord Mali, les autorités françaises n’ont d’autres choix que de faire du bon cœur contre mauvaise fortune. Ces mêmes autorités, surtout leurs services de renseignement n’oublient pas que Deby a été le principal pourvoyeur des armes de points à l’Aqmi pendant au moins une dizaine d’années. En effet les différents services de sécurité d’Europe et des Etats-Unis avaient suffisamment compilé tous les documents et preuves de l’implication directe de Deby dans l’approvisionnement de l’Aqmi à travers deux filières bien huilées rattachées directement ou indirectement aux réseaux occultes du despote.

La 1ère filière d’approvisionnement  a pour centre d’activités principales le no man’s land qui s’étend de la Libye en passant par le Tibesti et finit au nord du Niger. Ce vaste territoire échappe depuis longtemps à tout contrôle administratif des 3 pays concernés (La Libye, le Tchad et le Niger). Il est le point de passage de tous les trafics dans les deux sens : drogues,  tabac, boisson vers la Libye et l’Egypte (principalement) et marchandises, véhicules et surtout armes de tout calibre vers l’Afrique de l’Ouest principalement vers les fiefs de l’AQMI. Et surtout de la drogue vers l’Egypte. Eh oui ! En effet la drogue introduite de l’Amérique Latine en Afrique de l’Ouest (Benin, Nigeria  et Guinée Bissau) est introduite en Europe via la Libye et l’Egypte, escortée pas les éléments de l’Aqmi  en traversant tout le Nord du Tchad. Les habitants de ces régions sont habitués à voir plusieurs fois par mois des convois de 10 à 15 véhicules lourdement chargés et escortés par des hommes lourdement armés. Il s’est même  créé une certaine familiarité entre ces convois et les locaux. A chaque arrêt sur un village ou sur un puits, les convoyeurs faisaient des petits cadeaux aux locaux.  Ce sont des convois à sens unique, jamais on ne les revoit revenir.

Deby, qui reçoit les droits de transit, supervise personnellement toute l’opération de la traversée du désert tchadien et toute l’administration civile et militaire est mise à contribution pour qu’il n’y ait aucun pépin avec ces convois depuis leur rentrée par la porte ouest jusqu’à leur sortie par la porte Est. Entre les narcotrafiquants et lui, il y a l’ancien Gouverneur de l’Etat de Bornou, Cherif Ali, l’ami intime de Deby. Ce Monsieur est non seulement l’intermédiaire entre Deby et les narco mais aussi entre l’Aqmi et Deby. Avec son Jet personnel, il descend directement sur Faya Largeau 2 fois par an. Accompagné des autorités civiles et militaires, il parcourt le désert, emprunte la piste qu’empruntent les convois, s’arrête sur les palmerais et les puits, distribue des bakchichs en informant les uns et les autres que les convois lui appartiennent et qu’il faut être gentils avec les convoyeurs.

Depuis la fin supposée des hostilités au Tibesti, les populations de cette large zone se sont tournées vers ces activités hautement lucratives avec la bénédiction tacite et bienveillante des 3 régimes. Disposant de plusieurs garnisons dans les hauteurs de Tibesti et contrôlant des points de passages incontournables, Deby suivait personnellement le flux et le reflux de ce trafic à travers les chefs militaires qui sont généralement ses proches parents ou les ressortissants du Tibesti.

Les Chancelleries occidentales sont parfaitement au courant des activités des narcotrafiquants et surtout du rôle de superviseur général de Deby, en parfaite symbiose avec les milieux nigérians. Dès son arrivée au pouvoir, Deby a très vite compris que la drogue rapporte beaucoup et que lui personnellement, munie de l’immunité présidentielle, ne risque rien. Quand un diplomate soulève mollement la question devant Deby, celui ci sert à l’interlocuteur un truc digne d’un Charli Chaplin : séance tenante, il appelle le Gouverneur, ou le Préfet ou le Comrégion et l’engueule proprement et lui demande de « mettre fin immédiatement à ce trafique, faire arrêter les convoyeurs armés et les remettre à la justice et que lui, Deby, va personnellement suivre cette affaire.» Le diplomate est rassuré mais dès qu’il tourne le dos, Deby lui envoie un doigt pointé !

La 2ème Partie suivra très bientôt

Beremadji Félix
N’djaména – Tchad

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Published by Nouvel Essor - dans société
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