Le directeur des opérations de la Banque mondiale au Cameroun a fait des révélations lors de l’ouverture de la semaine de facilitation du transit dans cette zone 

 Mauvaises conditions de transit
D’après Gregor Binkert, le commerce interrégional entre les pays de l’Afrique centrale est en dessous de 1%. Très loin derrière l’Afrique australe ou encore occidentale, où les taux sont respectivement de 5 et 15%. Le fonctionnaire international justifie ce retard chronique par de mauvaises conditions de transit, dans les différents corridors de ces pays. Ces conditions ont été largement débattues ce 26 septembre 2012, à Douala, lors de l’ouverture de la Semaine de la facilitation du transit dans la zone Cemac, en présence de Mefiro Oumarou, ministre délégué auprès du ministre des Transports (Mintrans). D’après le représentant du ministre du Transport du Tchad, les problèmes sont liés à l’insuffisance des infrastructures de transport. « Le réseau routier entre les différents pays est encore très enclavé et ne permet pas aux transporteurs de faire des échanges aisément », s’indigne-t-il. En 2007, apprend-on, la Banque mondiale a déboursé 340 milliards Fcfa pour améliorer les corridors Douala-Ndjamena et Douala-Bangui. « Mais, beaucoup reste à faire », reconnaît Gregor Binkert. Au-delà des infrastructures, sont aussi mentionnés les problèmes liés aux barrières physiques et non physiques. Les acteurs de la chaîne des transports, du Bureau de gestion du fret terrestre (Bgft), en l’occurrence, apprennent qu’un camion de marchandise affrété à la frontière du Tchad à 6h du matin peut être libéré à 22h au plus tôt.

Gregor Binkert, directeur des opérations de la Banque mondiale au Cameroun

Délais de passage
Pour les experts réunis à Douala, les tracasseries observées dans les corridors empêchent la fluidité des échanges. Ce qui a un impact sur les délais de passage au port de Douala qui restent lamentablement longs. Une étude publiée en juillet 2012 par la Banque mondiale est suffisamment édifiante sur ce sujet. L’institution bancaire révèle ainsi que la durée moyenne de passage des conteneurs à Douala est de 19 jours. Pire qu’à Durban, en Afrique du Sud ou encore à Mombassa, au Kenya où cette durée est de 4 et 11 jours respectivement. Tous ces goulots d’étranglement ont été examinés pendant les trois jours de travaux. Globalement, les travaux se sont articulés autour quatre points majeurs : l’amélioration des performances du port de Douala, la réduction des tracasseries policières et douanières, l’établissement des plateformes logistiques et le renforcement des mesures douanières. Plusieurs recommandations ont été arrêtées. Elles portent sur la mise en place d’un comité de concertation rassemblant les structures concernées dans le cadre du transit, l’interconnexion des systèmes d’informations douanières dans chacun des pays de la Cemac et la réactualisation des conventions qui lient les trois pays.

Etudes
« Il s’agit maintenant de mettre effectivement en œuvre les recommandations arrêtées, afin de fluidifier, faciliter et sécuriser le transport en transit le long de nos corridors », confie Mefiro Oumarou. «Il serait souhaitable d’arrêter un calendrier de suivi systématique et périodique à court, moyen et long terme, pour la mise en œuvre de ce plan d’action », renchérit Peter Taniform, coordonnateur du projet facilitation des transports et du transit en zone Cemac de la Banque mondiale. Selon des données fournies par la douane, en terme de circulation des marchandises sous douane, à partir de Douala, en moyenne 2100 voyages de conteneurs et vrac sont enregistrés par an. On enregistre aussi 1800 véhicules d’occasion et 66 voyages pour les produits pétroliers. D’après les mêmes études, 49% seulement des opérations de transit se déroulent dans les normes. Pour les produits manufacturés exportés sous Tva, ce taux de conformité est de 50%. La situation a fini par susciter un climat d’incompréhension entre acteurs et intervenants de la chaîne de transit et d’exportation en Cemac. Faisant « perdre du temps et l’argent à tout le monde ». Il était temps de se pencher sérieusement sur la question. La valeur globale des marchandises en transit pour le Tchad est de 340 milliards F/an, et de 55 milliards F/an pour la Rca.