Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
14 janvier 2010 4 14 /01 /janvier /2010 22:41

Les effets dévastateurs du séisme en Haïti sont les résultats d'une situation géographique défavorable et de plus de vingt ans de crises violentes ayant mis l'économie du pays à genoux, plutôt que d'une malédiction qui frapperait régulièrement l'île, selon des experts.

 

"C'est une catastrophe terrible pour Haïti qui n'avait pas besoin de ça", a résumé mercredi le chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner. Le pays le plus pauvre du continent américain, à deux heures d'avion de Miami, en forte croissance démographique, est situé dans une zone prisée par le tourisme, les Caraïbes, avec sa mer chaude et ses plages de sable fin. Mais Haïti, connu pour être sur une faille propice aux séismes, a aussi une position géographique défavorable.

"A part les catastrophes naturelles, les malheurs de Haïti s'expliquent par l'Histoire", souligne sous couvert d'anonymat un diplomate français de haut rang, grand spécialiste de ce pays. Il récuse le terme d'"île maudite" et pense que la population devrait, devant cet "énorme coup dur", réagir en accusant le gouvernement d'incapacité plutôt qu'en parlant de "fatalité".

30 ans de dictatures des Duvalier

Après 30 ans de dictatures de la famille Duvalier, le pays est entré en 1986 dans une période de fortes turbulences avec des crises politiques à répétition, entrecoupées de coups d'Etat sanglants. Période qui a duré 20 ans. Haïti s'est enfoncé dans la pauvreté, la population, aujourd'hui forte de près de dix millions de personnes, rasant arbres et arbustes des collines et des montagnes pour en faire du charbon de bois, indispensable à la cuisson d'aliments de base.

Des sanctions internationales imposées aux régimes politiques successifs ne sont pas étrangères à cette fuite en avant d'un peuple dont la première préoccupation le matin est de réussir à avoir au moins un repas dans la journée et où la corruption gangrène les institutions. Cette déforestation sauvage a accru encore davantage la vulnérabilité du pays, souvent en première ligne en période d'ouragans et de cyclones qui se créent dans l'Atlantique entre juin et novembre.

Urbanisme anarchique à Port-au-Prince

Lorsque la pluie tombe, rien ne l'arrête et dans un paysage vallonné, les inondations sont vite légion. Port-au-Prince, la capitale, est l'exemple le plus flagrant dans le pays de son inadaptation face aux intempéries. La ville s'est étendue au fil des années, avec des bidonvilles de plus en plus grands, faits de petites masures en pierres, cailloux, ou formées par un assemblage de tôles ondulées.

Littéralement accrochées aux flancs de collines, ces masures ne résistent pas à une pluie un peu forte et s'effondrent comme un château de cartes. Un tremblement de terre comme celui de mardi produit les mêmes effets. "La moindre pluie dans le bidonville de Martissant, c'est dix morts, et chaque année ça s'aggrave car la montagne est un peu plus déstabilisée", raconte le diplomate de haut rang.

Sous assistance internationale

Aujourd'hui, le pays reste sous assistance internationale (financière, politique et diplomatique). Il reste au fond d'un trou sans fin de pauvreté, et l'absence d'un Etat fort a profité au trafic de drogue, le pays servant de plaque tournante entre l'Amérique latine et ses champs de coca et les Etats-Unis, premier marché consommateur.

En 2008, le coût de reconstruction après le passage de cyclones meurtriers avait atteint 15% du PIB. "L'aide internationale ne représente jamais qu'une partie infime" de ce qui serait nécessaire, regrette-t-on de source diplomatique. Depuis le début du 20e siècle, une centaine de cyclones, tempêtes tropicales, inondations meurtrières ou glissements de terrain ont affecté Haïti.

Partager cet article

Repost 0
Published by Nouvel Essor - dans société
commenter cet article

commentaires