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7 mars 2010 7 07 /03 /mars /2010 18:16
Nicolas Sarkozy devrait faire des "annonces" en faveur des agriculteurs.
AFP/MEHDI FEDOUACH
Nicolas Sarkozy devrait faire des "annonces" en faveur des agriculteurs.

Pour les politiques, le Salon de l'agriculture, porte de Versailles, à Paris, est un passage obligé. Le défilé a commencé le 27 février, jour de l'ouverture. Pour finir dimanche 7 mars, une semaine avant le premier tour des élections régionales. Nicolas Sarkozy, qui a séché l'inauguration, s'y est rendu samedi 6, avant l'ouverture, dans un contexte de crise majeure du secteur.

Quand Bruno Le Maire joue les maîtres de cérémonie. En l'absence du président, c'est au ministre de l'agriculture qu'est revenue l'inauguration. Il s'en est acquitté avec ce qu'il faut de compassion, impeccable dans le rôle du cahier de doléances. Quelques pas après son arrivée, une agricultrice l'interpelle sur les producteurs de lait. Qui est cette tête connue ? Sophie Poux, l'une des héroïnes de l'émission "Paroles de Français", le 25 janvier, où Nicolas Sarkozy avait tenté d'expliquer sa politique face à un panel de citoyens choisis. "Je savais que le ministre passerait par là et je me suis bien placée. Après avoir fait Sarkozy sur TF1, on n'a plus peur de rien !"

En attendant, c'est Aïda, la reine du Salon - une magnifique vache Salers -, qui fait la fière. Pas son truc, les flashes. M. Le Maire, lui, ne se démonte pas. L'absence du président ? "Je me demandais si ce serait la première ou la deuxième question", soupire-t-il. Plus loin, au stand Danone, c'est Alison, "6 ans et demi", qui évoque le grand absent. "Au revoir, Monsieur le chef", assène-t-elle au ministre. "Je ne suis pas le chef..." La fillette n'en démord pas : "Il s'est habillé comme Nicolas Sarkozy. Il s'est déguisé."

Quand Valérie Pécresse prend le taureau par la corne. Dure journée que ce dimanche, pour la candidate de l'UMP en Ile-de-France. Sa campagne, prise dans l'affaire Soumaré, flageole. Elle fait contre mauvaise fortune bon coeur, arpente les allées avec conscience. Mais au stand des Brasseurs de France, elle crie grâce, face à ce nouveau demi qui lui est présenté. "J'en ai déjà pris trois !" Bien tenté ! Le plateau revient, elle se ressaisit, fait le boulot. Une gorgée, puis deux. A son côté, André Santini, tête d'affiche dans les Hauts-de-Seine, est, lui, comme un poisson dans l'eau. Il lève le coude, distille les bons mots.

Le cortège croise Alain Joyandet, le secrétaire d'Etat chargé de la coopération et de la francophonie, qui vient d'accueillir Pierre Carnatte, otage libéré au Mali. "Tu n'as pas quelqu'un dans tes bagages que tu as ramené de Pétaouchnok ? Au gouvernement, il y a ceux qui ramènent et ceux qui expulsent", blague M. Santini.

Dans le hall de l'élevage, Mme Pécresse apprécie les animaux à bonne distance. Au moment de sortir, tête-à-tête imposé avec Baron, solide taureau de 1 241 kilos. Elle commence par saisir une corne, manière de conjurer le danger. Puis caresse l'animal, regard dans le vague, avant de filer vers sa petite Citroën C3 de campagne.

Quand Cécile Duflot joue les utilités. On peut être patronne des Verts, tête de liste d'Europe écologie en Ile-de-France, et passer presqu'inaperçue. La star, c'est José Bové qui l'accompagne. "Regarde les moustaches", entend-on. L'accueil est parfois plus rude. "En prison !", crie un badaud, au faucheur d'OGM. Les agriculteurs et les écologistes, ce n'est pas une longue histoire d'amour. La troïka s'arrête à la FNSEA, le syndicat ennemi. Discussion polie sur la politique agricole. Mme Duflot observe. "On vous a pas trop laissé parler et on n'a pas trop parlé d'écologie", lui glisse Jean-Michel Le Métayer, le patron de la FNSEA, faisant mine de s'excuser. Sourire crispé de la candidate.

Quand Dominique de Villepin fait du Chirac. Il boit, il mange, sert les paluches, prend les vaches et les enfants à pleines mains. Dominique de Villepin ne lésine pas pour se poser en héritier de Jacques Chirac. L'ancien président avait l'habitude de rester six heures ? Lui, ce sera neuf.

En queue de cortège, un jeune agriculteur, qui vient de présenter sa vache, est ravi : "Ses collaborateurs sont venus hier. Ils voulaient une vache sympa, pour pouvoir vraiment la caresser." Plus loin, un autre râle : "Vous savez quoi, son conseiller en com', un gamin, est venu m'engueuler parce que je ne l'ai pas assez fait mousser ! Je l'ai bien reçu, celui-là..."

Quand Jacques Chirac reste le maître de l'exercice. Il n'a plus l'endurance d'antan. Trinque moins. Mange avec parcimonie. Mais deux heures lui suffisent pour montrer son savoir-faire, en terrain conquis. Sur la passerelle qui relie les Hall 1 et 2, il embrasse et distribue les mots gentils comme personne. "La choucroute ?", l'interpelle une visiteuse. "Vous en mangez matin midi et soir, vous êtes sûr de rester en bonne santé ! "

Plus loin, descendant un grand escalator, il salue les badauds qui l'applaudissent. "C'est du jamais vu. L'an dernier, c'était pas mal, mais là...", assure son attachée de presse. A la sortie, nouveaux vivats. Des étudiants crient "Chirac 2012 ! Chirac, c'est l'avenir de la France !" Ils reprennent leur souffle en mal d'inspiration. "Qu'est-ce qu'on dit, là ?" "Une connerie !" Dont acte. Curieux spectacle, entre affection nostalgique et dérision.

Pierre Jaxel-Truer

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Published by Nouvel Essor - dans société
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