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5 décembre 2012 3 05 /12 /décembre /2012 09:54
Le sénateur socialiste Gaëtan Gorce, lors d'une séance publique au Sénat, le 12 janvier 2012 à Paris.
Le sénateur socialiste Gaëtan Gorce, lors d'une séance publique au Sénat, le 12 janvier 2012 à Paris.
http://gorce.typepad.fr

Par Christophe Boisbouvier

Il y a quatre ans, jour pour jour, le porte-parole de l'opposition tchadienne, Ibni Oumar Mahamat Saleh, était enlevé à son domicile de N'djamena par des militaires tchadiens. Depuis ce jour, on est sans nouvelles de lui. Au Tchad comme en France, de nombreuses voix s'élèvent pour que justice soit rendue. Le sénateur socialiste de la Nièvre et maire de la Charité-sur-Loire, Gaëtan Gorce, réagit à cette disparition. Il était l'invité Afrique ce vendredi 3 février 2012.

RFI : Gaëtan Gorce, quatre ans après la disparition d’Ibni Oumar qu’est-ce qu’on sait et qu’est-ce qu’on ne sait pas ?

Gaetan Gorce : Ce que nous savons, malheureusement, c’est ce que l’on supposait : c’est-à-dire que les faits sont d’ailleurs connus depuis presque quatre ans. A savoir qu’en août 2008, la commission d’enquête demandait des conclusions qui indiquaient très clairement des responsabilités à des niveaux très élevés de l’Etat. Ce que nous ne savons toujours pas aujourd’hui en revanche, c’est : qui, pourquoi, comment ?

 

RFI : Alors ce que disait cette commission d’enquête en août 2008, c’est qu’Ibni Oumar avait été kidnappé à son domicile, par huit membres des forces de sécurité tchadiennes. Est-ce qu’il y a eu d’autres avancées depuis ou pas ?

G.G. : Non. Depuis, le juge d’instruction et un procureur ont été désignés, une équipe d’instruction a été mise en place, avec d’ailleurs un budget assez considérable, pour ne rien faire. Donc nous pouvons dire aujourd’hui que nous avons été victimes dans cette affaire, très probablement, de la part du gouvernement tchadien, d’une tactique d’enfumage, qui consiste à laisser croire que les choses avancent, alors qu’en réalité on s’efforce de ne rien faire, avec la complicité parfois plus ou moins active de certaines diplomaties. Je suis tenace, pour que la vérité finisse par sortir.

RFI : Donc pour vous, l’audition des témoins oculaires de l’enlèvement en juin dernier à Ndjamena par le procureur c’est de l’enfumage ?

G.G. : Nous ne nous voyons pas aujourd’hui poindre un élément quelconque, qui permette l’identification des coupables. Il y a deux solutions. Une solution politique pouvait être envisagée. Après sa réélection, le président Deby aurait pu admettre les faits, les reconnaître en tout cas, donner la vérité. Et on pouvait considérer qu’au fond les excuses qu’il aurait présentées pouvaient satisfaire et la famille et ceux qui luttaient pour la vérité et étaient assumées. Et puis il y a la voie judiciaire. Et la voie judiciaire, elle passe par le Tchad. Mais si le Tchad continue à refuser, à la fois d’admettre sa responsabilité, celle du président Deby, et si celui-ci s’emploie à freiner la voie judiciaire au Tchad, il faudra ouvrir des voies judiciaires à une autre échelle. Je pense notamment la Cour pénale internationale.

RFI : Vous parlez de la complicité active d’une certaine diplomatie. Il y a deux ans, l’Assemblée nationale française a voté à votre initiative, une résolution qui demande au gouvernement français d’aider à la manifestation de la vérité. Est-ce que la France a bougé depuis deux ans ou pas ?

G.G. : Oui, la France a bougé, peut-être trop prudemment, mais il faut avoir l’honnêteté de reconnaître que la France a essayé de faire avancer les choses, peut-être parfois avec des messages un peu trop contradictoires.

RFI : Où est-ce que ça bloque ? A l’Elysée ou au ministère de la Défense ?

G.G. : C’est difficile à dire aujourd’hui. Je pense que malheureusement, les intérêts entre le pouvoir tchadien et le pouvoir français sont tellement imbriqués, qu’il est difficile d’identifier précisément des responsables de ces blocages.

RFI : A l’époque du vote de cette résolution à l’Assemblée française, vous avez auditionné des diplomates et des officiers français, qui étaient en poste à N'djamena, lors de l’enlèvement d’Ibni Oumar. Est-ce qu’ils vous ont tout dit ou pas ?

G.G. : Ma conviction est que non. Je pense que tout ne nous a pas été dit. J’ai pu accéder personnellement aux télégrammes diplomatiques pendant cette période. Malheureusement, je n’ai pas pu accéder au même document émanant du ministère de la Défense. Et je le regrette, d’autant plus que c’est probablement là que se situent les informations les plus intéressantes, mais pour ça il faudrait que le secret défense soit levé. Nous avons demandé au Premier ministre, il n’a pas répondu.

RFI : Parmi les officiers français présents à Ndjamena en février 2008, il y avait le colonel Jean-Marc Gadoullet, qui était coopérant militaire auprès de la présidence tchadienne. Est-ce que vous l’avez auditionné ?

G.G. : Non, j’ai demandé au président de la commission de l’Assemblée, à l’époque, monsieur Poniatowski, de le faire. Il n’a pas souhaité procéder à cette audition dans un premier temps. Je pense que ce serait indispensable. J’espère que la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée ou du Sénat pourra le faire. Ma bataille c’est aussi de faire en sorte que la tension sur ce sujet ne retombe pas.

RFI : Gaëtan Gorce, vous êtes un élu socialiste. Si demain votre candidat est élu à la présidentielle française, est-ce que vous espérez que certaines choses pourront se débloquer à Paris?

G.G. : Je veux l’espérer. Mais mon action n’est pas celle d’un élu socialiste. Elle est celle d’un parlementaire, qui veut faire la vérité sur une affaire extrêmement grave, odieuse, dans laquelle la France est plus ou moins impliquée. Donc j’espère qu’un gouvernement socialiste se montrera encore plus déterminé pour faire surgir la vérité. Si tel n’était pas le cas, je dénoncerai d’éventuels blocages, si je devais en constater de la même manière.

Ecoutez l'entretien
03/02/2012 - Invité Afrique

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Published by Nouvel Essor - dans société
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