C'est désormais un rituel incontournable pour le monde économique et politique. Davos, la station de ski des Grisons (est de la Suisse), est devenu le centre du monde mercredi 27 janvier. Plus de 2.500 patrons de grande entreprise et responsables politiques -dont 30 chefs d'Etat et de gouvernement  sy retrouvent jusqu'au dimanche 31 janvier. Sont notamment attendus les présidents brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, mexicain Felipe Calderon, sud-africain Jacob Zuma et l'afghan Hamid Karzaï ainsi que le premier ministre espagnol Jose Luis Zapatero.
Nicolas Sarkozy était le premier président français à s'exprimer à Davos. Il a ouvert le forum en affirmant que cette crise était "une crise de la mondialisation" et qu'il fallait changer "les règles bancaires", "prudentielles" et "comptables", sans quoi "nous prenons des risques insoutenables avec l'avenir". Sur ce sujet, il s'est dit "d'accord avec le président Obama quand il juge nécessaire de dissuader les banques de spéculer pour elles-mêmes ou de financer des fonds spéculatifs". Il a ainsi dénoncé "les profits exorbitants de la finance", "un capitalisme dans lequel il était devenu normal de jouer avec l'argent des autres", "des rémunérations sans rapport avec le mérite", une "pression spéculative" qui enrichit les uns et appauvrit les autres, des banquiers qui ne font plus leur métier... "Le capitalisme purement financier est une dérive qui bafoue les valeurs du capitalisme" mais "l'anticapitalisme est une impasse pire encore". "Nous sauverons le capitalisme en le refondant, en le moralisant". Plaidant pour une action coordonnée au niveau du G20 pour que tous les pays adoptent les mêmes règles, le président français a annoncé que "la France qui présidera le G8 et le G20 en 2011 inscrira à l'ordre du jour la réforme du système monétaire international".

Excès de régulation

Un an auparavant, le Forum était porté par la crainte d'une récession prolongée consécutive à la crise financière de 2008. L'intervention massive des Etats a toutefois permis de relancer l'activité.
Plusieurs pays, dont les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni, veulent maintenant faire avancer la réforme du système financier mondial afin d'éviter une nouvelle crise bancaire et se dirigent vers un contrôle plus serré du secteur.
Une étude publiée mardi à Davos par le cabinet PriceWaterHouseCoopers montre que l'"excès de régulation" est désormais la plus grande préoccupation des patrons. Ils sont 37% à se dire "très inquiets" à ce sujet contre 18% il y a un an, selon l'étude réalisée auprès de 1.198 chefs d'entreprise dans 52 pays.

Vers des débats animés ?

Partisans et opposants de la régulation du secteur bancaire ont d'ailleurs commencé à s'échauffer la voix mercredi matin. Présents en grand nombre, les banquiers se sont inscrits contre les projets visant à durcir le contrôle de leur secteur affirmant que cela pourrait brider leur capacité à financer l'économie et la création d'emplois.
De nombreux intervenants ont pointé du doigt le "populisme" que, selon eux, encourage la volonté de régulation de plusieurs gouvernements occidentaux. Le président de la banque britannique Barclays Robert Diamond a exprimé son scepticisme et son appréhension: "je n'ai pas vu de preuve suggérant que réduire la taille des banques est la réponse" afin d'éviter une nouvelle crise financière", a-t-il lancé. "Le risque est que les projets de régulation ne s'attaquent qu'aux aspects les plus visibles et empêchent le secteur financier d'accompagner la reprise économique. Ce qu'il faut faire en matière de régulation est très difficile à expliquer dans les détails au public", a estimé pour sa part Raghuram Rajan, professeur de finance à l'Université de Chicago. Pour le président de la banque américaine JP Morgan Chase International, Jacob Frenkel, "la très profonde récession que nous avons eue constitue un terreau fertile pour des décisions politiques potentiellement mauvaises", et la réaction des gouvernements et les projets de réforme du secteur financier cachent "le danger d'un interventionnisme excessif, d'un protectionnisme".
"Ce que propose Obama va dans le bon sens mais ne va pas assez loin. Nous devons séparer les banques commerciales des banques d'investissement", a en revanche affirmé l'économiste Nouriel Roubini, connu pour avoir prévu la crise financière de 2008.