Mercredi 1 juillet 2009
 
Unesco : âpres combats autour d’un fauteuil
À l’Unesco, d’âpres luttes d’influence se déroulent actuellement entre les candidats au poste de directeur général, afin d’emporter le maximum de voix au sein du Comité exécutif. De la 282 e session, qui aura lieu du 7 au 23 septembre 2009, un seul nom sortira, qui sera entériné par la 35 e Assemblée générale des Nations unies. Dans les coulisses des locaux parisiens, circulent nombre de rumeurs mais aussi des documents compromettants concernant la gestion du titulaire sortant, Koïchiro Matsuura. Voyages aussi nombreux qu’inutiles, nominations opportunes en récompense de services rendus, échec dans plusieurs opérations, le bilan pourrait être lourd. En ce qui concerne l’élection, l’un des candidats, Noureini Tidjani- Serpos, actuel sous-directeur chargé du département Priorité Afrique depuis plus de dix ans, semble être le favori de Matsuura. Âgé de 63 ans, il est entré à l’Unesco en 1992 en tant qu’ambassadeur permanent de son pays et a été élu président du Conseil exécutif en 1996. Il est aussi poète, auteur de plusieurs recueils publiés en France, critique littéraire et romancier. D’après les rapports qui circulent, il ferait campagne grâce aux fonds japonais extra-budgétaires. Il serait présenté «  du bout des lèvres » par son pays d’origine, le Bénin, après bien des tractations et quelques financements judicieusement alloués. Sur les huit autres prétendants au poste, outre l’Algérien Mohammed Bedjaoui, 81 ans, diplomate, juriste et homme politique, dont la candidature est proposée par… le Cambodge, le favori serait l’Égyptien Farouk Hosny, soutenu par l’Union africaine, la Ligue arabe et l’Organisation de la conférence islamique, et présenté conjointement par l’Égypte, le Soudan, le Koweït et la Libye.
 
L’Unesco fête la diversité culturelle
« L’art rupestre remontant à l’époque préhistorique est l’un des premiers témoignages du combat de l’humanité pour les droits de l'homme . » Peintre, calligraphe et psychanalyste iranien installé en France depuis 1983, Hassan Makaremi a été l'un des protagonistes du Festival international de la diversité culturelle organisé par l’Unesco à Paris, du 11 au 22 mai dernier. Emblématiques, ses idées humanistes, décrites dans ses oeuvres par des effets chromatiques à la fois éblouissants et subtils, ont été partagées et affirmées par les organisateurs de la manifestation et les artistes qui y ont participé. Parmi ceux-ci, le célèbre calligraphe chinois, maître Fan Zeng, a pourfendu l'arrogance de l’industrialisation et l'insatiabilité de la consommation, avant de situer l'origine de la diversité des cultures dans «  la perfection du Ciel et de la Terre », et dans « l’existence du rêve comme moteur même du développement humain ». Des propos en harmonie avec l’objectif principal du festival de « concourir avec une confiance accrue en cette dimension fondamentale de l’essence et de l’avenir de l'humanité qu'est sa diversité constitutive ».
 
La Centrafrique, orpheline de Bongo ?
S ix mois après la fin du Dialogue politique inclusif, peu de progrès ont été accomplis dans la consolidation de la paix. Le comité de suivi chargé de veiller à ses recommandations devait se réunir fin juin, à Bangui, pour tirer les conséquences de l’impasse. Alors que, depuis deux mois, le président François Bozizé dispose de la première tranche des fonds versés par la Cemac, l’organisation régionale d’Afrique centrale (5 milliards de francs CFA), pour lancer les opérations de démobilisation, désarmement et réinsertion (DDR) des anciens rebelles, aucune démarche n’a été entreprise. Du coup, la tension monte. Jean-Jacques Demafouth, président de l’Armée populaire pour la restauration de la démocratie (APRD), le principal groupe d’ex-rebelles, entend exiger du chef de l’État le décaissement de ces fonds afin de démarrer la campagne de sensibilisation en vue de la DDR. Il a déjà communiqué un projet de budget lors de la réunion du groupe technique du comité de pilotage. Ce climat d’incertitude s’est encore accru après le décès d’Omar Bongo, qui fut le médiateur – et bailleur de fonds – du processus de paix. François Bozizé et Jean-Jacques Demafouth étaient d’ailleurs aux obsèques du « doyen » africain. Aucun de ses successeurs probables ne paraît en mesure de poursuivre une médiation dont le succès tenait tant à la connaissance de Bongo des divers protagonistes de la crise qu’à son engagement personnel. Les répercussions sur la Centrafrique de l’interminable crise tchadienne s’ajoutent aux incertitudes. Après la dernière attaque, des rebelles tchadiens ont trouvé refuge dans le nord-est de la Centrafrique, pas loin des unités des anciens rebelles de l’Union des forces démocratiques pour le rassemblement (UFDR), de Zakaria Damane, qui connaît actuellement une nouvelle dissension. Deux autres éléments sont de nature à fragiliser encore davantage le pouvoir de Bozizé : le procès de Jean-Pierre Bemba et le retour définitif d’Ange-Félix Patassé de son exil togolais.
 
Gabon : succession sous l’oeil d’Obiang Nguema et de Biya
L es Gabonais ne sont pas seuls à scruter l’avenir après la disparition du président Omar Bongo. Le voisin équato-guinéen, Obiang Nguema M’Basogo, et le Camerounais Paul Biya sont aussi à l’affût. Le premier ne verrait pas d’un mauvais oeil la mise sur la touche de l’un des prétendants les plus cités à la succession à Libreville, le fils du défunt, Ali Bongo. Le second a été sollicité pour ramener le calme dans la famille. Par ailleurs, le dirigeant de Malabo ne décolère toujours pas envers Bongo Junior qu’il tient pour principal instigateur de l’intervention militaire gabonaise de 2002 sur l’îlot frontalier de Mbanié, présumé riche en pétrole, que se disputent le Gabon et la Guinée équatoriale. De là à ce que les partisans de Bongo fils suspectent Obiang de vouloir utiliser ses pétrodollars pour favoriser l’avènement d’un concurrent d’Ali Bongo, il n’y a qu’un pas.
 
Côte d’Ivoire-France : la présidentielle qui divise
O fficiellement, l’élection présidentielle se tiendra le 29 novembre prochain en Côte d’Ivoire. À l’Élysée, toutefois, on est convaincu du contraire. Les autorités françaises soupçonnent le président Laurent Gbagbo de vouloir ruser à nouveau pour se maintenir au pouvoir sans élection, au moins jusqu’en 2010, année au cours de laquelle devait s’achever son second et dernier mandat s’il avait été réélu en 2005, comme prévu par la Constitution. La sortie du président français Nicolas Sarkozy appelant les Gabonais à choisir une voie successorale autre que celle suivie par la Côte d’Ivoire a été fort mal ressentie, comme il fallait s’y attendre, par le régime Gbagbo. Les prochains jours devraient voir à nouveau resurgir la vieille propagande de «  la sale guerre imposée à la Côte d’Ivoire par la France », un thème très prisé par les jeunes patriotes, soutiens actifs de Gbagbo, qui devraient reprendre du service.
 
Retrouvailles togolo-allemandes
L a visite officielle en Allemagne (16 au 16 juin) du président Faure Gnassingbé Eyadéma marque un net réchauffement des relations entre Lomé et Berlin. Celles-ci s’étaient refroidies depuis quinze ans, voire avaient quasiment gelé durant la période trouble qui avait suivi le décès d’Eyadéma et sa succession. Les efforts entrepris depuis 2005 pour décrisper la situation intérieure, engager le dialogue avec les différentes forces et personnalités politiques de l’opposition et, surtout, la tenue des élections législatives, dans des conditions jugées relativement satisfaisantes par les observateurs internationaux, ont réduit les réticences de Berlin. Le président togolais a plaidé sa cause en évoquant les réformes engagées touchant l’économie, la justice, les forces armées et la sécurité. Elles favorisent l’établissement d’un climat de confiance pour la venue ou le retour des investisseurs allemands particulièrement appréciés dans ce pays qui compte beaucoup de germanisants. La chancelière allemande Angela Merkel a relevé «  ces changements significatifs »  qui devraient trouver leur point d’orgue lors de la présidentielle de 2010, considérée comme «  un test important » aux yeux de l’Union européenne. Entre autres visites de son agenda chargé, le président togolais a assisté, en compagnie du président Horst Köhler, à un match de football mettant en lice l’équipe du ministère allemand des Affaires étrangères et celle des African Lions du corps diplomatique africain. Résultat : 2 à 1 en faveur des Africains. Une petite revanche : l’an dernier, ils avaient été battus 7 à 1 !
 
 
Bisbilles sino-indiennes
A runachal Pradesh, minuscule État de l’Inde (population : un million) à l’extrême nord-ouest, est au centre d’une dispute territoriale avec le voisin chinois. Pour la Chine, l’Arunachal Pradesh est le sud du Tibet. Fin mai, 60 000 soldats indiens se sont déployés dans cet État pour faire face à d’éventuels « défis sécuritaires », a déclaré le gouverneur de l’État. Traduction : la Chine menace ! De son côté, le premier ministre indien Manmohan Singh a dit qu’il ne comptait faire aucune concession territoriale à la Chine. La diplomatie chinoise n’a pas réagi. Mais le quotidien de Beijing, le  Global Times , n’a pas mâché ses mots dans son édition du 11 juin 2009. Cette déclaration peut faire applaudir des nationalistes en Inde, dit ce journal, mais il ne faut pas nourrir les « faux espoirs que la Chine va céder ». Les politiciens indiens pensent-t-ils faire une grande faveur à la Chine en évitant de se joindre aux projets américains et japonais d’encerclement de ce pays ? L’Inde ne fait pas peur, écrit le journal. Le problème : la frontière entre les deux pays, notamment au Tibet, a été établie par la force coloniale britannique. Or, la « ligne McMahon » datant de 1913-1914 n’a jamais été acceptée par la Chine.
 
Offensive tous azimuts au Myanmar
À la suite d’une « vision » d’un complot visant à assassiner l’opposante birmane Aung San Suu Kyi, John Yettaw, un mormon américain a traversé le lac Inya à la nage pour la prévenir du danger. S’il existe un véritable complot, il émane plus certainement de la junte au pouvoir depuis 1962. Le 27 mai, la mise en résidence surveillée de l’opposante s’achevait légalement. L’incursion incongrue de Yettaw au très surveillé domicile de Suu Kyi tombe à point nommé : un prétexte en or pour ne pas libérer l’opposante démocrate, accusée d’avoir contrevenu à son isolement en ayant accueilli Yettaw. Son transfert à la prison d’Insein et le procès grotesque qui s’en est suivi ont déclenché un tollé international. Même l’Association des nations de l'Asie du Sud-Est (Asean), dont le Myanmar fait partie, condamne ce simulacre de justice.  Ire des généraux qui ont rapidement accusé la Thaïlande d’interférer dans les affaires intérieures du pays. Début juin Tatmadaw, l’armée birmane, a lancé une vaste offensive contre l’Union nationale karen (KNU) l’une des plus puissantes armées ethniques implantées le long de la frontière thaïlandaise. En quelques jours, entre 4 000 et 6 000 Karens ont fuit la zone de combat pour chercher refuge en Thaïlande. Face aux pressions internationales, Naypyidaw a répondu par une vaste offensive contre toutes les formes d’opposition, qu’elles émanent de la charismatique Suu Kyi ou des armées ethniques. La junte « sécurise » son territoire en vue des élections générales qu’elle organisera en 2010, dans le cadre de sa « feuille de route vers une démocratie disciplinée ». Tout un programme.
 
Cheikha Mozah sous la coupole des Immortels
L ’épouse de l’émir du Qatar, Cheikha Mozah bint Nasser al-Missned, qui accompagnait son époux lors de la visite d’État en France, a été reçue comme membre de l’Académie des Beaux-Arts de l’Institut de France ( photo ). À cette occasion, elle a prononcé un discours empreint d’humanité et  d’ouverture, dans lequel elle a notamment rendu hommage à son prédécesseur à l’Académie, le musicien hongrois Gyorgi Ligeti, et évoqué le rôle et le rayonnement de Cordoue et de l’Andalousie. Parlant du créateur arabe Ziryab qui a fui Bagdad pour s’installer en Andalousie, Cheikha Mozah a dit : «  Cordoue a été politiquement séparée de Bagdad mais en raison de la communication entre les civilisations, toutes deux ont constitué les deux faces d'une même médaille, celle que fut la civilisation islamique. Cordoue est devenue une capitale internationale ayant une influence sur d'autres capitales et partageant avec elles ses diverses expériences intellectuelles, artistiques et culturelles, et a donné au monde Averroès et Maimonide. » Un message de dialogue et de tolérance que Al-Jazeera, pourtant propriété de l’État du Qatar, ne s’est pas précipité de relayer. Par peur de froisser ses nombreux auditeurs fondamentalistes ? Coiffée du bicorne et de l’habit d’académicien, la première dame du Qatar a ensuite reçu la traditionnelle épée des mains du président de l’Académie, et a posé, pour l’éternité, auprès de son époux, l’émir du Qatar.
 
Taiwan s’ouvre à la Chine
L es firmes de la Chine continentale s’apprêtent à lancer des grands investissements à Taiwan. Leur gouvernement les y encourage, à la suite des accords intervenus entre ces deux pays. Ce qui intéresse les Chinois, entre autres : la haute technologie. À Taiwan, on reste prudent. Le gouvernement veut protéger ce secteur, mais avec le ralentissement économique, les capitaux chinois peuvent s’avérer utiles. Il vient d’annoncer l’ouverture de quatre-vingt-dix-neuf secteurs industriels et tertiaires, pas plus, aux capitaux en provenance du continent. Des limites donc. Mais aussi un immense pas en avant. Jusqu’à récemment, il n’y avait que très peu de capitaux chinois dans l’île, les entreprises taïwanaises craignant de se faire dévorer. Taipei avait même limité ses liens maritimes et aériens. La Chine, elle, s’est ouverte beaucoup plus rapidement aux investissements taïwanais. Selon des estimations, les Taïwanais auraient déjà mis plus de 50 milliards de dollars (chiffre de 2006) dans des entreprises du continent. Il s’agit d’investissements directs étrangers visibles et déclarés, non de fonds transitant par des pays tiers. Les entreprises chinoises n’ont investi directement à Taiwan que 2 milliards de dollars environ. Désormais, elles s’y présenteront avec force.
 
L'Algérie en route vers le Mondial
S evré de Mondial depuis vingt ans, les Algériens sont désormais sur orbite pour la grand-messe du football mondial prévue en Afrique du Sud en 2010. Première de son groupe avec sept points, l'équipe de Rabah Saadane n'est plus qu'à six points du bonheur. Pour s’ouvrir la voie royale vers le Mondial sans se soucier des résultats de son ultime rencontre contre l'Égypte, au Caire, il lui faudra remporter ses deux matchs retour  contre le Rwanda et la Zambie à domicile, au stade du 5-Juillet – réhabilité et remis en service après plusieurs années. Les Fennecs ont pris sérieusement leur destin en main et redonné espoir aux 35 millions d'Algériens en battant tour à tour l'Égypte (3-1) et la Zambie (0-2) à l'issue de deux rencontres palpitantes. Ces victoires décisives ont jeté des centaines de milliers de jeunes dans les rues, comme du temps où leurs aînés célébraient les performances historiques contre la France aux Jeux méditerranéens d'Alger et vibraient au jeu limpide des Fennecs aux précédentes éliminatoires du Mondial. C'est un grand moment pour Hachemi Djiar, le discret ministre de la Jeunesse et des Sports, qui a suivi de très près les préparations de l'équipe nationale.
 
Un prisonnier encombrant
Q u’en est-il du général rebelle Laurent Nkunda qui, après avoir infligé une série de cuisantes défaites pendant quatre ans de guerre aux troupes loyalistes de Joseph Kabila, président de la République démocratique du Congo, avait été arrêté en janvier dernier à Gisenyi, en territoire rwandais, par le général James Kabarebe, le puissant patron de l'armée de Kigali ? Détenu en secret dans la ville frontalière, il a été transféré à la fin mai dans la capitale du pays des mille collines par crainte d'un coup de main de ses fidèles, encore nombreux au sein de celle qui fut l’armée de son mouvement, aujourd’hui en voie d'intégration dans les rangs des forces régulières. Quant à son extradition à Kinshasa, on n’en parle même plus, au moins pour le moment. La raison ? Personne en réalité n’en veut. Ni Kigali, où le général compte de nombreux sympathisants dans l’armée et le gouvernement. Ceux-ci n’apprécieraient guère sa livraison aux autorités congolaises. Ni à Kinshasa, paradoxalement pour les mêmes motifs : il y a trop d'anciens compagnons d’armes du général Laurent qui occupent des fonctions importantes dans les services de sécurité et l’armée. On pourrait peut être en déduire que Nkunda n’a pas encore dit son dernier mot...
Par Nouvel Essor - Publié dans : société
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