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12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 19:41

À l’occasion des cérémonies du 11 Novembre, l’Élysée impose une lecture banalisée des guerres.

L’obsession de réécrire l’histoire. Reconstruire un roman national. Fabriquer une identité nationale. Semer le doute ou l’ignorance sur les repères mémoriels : l’ambition de Nicolas Sarkozy est connue. À la veille du 11 Novembre et des commémorations de l’Armistice de 1918, hommage aux millions d’hommes tombés dans une guerre impérialiste, l’Élysée vient d’envoyer aux élus un texte qui modifie en profondeur le sens de cette histoire. Sans concertation ni débat à l’Assemblée nationale, comme le sujet en requiert pourtant l’exigence.

Marc Laffineur, secrétaire d’État aux Anciens combattants, explique que, cette année, les cérémonies seront « l’occasion de rendre un hommage national à l’ensemble des morts pour la France, de la Grande Guerre à aujourd’hui ». Il joint le message du président de la République qui devra impérativement être lu dans tout l’Hexagone. L’hôte de l’Élysée y justifie l’opération idéologique. « La disparition du dernier combattant du premier conflit mondial, le 12 mars 2008, […] implique de faire évoluer la portée symbolique de la journée nationale du 11 Novembre. » En conséquence, il décide qu’il s’agit désormais « d’établir une filiation directe entre les différentes générations du feu ». En conséquence, l’Élysée proclame que « chaque 11 Novembre, tous ceux qui ont donné leur vie pour la France, que ce soit pour la défense de la patrie ou lors des opérations extérieures auxquelles notre pays participe, seront également associés à cet hommage solennel de la nation ». Et pour que nul n’ignore la portée de la décision, il explique sans ambages que cela concerne les opérations de la période. À savoir « nos troupes engagées en Afrique, au Proche-Orient, en Afghanistan ». Un mort est un mort : toute guerre en vaut-elle une autre ? « On croit mourir pour la patrie et on meurt pour des industriels », écrivait Anatole France dans une lettre à Marcel Cachin, publiée par l’Humanité en 1922. La Grande Guerre, la Seconde Guerre mondiale contre la barbarie nazie, celles d’Indochine ou d’Algérie contre un peuple en lutte pour sa liberté : tout se vaudrait ?

L’objectif est de faire oublier que la prise de conscience des raisons de la Grande Guerre a bouleversé les cadres politiques établis, les régimes d’oppression, les systèmes de classe, le cours du xxe siècle. Cette instrumentalisation sarkozyste dont la droite a toujours rêvé est une stratégie. Henri Guaino, conseiller spécial du sarkozysme, l’a baptisée « désaffiliation ». Elle décontextualise, privilégie le cliché sur la pensée historique. En gommant la composante idéologique de chaque événement, le but est d’occulter pour quelles valeurs il y a eu tous ces morts. Sarkozy veut dépolitiser l’histoire. Même les morts de Verdun n’ont plus droit au respect.

Dominique Bègles

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Published by Nouvel Essor - dans société
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