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23 janvier 2012 1 23 /01 /janvier /2012 22:25
Le 21ème anniversaire de l’ère démocratique a été célébré cette année à Moundou, région du Logone occidental. Comme à l’accoutumée, l’occasion a été donnée au Chef de l’Etat, Idriss Déby Itno (IDI), de dévoiler une panoplie de promesses dont certaines n’ont été que des redites.

 

Les festivités marquant la 21ème édition de la journée de la liberté se sont déroulées au quartier Taba (Bélaba, pour les originaires), distant de 7 kilomè-tres du centre-ville, sur l’axe menant à Touboro au Cameroun. Ce site abrite le nouveau gouvernorat en chantier, le monument aux morts ainsi que la nouvelle place de l’indépendance, débaptisée, "Place de la renaissance". Les invités, composés de toutes les sommités nationales et des représentations des chancelleries internationales, ont été installés sous les trois tentes, grandeur nature, peintes aux couleurs nationales.

Le chemin de fer, objet de fascination

9h 40. Arrivée du chef de l’Etat. Exécution de l’hymne nationale, suivie de l’hommage aux martyrs. Après les mots de bienvenues et de remerciements des autorités locales ainsi que du président du Comité d’organisation, le ministre du Pétrole et de l’Energie, Tabé Eugène, le chef de l’Etat, Idriss Déby Itno, a salué la foule en Ngambaye, la langue locale.

Dans son discours, IDI a réitéré son engagement de changer le visage de "Moundou la belle, Moundou la rose" et de lui consacrer son statut de capitale économique. "Je fais ce que je dis et je dis ce que je fais", a-t-il insisté. IDI cite, entre autres, l’université de Moundou, les lycées et écoles, le stade, l’aéroport international. En outre, d’autres projets concernant l’abattoir moderne, le pont à double voie, l’électrification de la ville verront le jour. Toutes ces infrastructures sont estimées à une bagatelle de 75 milliards FCFA. Le président Déby Itno promet de désenclaver le Tchad. La ligne ferroviaire Moundou-Ngaoundéré fera partie intégrante de ce vaste chantier. Le Tchad n’attend que l’accord du président camerounais, Paul Biya, informe le chef de l’Etat.

IDI fait observer que jusqu’à un passé récent, le Tchadien ou la Tchadienne n’était pas fier de lui, mais aujourd’hui, il est digne d’arborer sa nationalité. Pour lui, la renaissance doit induire un nouveau mode de vie. Le président de la République s’engage à plus de justice sociale entre les fils du Tchad, au-delà des divergences religieuses et culturelles, et les exhorte à la culture de la paix, afin d’inverser la courbe de la misère.

Le labeur de la femme rurale honorée

La restauration du respect de l’Etat et de la hiérarchie dans l’Administration territoriale, a été fermement soulignée. Déby rend hommage aux militaires tchadiens et assume le "nettoyage de l’armée" qu’il a engagé depuis peu. Un appel est lancé à l’attention de la jeunesse tchadienne d’avoir de l’audace et de ne pas tendre la sébile. Les jeunes doivent œuvrer pour leur autonomisation, et ne pas miser seulement sur la Fonction publique.

A propos des femmes, “trésor de la Renaissance”, le président de la République les encourage vivement à aller de l’avant : "C’est votre siècle. Levez-vous pour vous l’approprier par la scolarisation. C’est la seule voie de l’émancipation". Le chef de l’Etat, faisant un clin d’œil aux femmes de Koutou, Kana et Déli, a particulièrement rendu hommage aux femmes rurales.

Un slogan comme tant d’autres ?

En lien avec le développement du monde rural, dans le cadre du Programme National de Sécurité Alimentaire, une première tranche de 70 tracteurs a été donnée aux producteurs du Logone occidental. Après, le speech du chef de l’Etat, un défilé militaire a été organisé. Cinq Soukoï 25 ont survolé la place de la Renaissance à basse altitude, arrachant des salves d’applaudissements de la population. Après ce défilé la fin de la cérémonie a été marquée par un tour d’honneur du couple présidentiel, saluant du haut de son décapotable, la foule. En lisant entre les lignes, le discours d’IDI n’est qu’un remake de celui prononcé lors de son investiture le 8 août dernier. Aucune révélation majeure n’en a découlé. Un point nécessite que l’on s’y attarde un tant soit peu. "Je fais ce que je dis et je dis ce que je fais", a martelé Déby. Mais au regard de ses promesses faites au Moundoulais depuis près de deux ans, a-t-il fait ce qu’il a dit ? Où en est-on avec le pont à double voie dont la première pierre a été posée il y a plus de 4 ans ? Y a-t-il un début d’exécution des 24 kilomètres d’axes bitumés ? L’extension et la clôture de l’université de Moundou sont-elles déjà inaugurées ? L’électrification de la ville et la résidence du gouverneur sont-elles déjà des acquis ?

Même si certains ouvrages tel que l’aéroport est presque achevé, le bon sens ne l’obligerait-il pas à évacuer le gros lot restant, avant de promettre un chemin de fer aux Moundoulais ? Entre une route bitumée de 24 kilomètres qui piétine depuis plus de deux ans et une voie ferroviaire qui n’est qu’au stade de déclaration d’intention, laquelle est-elle plus crédible et plus urgente ?

Une organisation sur fond d’improvisation

De côté de l’organisation, jusqu’à ce jour, beaucoup de Moundoulais en sont encore à se demander par quelle tour de passe-passe, la célébration des festivités de la Journée de la Liberté et de la Démocratie, édition 2011, a été rendue possible à Moundou. Même à la dernière minute, certains se demandaient si ce n’était pas un bluff. Conformément aux résolutions de l’édition d’Ati de l’année dernière, c’était la ville de Pala qui était retenue. Mais finalement, Pala a été dessaisie, au profit de Moundou, pour des raisons encore non élucidées. Pour beaucoup d’observateurs, l’organisation de ces festivités s’est faite au forceps. Tout s’est joué et accéléré à seulement deux semaines. Même la réfection de la résidence présidentielle, a été finalisée à moins de deux semaines. Il va sans dire, l’odeur de la peinture doit être encore vivace.

Les structures hôtelières, qui se comptent sur les doigts de la main, ont été littéralement débordées, obligeant le comité d’organisation à réquisitionner certaines villas privées ainsi que des établissements d’enseignement, dans des conditions d’hébergement pas tout à fait recommandables. L’équipe des journalistes déployée sur le terrain, à défaut de mieux, a séjourné dans une villa apprêtée à moins de 24 heures et truffée de toiles d’araignées, avec des matelas sans drap. Un confrère n’a pu charger son téléphone car une guêpe a bouché la prise. Pire, selon une source digne de foi, les délégations de Tapol, Laokassi, etc., logées dans l’enceinte de l’Ecole Normale des Instituteurs, à défaut de l’eau potable, se sont abreuvées directement dans les eaux du Logone tout proche.

Capitale économique, capitale de la poussière

Pour certains Moundoulais, l’électricité n’a été rétablie qu’à une semaine des festivités. Toutefois le nombre limité de lampadaires publics montre clairement une inégale répartition de l’éclairage. "Pourquoi Abéché et Sarh, des villes de moindre importance, ont-elles été bitumées, alors que Moundou, la deuxième ville du Tchad, est oubliée ?", s’interroge un groupe d’étudiants rencontrés au quartier Gueldjem.

Un fait qui a rendu Moundou invivable durant ces festivités, c’est l’omniprésence de la poussière. Un peu partout, la capitale économique du Tchad est enveloppée d’une voute éthérée de poussière latéritique, due au fait que les différentes artères ont été raclées par les bulldozers. Les arrosages parcellaires effectués n’y ont rien fait. Dans les rues, beaucoup de Moundoulais et Moundoulaises sont contraints au port de cache-nez, ressemblant aux habitants de Fukushima qui tentaient de se prémunir contre les émanations nucléaires, en mars dernier. Le fait que le tout N’Djaména se soit déversé à Moundou, faisant augmenter le parc automobile, n’a pas arrangé les choses.

"L’unique fierté des Ngambaye", pour paraphraser quelqu’un, le tronçon bitumé allant de Koutou au pont à la sortie sud vers Doba est, au mieux colmaté par endroit, sinon remplacé par une couche de latérite. C’est le cas, juste devant le siège régional de la Banque des Etats de l’Afrique centrale. "Pour la première fois de ma vie, j’ai vu un axe bitumé, colmaté avec du ciment", ironise à propos, un usager.

Une festivité sur fond de déception

Un couac important à relever est le fait que les festivités se sont déroulées à 7 kilomètres du centre ville. Certes, on comprend le choix des autorités d’étendre la ville. Des bus ont été prévus pour la navette. Or, en réalité, beaucoup de personnes sont allées à pied, n’ayant pu monter ces engins. Cela pourrait avoir joué sur la mobilisation de la foule qui, pour un aussi grand événement à la dimension de la fête de la Liberté, n’était pas celle des grands jours. En plus, trouver une bouteille d’eau à boire ce jour, relève d’une gageure, pour la plupart des personnes ayant assisté à la cérémonie.

Les Logonais étaient déçus, du moins, les groupes organisés qui s’étaient préparés pour défiler, en ont été empêchés. Compte tenu du temps qui urgeait, seul le défilé militaire a pu se tenir. Il suffisait de limiter le nombre de militaires dont un même corps a défilé plusieurs fois, pour les remplacer ne serait-ce que par un échantillon de corporations civiles. Ceci aurait permis de limiter les frustrations.

Espérons que Biltine, Am-timan ou Koumra, tirera les leçons de Moundou !

Mbaïdedji Ndjénodji Frédéric

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Published by Nouvel Essor - dans société
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