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22 février 2016 1 22 /02 /février /2016 13:46

Publié le 22 fév, 2016

Le dicton populaire dit : « à quelque chose, malheur est bon ». Si la séquestration suivie du viol de la petite Zouhoura est un acte abominable en soi, elle a permis au moins à exposer sur la place publique un pan entier de la vie quotidienne du système Deby et d’étaler ainsi au grand jour la face cachée et la réalité aberrante de la dépravation des mœurs dans la Capitale. En effet c’est avec une effroyable stupéfaction que l’opinion publique vient ou fait semblant de découvrir l’existence des réseaux de proxénétisme et de pornographie pratiqués et gérés à distance par la nomenklatura du système.

Selon des sources proches de la police, cette situation était connue de tous les services de sécurité et à tous les niveaux de la hiérarchie horizontalement comme verticalement y compris les plus hautes autorités de l’Etat; mais étant donné que le phénomène est pratiqué par les enfants et les proches du pouvoir et en particulier par la famille du sultan, alors la police a préféré pratiquer la politique de l’autruche et est restée indifférente bien qu’elle dispose de tous les détails du système et des réseaux adjacents.

Selon les mêmes sources, tant la situation est inextricable qu’il serait très difficile de distinguer les victimes des bourreaux et vice versa. En même temps, tous pourraient bien appartenir à toutes les franches de la société, de la fille du porteur d’eau à la fille du Ministre, du Général, du Conseiller du Président ou enfin d’un haut responsable de l’administration.

Il faut aussi indiquer que cette bande de malfrats et de délinquants, qui appartiennent généralement aux milieux zaghawa-goranes et leurs obligés et qui sévissent dans la Capitale, agissent en réalité en réseaux constitués se servant des uns des autres. On y distingue deux bandes-au masculin et au féminin- qui se collaborent en se donnant des missions réciproques.

Il y a d’abord, le tout premier réseau qui était né autour des enfants (garçons comme filles) du Sultan depuis le début des années 2000, quand les garçons séquestraient des mineurs au sein même du Palais et les filles traquaient leurs rivales dans la débauche en les mutilant et en rasant les têtes. Ensuite la débauche s’était étendue à tous les enfants et proches du système qui bénéficient de tous les moyens de leurs papas : véhicules modèle V8, argents et armes. Pour des raisons diverses et par manque d’encadrement il y a une rupture entre ces enfants et leurs parents. En effet la plupart d’eux ont rompu leur scolarité, et de surcroît, il ne s’est jamais instauré un dialogue pédagogique ou parental avec leurs parents ; d’ailleurs ils ne se rencontrent que très rarement sauf à des occasions indépendantes de leurs volontés. Pour la plupart des caciques du régime, apparentés au sultan, l’éducation consiste à acheter une V8 à l’enfant et lui donner suffisamment des moyens financiers pour entretenir son véhicule, participer aux différentes cérémonies où on brasse des billets, etc. Ainsi donc, traquer des jeunes filles surtout les filles des hauts responsables du pays ou mêmes celles des collaborateurs de leurs parents, est devenu un passe-temps de ces rejetons en mal d’éducation

Le 2ème réseau était d’abord constitué des filles du clan qui traquait leurs soi-disant rivales ; ensuite la gangrène a atteint tout le corps de la société surtout dans le milieu féminin. Les anciennes séquestrées étaient mues en bourreaux pour se venger de leurs camarades qui se sont moquées d’elles ; des épouses des Ministres ou des conseillers utilisent les services du premier réseau pour humilier les maîtresses de leurs époux, les jeunes filles de leurs rivales ou même celles des concurrentes en affaires ou en politique, d’où la consécration du terme « circoncision » très en vogue dans ce milieu, càd s’acharner sur une rivale en visant particulièrement ses parties génitales. Parmi les cheftaines de grand gang féminin qui sème terreur et désordre dans la capitale, on cite une ancienne séquestrée, progéniture d’un haut cadre du nord, et l’épouse d’une grosse pointure de la scène politique tchadienne, également du nord du pays.

Dans les cas présents, aucun milieu n’est épargné mais l’opinion publique s’est résignée à encaisser les coups dès lors que les mauvaises langues pointent directement le doigt vers le château en disant que tout ce monde agit sur instruction, sinon comment pourrait-on imaginer qu’aucun service de sécurité de l’Etat ne puisse souffler un mot depuis bientôt une quinzaine d’années que le phénomène perdure. Cette attitude de résignation est d’autant plus justifiée que beaucoup des victimes des filles et fils du sultan ont été évacuées en catimini vers des hôpitaux européens, le silence de certaines a été acheté par des pétrodollars et même des victimes qui ont succombé suite aux sévices subis; il en est de même pour les jeunes victimes des pistoléros du sultan, qui gardent les séquelles jusqu’à la fin de leur vie, mutilées à vie. C’est un secret de polichinelle : la responsabilité directe et personnelle du sultan est patente.

Déjà en 2013 dans un rapport circonstancié remis au Sultan par le tout nouveau DG de la Sécurité Nationale, il était question amplement de ce problème et ses conséquences sur le plan politique. Le rapport prévient : « si des mesures rigoureuses ne sont pas prises, on risque d’avoir un soulèvement populaire dans des milieux nordistes ». Malheureusement aucune suite n’a été donnée audit rapport.

D’ailleurs tout le monde a remarqué qu’on avait arrêté une dizaine de malfrats à la suite de l’affaire Zouhoura alors qu’il n’était question que de 5 reconnus comme coupables directs ! Cela signifie tout simplement que la police a profité pour faire une pierre deux coups en procédant aux rafles tous les chefs de gangs fichés, on parle d’une quarantaine d’arrestations. En vérifiant le contenu de leurs téléphones portables- d’ailleurs de très haute qualité- les policiers auraient découvert plus 200 films montrant des scènes abjectes et obscènes dont des jeunes filles sont victimes.

Après la lecture des films on s’était aperçu que le réseau est anormalement vaste, et les complices nombreux et bien placés ; alors, selon les dernières informations, la tendance serait à l’étouffement de toute cette histoire. Le transfert des violeurs de Zouhoura au bagne de Korotoro sans aucun jugement aurait 2 objectifs : 1) apaiser les esprits en disant que « voilà les délinquants ont été arrêtés et envoyés dans le bagne le plus sinistre » ; 2) étouffer carrément l’affaire en y mettant une omerta.

Ainsi les tortionnaires de Zouhoura seraient membres ou employés de ces différents gangs ; d’ailleurs la vidéo postée sur Facebook ne serait pas l’œuvre des violeurs, mais ceux-ci auraient envoyé la vidéo à une de leur complice qui devrait se marrer de ce qui est advenu à sa collègue, mais la complice a tout simplement balancé sur les réseaux sociaux pour enfoncer le clou contre la victime qui serait d’ailleurs un membre de sa famille.

Correspondance particulière
N’djaména – Tch
ad

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Published by Nouvel Essor
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